Wall Street continue de dominer l’économie mondiale, malgré un poids démographique relativement faible. L’attrait des actifs américains reste fort, soutenu par une conjoncture économique européenne moins favorable et des perspectives de baisse des taux d’intérêt aux États-Unis.
Selon une étude récente de la SIFMA, l’activité brute étrangère sur les titres américains a bondi de 33,8 % sur un an en 2024, atteignant 134 700 milliards de dollars (environ 125 000 milliards d’euros). The Economist estime que les États-Unis représentent 61 % de la capitalisation boursière mondiale, une part qui devrait encore s’accroître. Cette domination est d’autant plus marquée que l’Europe, confrontée à des politiques énergétiques restrictives et aux conséquences indirectes du conflit en Ukraine, peine à rivaliser.
L’indice S&P 500 (SPX) est devenu un indicateur clé de la santé économique mondiale, reflétant environ 80 % de la valeur totale du marché boursier américain. Depuis le début de l’année, il a progressé de 15,84 %, surpassant sa moyenne annuelle de 10,54 % depuis 1957. Le taux de participation des particuliers au marché boursier, mesuré par Gallup, oscille autour de 62 % en 2025, un niveau comparable à celui du début des années 2000.
Les investisseurs anticipent désormais une baisse des taux d’intérêt par la Réserve fédérale (Fed), ce qui pourrait stimuler davantage la liquidité et soutenir les marchés. Lorsque la Fed réduit ses taux, elle élargit l’écart entre le coût de l’emprunt pour les banques commerciales et les revenus qu’elles tirent des prêts, encourageant ainsi l’octroi de crédits et dynamisant l’économie. Les baisses de taux observées entre 2020 et 2022 ont notamment profité au S&P 500, considéré comme une valeur refuge.
Selon les prévisions du FOMC, la Fed ne devrait plus revenir à des taux proches de zéro. Le taux médian prévu pour 2025 s’établit à 3,6 %, avec des niveaux minimaux de 3,4 % et 3,1 % pour 2026 et 2028 respectivement. La probabilité d’une baisse des taux en décembre 2025 est actuellement estimée à 82,9 % (selon l’outil FedWatch de CME), et dépasse les 50 % pour janvier 2026. Une baisse de taux en décembre et janvier pourrait ramener le taux effectif des fonds fédéraux à une fourchette de 3,25 % à 3,50 % en février.
JPMorgan prévoit que cet assouplissement monétaire pourrait propulser le S&P 500 à un nouveau record de 8 000 points d’ici 2026, contre 6 797 actuellement, offrant aux investisseurs un potentiel de gain de 17,7 %. Deutsche Bank partage cette perspective, estimant également une progression du S&P 500 à 8 000 points, avec un bénéfice par action atteignant 320 $. Bank of America est plus prudente, tablant sur un sommet à 7 100 points.
Une partie de cette incertitude est liée aux investissements massifs des géants de la technologie (Amazon, Meta, Microsoft, Alphabet) dans l’intelligence artificielle (IA). Ces entreprises ont émis 121 milliards de dollars d’obligations de qualité investissement depuis le début de l’année, anticipant une augmentation de la productivité grâce à l’IA. Cependant, des doutes subsistent quant à la capacité de monétiser ces investissements.
Les contraintes infrastructurelles, notamment en matière d’énergie, pourraient freiner le déploiement de l’IA. De plus, les relations tendues avec la Chine, et notamment la dépendance aux terres rares, constituent un facteur de risque. Selon BofA Securities, des baisses de taux supplémentaires pourraient être nécessaires pour compenser ces incertitudes.
Par ailleurs, la politique d’immigration américaine, qui contraste avec les efforts pour stimuler l’IA, soulève des questions. Des études suggèrent que les immigrants contribuent moins au budget fédéral que les citoyens natifs, ce qui pourrait peser sur les finances publiques. L’administration Trump, malgré des promesses de fermeté en matière d’immigration, semble avoir adopté une approche plus nuancée, privilégiant une suppression des salaires.
Les États-Unis, en tant qu’émetteur de la principale monnaie de réserve mondiale, peuvent se permettre des stratégies de suppression des salaires, d’immigration massive et de financement par le déficit plus facilement que d’autres pays. Bien que cela puisse gonfler les bilans des entreprises et soutenir le marché boursier à court terme, cela pourrait nuire à la compétitivité à long terme et à la capacité fiscale du pays. L’accumulation des déficits budgétaires pourrait ainsi nécessiter une intervention accrue de la Fed pour monétiser la dette, ce qui pourrait paradoxalement alimenter une nouvelle hausse des marchés boursiers, malgré une dévaluation de la monnaie.
