Home AffairesPrès de trois millions et demi de travailleurs de l’économie populaire gagnent moins de 960 mille pesos et vivent dans des conditions précaires

Près de trois millions et demi de travailleurs de l’économie populaire gagnent moins de 960 mille pesos et vivent dans des conditions précaires

by Amélie Bernard

Publié le 16 novembre 2025 à 02:11:00. Près de quatre Argentins sur dix travaillent désormais dans l’économie informelle ou autogérée, une situation exacerbée par la précarité croissante du marché du travail et une inflation persistante, selon une récente étude du Centre d’innovation ouvrière (CITRA).

  • Quatre personnes actives sur dix en Argentine travaillent dans l’économie informelle ou autogérée.
  • Quatre millions de personnes vivent dans des conditions de travail précaires, avec des revenus inférieurs à trois salaires minimums (environ 960 000 pesos par mois).
  • La part de l’économie populaire dans la population économiquement active (PAE) atteint 27,1 %, en hausse significative par rapport à l’année précédente.

L’économie populaire, un secteur en pleine expansion en Argentine, regroupe les activités économiques informelles ou à petite échelle menées par des personnes et des communautés exclues du marché du travail formel. Elle comprend des activités variées telles que la vente ambulante, la production alimentaire à petite échelle, le travail domestique et les initiatives coopératives, souvent liées à l’économie sociale et solidaire.

Selon une étude récente du Centre d’innovation ouvrière (CITRA) – CONICET – UMET, ce secteur représente désormais 27,1 % de la population économiquement active (PAE) du pays, soit 3,9 millions de personnes. Ce chiffre a augmenté de 6,9 % par rapport à l’année précédente, confirmant une tendance à la croissance plus rapide que celle de l’emploi formel. Cette expansion de l’économie populaire est interprétée comme un mécanisme de survie face à un marché du travail en contraction et à un manque d’opportunités formelles.

La précarité est le dénominateur commun de cette réalité. 89,4 % des travailleurs de l’économie populaire perçoivent moins de trois salaires minimums (environ 960 000 pesos par mois), ce qui représente 3,5 millions de personnes. Chez les jeunes de 16 à 29 ans, ce chiffre grimpe à 94,7 %. Les femmes sont particulièrement touchées, représentant 30,9 % de la PAE féminine engagée dans l’économie populaire, contre 24,2 % chez les hommes, en raison de la combinaison du travail indépendant, du chômage et des tâches de soins non rémunérées.

Parallèlement à cette situation, le gouvernement national poursuit une réforme du travail présentée comme une « modernisation », mais qui, selon les critiques, consolide le manque de protection des travailleurs. Les changements déjà mis en œuvre ont légalisé des formes de contrat précaires, affaibli le système de retraite et érodé le pouvoir d’achat des salaires. Le salaire minimum actuel, de 322 200 pesos, est inférieur de 43,4 % à son niveau de 2019 et de 56,7 % à celui de 2015, en termes réels, selon les données du CIFRA-CTA.

Depuis novembre 2023, environ 200 000 emplois salariés enregistrés ont été perdus, tandis que le travail indépendant a connu une forte augmentation, notamment dans le secteur informel. Plus de la moitié des travailleurs indépendants non professionnels sont confrontés à des horaires de travail irréguliers ou surchargés, avec une augmentation du suremploi de 3,2 % en un an. Chez les jeunes, le sous-emploi a augmenté de 27 % et le chômage temporaire de 88 %, tandis que les adultes multiplient les emplois pour compenser la baisse des revenus.

L’étude du CITRA révèle également des disparités régionales. Dans le Grand Buenos Aires, la croissance de l’informalité a été de 10,8 %, et un tiers de la PAE gagne moins de trois salaires minimums. Dans la région de la Pampa, 26,8 % de la population active intègre l’économie populaire, avec une forte augmentation des revenus en dessous du seuil. Dans le Nord-Ouest argentin (NOA), l’informalité a augmenté de 6,6 % et couvre 29,1 % de la PAE, marquée par le travail familial non rémunéré. À Cuyo, l’augmentation a été de 4,2 %, avec plus de 54 % des travailleurs indépendants en situation de suremploi. Dans le Nord-Est argentin (NEA), même si l’activité a légèrement diminué, le suremploi a augmenté de 37,2 %. Et en Patagonie, l’économie populaire a progressé de 16,2 %, avec une augmentation de 32,1 % dans les segments à faible revenu.

« La précarité de l’emploi, qui touche plus de la moitié de la population active, trouve son expression la plus claire dans l’économie populaire », conclut le rapport cité par le média El Destape.

Télécharger le rapport complet du CITRA (PDF)

You may also like

Leave a Comment

This site uses Akismet to reduce spam. Learn how your comment data is processed.