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Une étude montre que la vaccination contre le zona pourrait ralentir la progression de la démence

by Sophie Martin

Publié le 9 décembre 2025 à 09h20. Une vaste étude menée au Pays de Galles suggère que la vaccination contre le zona pourrait réduire significativement le risque de démence, et même ralentir sa progression chez les personnes déjà atteintes. Ces résultats ouvrent de nouvelles perspectives sur le rôle des infections virales dans les maladies neurodégénératives.

  • La vaccination contre le zona est associée à une diminution de 20 % du risque de développer une démence sur sept ans.
  • Une politique de vaccination spécifique au Pays de Galles a permis d’établir un lien clair entre la vaccination et la protection contre la démence.
  • Des recherches complémentaires indiquent que le vaccin pourrait également ralentir la progression de la démence chez les patients déjà diagnostiqués.

Des chercheurs de Stanford Medicine ont analysé les données de santé de personnes âgées au Pays de Galles et ont constaté que celles qui avaient été vaccinées contre le zona présentaient un risque de démence inférieur de 20 % dans les sept années suivant la vaccination, comparativement à celles qui n’avaient pas reçu le vaccin. Ces découvertes, publiées le 2 avril dans la revue Nature, viennent étayer la théorie selon laquelle certains virus affectant le système nerveux pourraient augmenter le risque de démence.

Une étude complémentaire, parue le 2 décembre dans la revue Cell, indique que le vaccin pourrait également bénéficier aux personnes déjà atteintes de démence en ralentissant la progression de la maladie.

Le zona est causé par la réactivation du virus varicelle-zona, responsable de la varicelle durant l’enfance. Après une infection initiale, le virus reste latent dans les cellules nerveuses tout au long de la vie. Chez les personnes âgées ou immunodéprimées, il peut se réactiver et provoquer le zona.

La démence touche plus de 55 millions de personnes dans le monde, avec environ 10 millions de nouveaux cas diagnostiqués chaque année. Si la recherche sur la démence s’est traditionnellement concentrée sur l’accumulation de plaques et de fibrilles dans le cerveau des patients atteints de la maladie d’Alzheimer, la forme la plus courante de démence, certains scientifiques explorent désormais le rôle potentiel des infections virales.

Des études antérieures avaient déjà suggéré un lien entre la vaccination contre le zona et un risque réduit de démence, mais il était difficile d’écarter un biais : les personnes vaccinées ont tendance à adopter un mode de vie plus sain, ce qui influence également le risque de démence. “Toutes ces études d’association souffrent du problème fondamental selon lequel les personnes vaccinées se comportent différemment des personnes non vaccinées”, explique Pascal Geldsetzer, professeur adjoint de médecine et auteur principal de la nouvelle étude. “En général, elles ne sont donc pas considérées comme suffisamment probantes pour formuler des recommandations.”

Cependant, le déploiement du vaccin contre le zona au Pays de Galles, il y a deux ans, a présenté une opportunité unique. Le vaccin utilisé à l’époque contenait une forme vivante et atténuée du virus. Un programme de vaccination spécifique, débuté le 1er septembre 2013, a permis de créer une sorte d’« expérience naturelle ». Seules les personnes âgées de 79 ans à cette date étaient éligibles à la vaccination pendant un an, les personnes de 80 ans ou plus n’ayant jamais eu la possibilité de se faire vacciner. Cette règle, destinée à gérer les stocks limités de vaccins, a permis aux chercheurs de comparer les personnes ayant eu 80 ans juste avant et juste après le 1er septembre 2013, isolant ainsi l’effet de l’éligibilité au vaccin.

Les chercheurs ont analysé les dossiers médicaux de plus de 280 000 personnes âgées de 71 à 88 ans, ne souffrant pas de démence au début du programme de vaccination. Ils ont comparé les personnes ayant eu 80 ans la semaine précédant le 1er septembre 2013 avec celles ayant eu 80 ans la semaine suivante. “Nous savons qu’en moyenne, un millier de personnes sélectionnées au hasard nées une semaine et un millier de personnes sélectionnées au hasard nées une semaine plus tard ne devraient pas être différentes. Elles sont similaires à l’exception de cette petite différence d’âge”, explique Geldsetzer. “L’importance de l’étude réside dans le fait qu’elle est essentiellement similaire à une étude randomisée avec un groupe témoin et un groupe d’intervention.”

Sur une période de sept ans, les chercheurs ont comparé l’état de santé des personnes éligibles et non éligibles au vaccin. Ils ont constaté que la vaccination réduisait l’incidence du zona d’environ 37 % chez les personnes vaccinées, conformément aux résultats des essais cliniques. En 2020, environ une personne âgée sur huit, âgée de 86 ou 87 ans, avait reçu un diagnostic de démence. Cependant, celles qui avaient été vaccinées contre le zona présentaient un risque de démence inférieur de 20 % à celles qui n’avaient pas été vaccinées. “C’était un résultat vraiment remarquable”, rapporte Geldsetzer. “Ce fort effet protecteur était clairement visible dans chaque analyse de données.”

Les scientifiques ont cherché d’autres facteurs susceptibles d’influencer le risque de démence, mais n’ont trouvé aucune différence significative entre les deux groupes en termes de niveau d’éducation, de vaccination contre d’autres maladies ou de présence d’autres pathologies telles que le diabète, les maladies cardiaques ou le cancer. La seule différence observée était la diminution des diagnostics de démence.

L’étude a également révélé que la protection contre la démence était plus importante chez les femmes que chez les hommes, ce qui pourrait être lié à des différences de réponse immunitaire ou au développement de la démence entre les sexes. Les femmes ont, en moyenne, une réponse anticorps plus forte aux vaccinations, et le zona est plus fréquent chez elles.

Les mécanismes par lesquels la vaccination pourrait protéger contre la démence restent à élucider. Il pourrait s’agir d’un renforcement général du système immunitaire, d’une réduction spécifique de la réactivation du virus, ou d’autres mécanismes encore inconnus. Il est également incertain si une version plus récente du vaccin, qui ne contient que certaines protéines du virus, aurait un effet similaire, voire supérieur, sur la démence.

L’équipe de Geldsetzer a confirmé ces résultats en analysant les données sanitaires d’autres pays, notamment l’Angleterre, l’Australie, la Nouvelle-Zélande et le Canada, qui avaient mis en œuvre des programmes de vaccination similaires. “Nous continuons de constater ce fort signal de protection contre la démence dans les ensembles de données”, précise-t-il.

Les chercheurs envisagent désormais de mener un vaste essai randomisé et contrôlé pour confirmer ces résultats et établir un lien de causalité plus solide. “Ce serait une étude très simple et pragmatique car nous disposons d’une intervention ponctuelle dont nous savons qu’elle est sûre”, explique Geldsetzer. “Si nous investissons au moins une partie de nos ressources dans la recherche de ces mécanismes, des avancées majeures en matière de traitement et de prévention pourraient être réalisées.”

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