Publié le 17 octobre à 00h00. Un jury new-yorkais délibère sur le rôle de la BNP Paribas dans des atrocités commises au Soudan, soupçonnée d’avoir facilité le financement de l’armée et des milices du régime d’Omar el-Béchir par le biais d’opérations commerciales.
- Trois Soudanais, désormais citoyens américains, témoignent d’avoir été victimes de torture et de violence sous le régime d’Omar el-Béchir.
- La banque française est accusée d’avoir indirectement contribué à ces exactions en permettant au Soudan de commercer et d’accumuler des devises étrangères.
- La défense de BNP Paribas argue que le Soudan aurait trouvé d’autres moyens de financer ses activités, même sans l’intervention de la banque.
Le procès, qui s’est ouvert le 9 septembre devant huit jurés, met en lumière les liens potentiels entre le secteur bancaire international et les conflits armés. Les plaignants, deux hommes et une femme, ont relaté des expériences traumatisantes : emprisonnement, torture, violences physiques et sexuelles infligées par les forces soudanaises et les milices Janjawid, des groupes paramilitaires soutenus par Khartoum. Ils affirment que ces atrocités ont été rendues possibles grâce aux fonds générés par le commerce facilité par BNP Paribas.
Selon l’accusation, la banque française, présente au Soudan de la fin des années 1990 à 2009, a fourni des lettres de crédit qui garantissaient aux vendeurs le paiement de leurs marchandises, même en cas de défaut de l’acheteur. En permettant ainsi au régime soudanais de réaliser des transactions commerciales fructueuses, BNP Paribas lui aurait permis d’engranger des milliards de dollars de devises étrangères, contribuant indirectement à la répression de sa population.
L’avocat des plaignants, David DiCello, a dénoncé le rôle de la banque lors des plaidoiries finales :
« Cette affaire très importante a révélé le secret qu’une banque internationale, BNP Paribas, a secouru, protégé, alimenté et soutenu illégalement l’économie d’un dictateur. »
David DiCello, avocat des plaignants
Il a également affirmé que la banque avait « soutenu un nettoyage ethnique et anéanti l’existence » des plaignants, tout en reconnaissant qu’elle n’était pas la seule responsable de la situation.
La défense, représentée par Barry Berke, a quant à elle souligné l’absence de preuve directe de la responsabilité de BNP Paribas.
« Les plaignants auraient subi les mêmes souffrances si BNP Paribas n’avait pas été au Soudan, qui aurait vendu son pétrole sans la banque. Même sans pétrole et sans BNP Paribas, le régime aurait violé les droits humains. »
Barry Berke, avocat de BNP Paribas
M. Berke a également mis en avant le contexte historique des conflits internes au Soudan depuis son indépendance en 1956, ainsi que le fait que les opérations bancaires incriminées étaient autorisées en Europe et que des institutions internationales comme le Fonds monétaire international (FMI) collaboraient avec le pays.
Le Darfour, région ouest du Soudan, a été le théâtre d’une guerre particulièrement sanglante entre 2002 et 2008, ayant fait, selon les Nations unies, environ 300 000 morts et près de 2,5 millions de déplacés. L’ancien président soudanais, Omar el-Béchir, destitué en 2019, est actuellement recherché par la Cour pénale internationale pour génocide, crimes de guerre et crimes contre l’humanité.
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