Publié le 2024-02-29 14:52:00. Des chercheurs de l’Université de Chicago ont mis au point une nouvelle approche de l’immunothérapie contre le cancer, permettant d’activer, de désactiver ou de reprogrammer les cellules immunitaires pour cibler différents types de tumeurs avec une précision accrue.
- Une nouvelle immunothérapie modulaire, baptisée GA1CAR, offre un contrôle inédit sur l’attaque des cellules cancéreuses.
- Ce système « plug-and-play » permet de changer rapidement de cible tumorale, même en cas de résistance aux traitements.
- Les premiers résultats, obtenus sur des modèles animaux, suggèrent une meilleure efficacité et une toxicité réduite par rapport aux thérapies CAR-T traditionnelles.
L’immunothérapie CAR-T (Cellule T à Récepteur Chimérique d’Antigène) représente une avancée majeure dans le traitement de certains cancers du sang. Cette technique consiste à prélever les propres cellules immunitaires du patient, à les modifier génétiquement pour qu’elles reconnaissent et attaquent les cellules cancéreuses, puis à les réinjecter. Cependant, son application aux tumeurs solides s’est avérée plus complexe, en raison de difficultés de pénétration dans les tissus tumoraux, d’effets secondaires potentiellement graves et de la nécessité d’une ingénierie cellulaire spécifique pour chaque patient.
Les cellules CAR-T classiques reposent sur un seul type de récepteur, limitant leur capacité à cibler différents antigènes présents sur les cellules tumorales. De plus, la concentration de tous les mécanismes d’attaque dans une seule cellule peut entraîner une toxicité importante. Les tumeurs, de leur côté, peuvent échapper à l’immunothérapie en modifiant ou en perdant les antigènes ciblés.
Pour surmonter ces obstacles, l’équipe de l’Université de Chicago a développé le système GA1CAR, une approche innovante basée sur une plateforme modulaire. Ce système utilise des cellules immunitaires modifiées, dotées d’un site de liaison capable de recevoir des fragments d’anticorps de courte durée, appelés fragments Fab. Ces fragments Fab agissent comme des « instructions » de ciblage, permettant de diriger les cellules immunitaires vers des antigènes spécifiques présents sur les cellules cancéreuses.
L’intérêt majeur de GA1CAR réside dans sa réversibilité. En l’absence de fragment Fab, les cellules GA1CAR-T restent inactives, évitant ainsi les effets secondaires indésirables. “Ce nouveau système CAR-T fonctionne comme un dispositif plug-and-play”, explique le professeur Anthony Kossiakoff, co-auteur principal de l’étude. “En changeant simplement le fragment d’anticorps [Fab], nous pouvons rediriger les mêmes cellules CAR-T pour attaquer différentes cibles cancéreuses avec plus de sécurité et de flexibilité.”
La courte durée de vie des fragments Fab (environ deux à trois jours) constitue un mécanisme de sécurité supplémentaire. “S’il y a un effet secondaire, nous pouvons simplement arrêter d’administrer le Fab et mettre en pause la thérapie sans retirer les cellules CAR-T du patient”, précise la professeure Ainhoa Arina. Cette capacité à interrompre temporairement le traitement est un avantage considérable par rapport aux thérapies CAR-T traditionnelles.
Au-delà de la sécurité, le système GA1CAR offre une grande flexibilité thérapeutique. Les cliniciens peuvent adapter rapidement le ciblage en fonction de l’évolution de la tumeur ou de l’apparition de résistances, sans avoir à générer de nouvelles cellules CAR-T. Cette adaptabilité est particulièrement importante dans le cas des tumeurs solides, caractérisées par une grande hétérogénéité antigénique.
Les premiers résultats obtenus sur des modèles animaux de cancer du sein et de l’ovaire sont encourageants. Les cellules GA1CAR-T ont démontré leur capacité à détecter et à attaquer les tumeurs en utilisant différents fragments d’anticorps ciblant des marqueurs spécifiques des cellules cancéreuses. De plus, les cellules GA1CAR-T ont maintenu leur fonction pendant de longues périodes et ont pu être réactivées plusieurs semaines plus tard avec une nouvelle dose de Fab.
L’équipe de recherche travaille actuellement à l’intégration de la radiothérapie à la plateforme GA1CAR et au développement de fragments Fab de nouvelle génération, plus stables et plus efficaces pour atteindre les tumeurs. Cette étude a été soutenue par la Fondation Searle, la Ludwig Foundation for Cancer Research et le National Cancer Institute.
Source: Université de Chicago
