Une ONG indonésienne envisage des actions en justice contre des entreprises malaisiennes et singapouriennes liées aux récents feux de forêt et de tourbe.
Le Walhi cible les sociétés mères à l’étranger
L’organisation indonésienne de défense de l’environnement Walhi s’apprête à porter l’affaire devant les tribunaux pour exiger des comptes aux acteurs économiques impliqués dans les incendies. Uli Arta Siagian est le coordinateur de campagne de l’ONG.
Il a confirmé lors d’une table ronde en ligne que l’ONG discute actuellement avec des consultants internationaux. Ces discussions visent à préparer des poursuites visant directement les sociétés mères à Singapour, plutôt que de se limiter aux filiales locales indonésiennes, selon l’agence Freemalaysiatoday.
Le rapport du Walhi contredit les dénégations de Kuala Lumpur
La publication du rapport du Walhi intitulé Analyse de la cartographie des acteurs : qui sont les responsables des incendies ?
contredit directement les déclarations de Kuala Lumpur. Le ministère malaisien des Plantations et des Matières premières avait affirmé le 16 octobre qu’aucun groupe de plantation du pays n’était impliqué dans les foyers d’incendie.

L’analyse de l’ONG identifie 21 entreprises liées à la Malaisie possédant des concessions actives au cœur des zones de feux. Parmi les groupes nommés figure le géant SD Guthrie, qui a formellement rejeté ces accusations en affirmant que ses filiales n’avaient déclenché aucun incendie. L’entreprise a précisé avoir éteint 2 411 départs de feu entre janvier et septembre, dont la quasi-totalité sur des terres communautaires, tout en maintenant des équipes de secours dotées de drones à ses frais. Le groupe Kuala Lumpur Kepong (KLK) a également été épinglé par Greenpeace et Pantau Gambut pour des foyers localisés sur une entité indonésienne associée, bien que la société soutienne que les flammes venaient de l’extérieur de ses concessions.
Les limites de l’Accord de l’ASEAN face à la brume
Signé en 2002, l’Accord de l’ASEAN sur la pollution due à la brume transfrontalière engage les onze membres à lutter contre ce fléau, mais le texte souffre d’un manque criant d’outils de contrainte judiciaire.
Heng Kiah Chun, stratège de campagne régional pour Greenpeace Asie du Sud-Est, a déclaré à Al Jazeera que « pendant des décennies, la réponse à la brume s’est largement concentrée sur l’engagement diplomatique, la lutte d’urgence contre les incendies et les mesures de protection de la santé publique. Bien que ces efforts soient nécessaires, ils n’ont pas suffisamment remédié aux causes profondes, notamment la destruction des forêts et des tourbières, les pratiques d’utilisation des terres non durables et l’insuffisance de la responsabilité des entreprises ».

La baisse de l’ensoleillement menace la récolte de palme
D’après l’Institut de recherche sur l’huile de palme en Indonésie, la baisse de l’ensoleillement et la fumée dense perturbent l’activité des charançons. Ces insectes sont indispensables à la pollinisation des palmiers à huile.
Cette perturbation pourrait réduire de 20 % le rendement des fruits, selon un rapport relayé par Bloomberg.
Face aux critiques internationales, le président indonésien Prabowo Subianto a durci le ton, critiquant les pays prompts à condamner son gouvernement tout en annonçant l’arrestation de pyromanes présumés. Les autorités de l’environnement ont procédé à la mise sous scellés de zones brûlées. Ces zones représentent plus de 6 000 hectares. Elles sont attribuées à des investisseurs étrangers, dont une large part est concentrée sur l’île de Kalimantan.