Publié le 2024-11-21 16:32:00. Un podologue chirurgien américain a annoncé son départ de Nouvelle-Écosse, invoquant des restrictions professionnelles qui l’empêchent, selon lui, de soigner efficacement ses patients et contribuent à l’allongement des listes d’attente.
- Le Dr Ronald Barron affirme ne pas pouvoir pratiquer certaines chirurgies mini-invasives approuvées aux États-Unis.
- Il critique le manque de réponse du Collège des médecins et chirurgiens de la Nouvelle-Écosse et du ministère provincial de la Santé à ses demandes d’élargissement de ses compétences.
- Les temps d’attente pour une correction de hallux valgus (oignon) en Nouvelle-Écosse peuvent dépasser trois ans pour une consultation initiale.
Le Dr Ronald Barron, un podologue chirurgien venu des États-Unis, a décidé de quitter la Nouvelle-Écosse quelques mois seulement après son arrivée, estimant qu’il est entravé dans sa capacité à offrir des soins optimaux à ses patients. Arrivé à Dartmouth au début de 2024, il espérait s’établir durablement dans la province, où sa mère est originaire du comté de Guysborough et où il a passé de nombreux étés durant son enfance.
Selon le Dr Barron, le problème réside dans les restrictions imposées par le Collège des médecins et chirurgiens de la Nouvelle-Écosse et le ministère provincial de la Santé, qui ne lui autorisent pas à effectuer certaines chirurgies mini-invasives couramment pratiquées dans sa clinique aux États-Unis. Il déplore devoir laisser des patients souffrir de pathologies qu’il pourrait traiter rapidement et efficacement.
« Je n’ai jamais travaillé, surtout aux États-Unis, où il faut attendre trois ans pour réparer un oignon ou un orteil en marteau. Je pourrais réparer [ces] problèmes très facilement et très efficacement si j’y étais autorisé. Mais comme c’est le cas avec le gouvernement et le collège, je suis empêché de le faire. C’était très dur. »
Dr Ronald Barron, podologue chirurgien
L’arrivée du Dr Barron coïncidait avec une évolution du cadre réglementaire pour les podologues en Nouvelle-Écosse. Pour la première fois, ils ont obtenu le droit de prescrire des médicaments et de commander des radiographies directement, sans passer par un médecin traitant. Le Dr Gus Grant, directeur du Collège des médecins de la province, a salué cette mesure comme une reconnaissance du rôle croissant de la podologie dans le système de santé, affirmant qu’elle apportait « une responsabilisation, une structure et une reconnaissance appropriée des contributions que la podologie peut apporter aux soins de santé de la Nouvelle-Écosse ».
Cependant, le Dr Barron estime que ces changements ne vont pas assez loin. Sa formation américaine lui a permis de se spécialiser dans des techniques chirurgicales mini-invasives, qu’il souhaitait mettre à profit en Nouvelle-Écosse. Il a contacté à plusieurs reprises les autorités provinciales et le Collège pour demander une extension de ses compétences, mais n’a reçu aucune réponse favorable.
Il cite notamment le cas d’un patient diabétique d’une quarantaine d’années souffrant d’un orteil en marteau et de problèmes de circulation sanguine au pied.
« Cela faisait plus d’un an qu’il ne marchait plus régulièrement, il prenait encore plus de poids. Son diabète, sa glycémie n’étaient particulièrement pas bien gérés. Cela avait vraiment un impact sur lui, même sa santé mentale était très affectée. Ce n’est pas une situation unique. »
Dr Ronald Barron, podologue chirurgien
Les temps d’attente pour une correction chirurgicale d’un hallux valgus (oignon) en Nouvelle-Écosse sont particulièrement longs. Selon les données officielles du gouvernement de la Nouvelle-Écosse, la moitié des patients attendent près d’un an pour une première consultation, puis encore deux mois et demi pour l’intervention. Certains doivent patienter plus de trois ans pour obtenir un rendez-vous avec un chirurgien, suivis de six mois supplémentaires avant l’opération.
Le Dr Barron s’est dit stupéfait que, face à ces délais, aucune initiative ne soit prise pour exploiter pleinement ses compétences. Il a finalement décidé de retourner aux États-Unis, où il recherche actuellement un poste à New York.
Dans une déclaration, le ministère de la Santé et du Bien-être a exprimé sa déception face au départ du Dr Barron, soulignant qu’il avait travaillé en étroite collaboration avec le Collège des médecins et chirurgiens et l’Association des podologues de la Nouvelle-Écosse pour explorer les possibilités d’élargir le champ d’action de la podologie. Il a toutefois insisté sur la nécessité de prendre en compte les ressources nécessaires pour coordonner et intégrer ces changements au sein du système de santé public.
Le Dr Barron reconnaît l’importance pour le Collège de veiller à la formation adéquate des médecins, mais estime qu’il ne lui appartient pas d’empêcher les praticiens qualifiés d’exercer. Il déplore le manque de communication et estime que c’est ce qui l’a finalement poussé à quitter la province.
