Home AffairesSommet de crise pour l’industrie automobile, l’Allemagne cherche une issue au malaise

Sommet de crise pour l’industrie automobile, l’Allemagne cherche une issue au malaise

by Amélie Bernard

Publié le 9 octobre 2025 à 19h50. L’industrie automobile allemande, pilier de l’économie nationale, traverse une crise profonde qui pousse le chancelier Scholz à organiser un sommet d’urgence. En jeu, l’avenir de millions d’emplois et la remise en question des objectifs climatiques européens.

  • Les constructeurs allemands (VW, BMW, Mercedes-Benz) enregistrent une chute brutale de leurs bénéfices.
  • Plus de 51 500 emplois ont déjà disparu dans le secteur automobile en un an, et 90 000 autres sont menacés d’ici 2029.
  • Le gouvernement allemand est divisé sur la question de l’assouplissement des normes européennes d’émissions de CO2.

Les constructeurs automobiles allemands et leurs fournisseurs, qui représentent toujours le secteur industriel le plus important du pays, sont confrontés à des difficultés majeures. Cette situation tendue crée un climat d’incertitude et d’inquiétude en Allemagne.

Afin de tenter d’inverser la tendance, le chancelier Olaf Scholz a convoqué ce jour un sommet de crise au sein de la Chancellerie fédérale. Le puissant lobby automobile allemand réclame une nouvelle fois une assouplissement des accords européens visant à limiter les émissions de CO2.

Cependant, le gouvernement Scholz ne semble pas avoir de réponse claire à cette demande. La question divise l’exécutif, comme en témoigne la divergence d’opinions entre les différents ministres.

L’industrie en perte de vitesse

Pour mesurer l’ampleur des difficultés rencontrées par les constructeurs allemands, il suffit de consulter les derniers résultats financiers. VW, BMW et Mercedes-Benz ont vu leurs bénéfices s’effondrer. En un an, 51 500 emplois ont été supprimés dans l’ensemble de la filière automobile.

Selon l’institut économique IW, 90 000 emplois supplémentaires pourraient être menacés au cours des cinq prochaines années. Récemment, Bosch, le plus grand équipementier automobile au monde, a annoncé la suppression de 13 000 postes en Allemagne.

Un des principaux problèmes auxquels est confrontée l’industrie automobile allemande est sa forte dépendance à l’exportation. Elle doit également faire face à la concurrence croissante de la Chine et aux droits de douane élevés imposés par les États-Unis.

Le débat européen

Selon les acteurs du secteur, une solution pour soulager les entreprises serait d’assouplir les accords européens sur le climat. Dans une déclaration commune, le groupe d’intérêt automobile allemand (VDA) et le syndicat allemand estiment que les objectifs climatiques fixés sont irréalistes.

Il y a quelques années, l’Allemagne avait déjà accepté, lors de négociations à Bruxelles, qu’aucune nouvelle voiture émettant du CO2 ne puisse être vendue en Europe à partir de 2035. Cette mesure vise à atteindre la neutralité climatique d’ici 2050, un objectif que l’Allemagne soutient officiellement. Les constructeurs qui ne respectent pas les normes d’émissions sont passibles de pénalités financières.

L’accord avait été conclu avec réticence par l’Allemagne, qui avait tenté, à la dernière minute, d’obtenir une dérogation pour les « e-carburants », ce qui avait irrité d’autres États membres. Ce blocage avait déjà été rapporté.

Une position gouvernementale fragile

Aujourd’hui, l’Allemagne réaffirme sa position. Le chancelier Scholz entend plaider auprès de Bruxelles pour que l’interdiction des moteurs thermiques soit remise en question : la fin du moteur à combustion. Lundi, la Commission européenne a reçu une lettre signée par le ministre italien de l’Industrie et le ministre allemand de l’Économie, membre du parti CDU de Scholz, appelant à un « changement de cap immédiat » pour l’industrie automobile.

Cette initiative a pris de court le partenaire gouvernemental, le SPD, dont la direction souhaite maintenir l’interdiction européenne. Le ministre SPD de l’Environnement l’a d’ailleurs clairement affirmé lundi.

« La faiblesse de l’économie allemande, y compris dans le secteur automobile, n’est pas due à une protection excessive du climat. Au contraire : la mobilité électrique est l’avenir, et c’est sur cela que le secteur doit se concentrer. Pour réussir cette transition, il faut une planification claire et un cadre juridique stable. »

Carsten Schneider, ministre SPD de l’Environnement

Avant le sommet de crise, le chancelier Scholz a simplement déclaré qu’il défendrait les intérêts de l’industrie.

« Nous ne présentons pas de position politique préétablie, nous voulons discuter avec l’industrie automobile pour déterminer ce que nous devons faire pour sortir de la grave crise que traverse l’Allemagne. Quelles lois nationales et européennes sont nécessaires à cet effet ? »

Olaf Scholz, chancelier allemand

Les marges de manœuvre du chancelier sont limitées, car il n’a pas de contrôle direct sur la législation européenne.

C’est pourquoi son gouvernement a présenté aujourd’hui pour la première fois des mesures visant à stimuler le marché intérieur et à rendre la mobilité électrique plus attractive. Moins d’une voiture neuve sur cinq vendue en Allemagne cette année est électrique, ce qui compromet l’atteinte des objectifs climatiques.

Pour convaincre les consommateurs allemands, encore hésitants, l’exonération de la taxe sur les véhicules à moteur pour les voitures électriques sera prolongée. Des mesures supplémentaires sont prévues pour rendre l’acquisition de véhicules propres plus accessible aux ménages aux revenus modestes, mais les détails restent à préciser.

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