Home AffairesTéléphones portables à l’école | Quatre mois après l’interdiction, l’impact « est majeur »

Téléphones portables à l’école | Quatre mois après l’interdiction, l’impact « est majeur »

by Amélie Bernard

Publié le 24 décembre 2025 à 10h16. L’interdiction des téléphones portables dans les écoles primaires et secondaires du Québec, en vigueur depuis quatre mois, semble porter ses fruits, favorisant une vie sociale plus riche, une activité physique accrue et, selon les premiers constats, une amélioration des résultats scolaires.

  • Plusieurs directions scolaires signalent une augmentation des interactions sociales et des activités physiques chez les élèves.
  • Des élèves témoignent d’une plus grande ouverture aux autres et d’une meilleure concentration en classe grâce à la réduction des distractions numériques.
  • Des experts soulignent que l’usage excessif des téléphones portables peut entraver le développement de la personnalité et la capacité d’apprentissage des adolescents.

À l’École Monseigneur-A.-M.-Parent de Longueuil, l’ambiance est à la détente à l’approche des vacances. La cloche du dîner retentit, et les élèves se retrouvent dans les couloirs, non pas pour consulter leurs écrans, mais pour jouer aux cartes, au ping-pong ou à des jeux de société. Constance Boie, une élève de cinquième secondaire, explique :

« Avant, les gens étaient beaucoup sur leur téléphone et jouaient à des jeux, mais comme ils ne peuvent plus le faire, maintenant ils jouent ensemble ou ils se parlent. »

Shelby Miclette, une élève plus introvertie, confirme que cette interdiction l’a aidée à sortir de sa coquille et à se faire de nouveaux amis :

« Je suis plus ouverte aux autres qu’avant. Ça m’a sortie de ma bulle un peu. »

Mélanie Lacourse, la directrice de l’école, observe des changements positifs au niveau des interactions sociales :

« Ça favorise vraiment des relations authentiques entre les élèves. Tous les matins, je fais le tour de l’école et, même encore à ce jour, je constate des changements au niveau des interactions sociales. C’est un climat plus convivial et parfois, oui, plus bruyant, parce que justement, ils jasent entre eux, mais c’est formidable de voir ça ! »

Elle note également une diminution de l’isolement.

Selon elle, les activités comme le baby-foot, le ping-pong ou simplement passer du temps de qualité avec un ami ont un impact positif sur la concentration et l’apprentissage. Shelby Miclette ajoute :

« On ne regarde pas les notifications sur notre téléphone avant d’aller en classe, donc notre tête n’est pas ailleurs, alors peut-être que notre concentration s’est améliorée. »

L’école Mgr-A.-M.-Parent avait déjà interdit les téléphones aux élèves de première secondaire il y a deux ans. L’entrée en vigueur de la mesure gouvernementale a étendu cette interdiction à tous les niveaux du secondaire.

À Saint-Augustin-de-Desmaures, Jean-François Boisvert, directeur général du Séminaire Saint-François, s’attendait à une certaine résistance de la part des élèves plus âgés, mais il a été agréablement surpris :

« En toute honnêteté, ça s’est vraiment bien passé, il n’y a eu aucune rébellion, aucune contestation. »

Il constate que les élèves jouent, rient et parlent davantage dans les couloirs, ce qui a un impact majeur sur leurs compétences sociales.

Linda S. Pagani, psychologue clinicienne et chercheuse au Centre de recherche du CHU Sainte-Justine, n’est pas surprise par ces observations. Elle souligne que l’usage excessif du téléphone nuit non seulement à l’apprentissage scolaire, mais aussi au développement de la personnalité :

« Les cellulaires distraient tellement que ça retarde toutes les tâches que les adolescents doivent faire pour construire leur identité. »

L’adolescence est une période cruciale pour le développement de l’identité, mais les réseaux sociaux et l’hyperconnectivité peuvent entraver ce processus.

« C’est comme si on disait à un bébé : reste dans la poussette, ce n’est pas grave, tu apprendras à marcher plus tard. »

Au Séminaire Saint-François, l’interdiction des téléphones a été étendue à tous les cycles à la rentrée scolaire 2025. Le principal défi rencontré est lié à la surveillance, car les élèves ont tendance à explorer davantage l’école et à se déplacer plus librement. Cependant, Jean-François Boisvert préfère gérer cette situation plutôt que de surveiller un groupe d’élèves rivés à leurs écrans.

Linda S. Pagani souligne également que les longues heures passées devant les écrans entraînent une surcharge cognitive, augmentant le risque de fatigue mentale et compromettant les capacités d’apprentissage. Une étude publiée en février 2022 dans le Journal de la santé des adolescents a révélé que les adolescents québécois passent en moyenne 7,7 heures par jour devant un écran, un temps comparable à leurs heures de sommeil, mais supérieur à la durée d’une journée scolaire.

Elle insiste sur la nécessité de déconnecter les élèves quelques heures par jour pour assurer leur développement et leur contribution à la société. Elle refuse même d’autoriser l’utilisation d’ordinateurs portables en classe, encourageant ses étudiants à prendre des notes à la main, une pratique qui consolide l’apprentissage.

Plusieurs écoles secondaires privées utilisent déjà des tablettes électroniques, mais leur pertinence est remise en question. Le Séminaire Saint-François envisage de les remplacer par des ordinateurs portables, car ce sont les outils utilisés au cégep, à l’université et dans le monde du travail. Jean-François Boisvert reconnaît que la tablette peut être un outil pédagogique utile, mais aussi une source de distraction, ce qui pose des défis de gestion et de surveillance.

Rappelons que les téléphones portables sont interdits dans les salles de classe du Québec depuis janvier 2024. L’interdiction complète des téléphones à l’école, du début à la fin des cours, était la première recommandation de la Commission spéciale sur les impacts des écrans et des réseaux sociaux sur la santé et le développement des jeunes, dont le rapport provisoire a été déposé au printemps dernier.

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