Publié le 23 novembre 2025 à 02h07. Une coalition d’organisations de défense des droits de l’homme critique vivement le ministre indonésien des Droits de l’Homme et de la Justice pour son acceptation tacite des critiques envers la récente réforme du Code de procédure pénale (KUHAP), estimant que son ministère a manqué à son rôle de garant des libertés fondamentales.
- La Fondation indonésienne d’aide juridique (YLBHI) accuse le ministère de ne pas avoir suffisamment veillé au respect des normes internationales des droits de l’homme lors de l’élaboration du nouveau KUHAP.
- L’YLBHI craint que le nouveau code ne contredise des conventions internationales ratifiées par l’Indonésie, notamment en matière de torture et de validité des preuves.
- L’organisation exhorte le ministre Natalius Pigaï à faire part de ses préoccupations directement au président Prabowo Subianto.
La réforme du Code de procédure pénale (KUHAP), adoptée le 18 novembre 2025 après un an de débats parlementaires, suscite de vives inquiétudes au sein de la société civile indonésienne. La Fondation indonésienne d’aide juridique (YLBHI) a publiquement critiqué la déclaration du ministre des Droits de l’Homme et de la Justice, Natalius Pigaï, qui s’est dit prêt à faciliter l’expression du mécontentement populaire à l’égard de ce nouveau texte.
Selon Muhamad Isnur, le directeur de l’YLBHI, cette attitude est inacceptable. Il estime que le ministère devrait avoir activement supervisé le contenu du projet de loi dès les premières étapes de sa discussion, afin de s’assurer de sa conformité avec les normes internationales en matière de droits de l’homme. « Il n’est pas question d’accepter a posteriori le mécontentement du public », a-t-il déclaré lors d’une conférence de presse tenue le 22 novembre à Jakarta.
L’YLBHI souligne que le ministère des Droits de l’Homme et de la Justice a une responsabilité directe envers les instances internationales de défense des droits de l’homme, notamment dans le cadre de l’Examen périodique universel (EPU) et du Pacte international relatif aux droits civils et politiques (PIDCP). L’organisation rappelle que ces instances ne se contentent pas de prendre en compte les déclarations des responsables gouvernementaux, mais examinent attentivement chaque article de loi susceptible de porter atteinte aux droits fondamentaux.
« Le ministère des Droits de l’Homme et de la Justice doit répondre de ses actions : a-t-il été impliqué ou non ? Car il sera tenu responsable au niveau international. Monsieur le Ministre Pigai, préparez-vous à être interpellé et vivement critiqué par le forum de l’ONU. »
Muhamad Isnur, directeur de l’YLBHI
L’une des principales préoccupations de l’YLBHI concerne les dispositions relatives à la torture et à l’admissibilité des preuves obtenues sous la contrainte. La Convention contre la torture (CAT) stipule clairement que les preuves obtenues par la torture doivent être déclarées irrecevables. Or, l’YLBHI estime que le nouveau KUHAP ne prévoit pas de mécanisme clair pour évaluer la validité des preuves dans de tels cas.
« La CAT impose que toutes les preuves soient obtenues sans recours à la torture. Le nouveau KUHAP le prévoit, mais que se passe-t-il en cas de violence ? Quand la décision sera-t-elle prise ? Il n’y a aucune réponse à ces questions. »
Muhamad Isnur, directeur de l’YLBHI
L’YLBHI critique également l’absence de contrôle judiciaire préalable au procès, qui permettrait aux juges d’évaluer la validité des preuves dès le début de l’enquête. De plus, le nouveau KUHAP autorise toujours une détention préventive prolongée, pouvant s’étendre sur plusieurs mois, ce qui contrevient aux normes du PIDCP qui exigent que les suspects soient présentés à un juge dans les 48 heures suivant leur arrestation. « On utilise encore des réglementations datant de l’ère de l’Ordre Nouveau, où une personne pouvait être détenue pendant six à sept mois, de son arrestation jusqu’à son procès. C’est totalement dépassé », déplore Isnur.
Enfin, l’YLBHI souligne que le nouveau KUHAP ne résout pas les problèmes persistants liés à l’accès à l’aide juridique. L’organisation reçoit régulièrement des signalements de menaces proférées par la police à l’encontre des suspects qui souhaitent bénéficier de l’assistance d’un avocat de l’YLBHI. « De nombreux dossiers sont classés parce que la police ne veut pas que l’YLBHI soit impliqué. L’aide juridique ne respecte pas les normes des droits de l’homme », affirme Isnur.
L’YLBHI exhorte le ministre Pigaï à ne pas se contenter d’accepter les plaintes du public, mais à utiliser les ressources et l’expertise de son ministère pour mener une étude approfondie du KUHAP. L’organisation doute également de l’efficacité du rôle du ministère dans le processus législatif, soulignant que les précédentes observations du vice-ministre des Droits de l’Homme et de la Justice n’ont pas été prises en compte lors des discussions parlementaires. Elle appelle Pigaï à faire part directement de ses objections au président Prabowo Subianto.
Le ministre Natalius Pigaï avait précédemment déclaré que son ministère était prêt à faciliter l’expression du mécontentement populaire concernant la promulgation du nouveau KUHAP, soulignant que le public pouvait procéder à un examen approfondi du texte pour identifier les articles potentiellement contraires aux droits de l’homme. Il a également affirmé que le contrôle judiciaire restait possible, quelle que soit la décision du Parlement. Cliquez ici pour recevoir les dernières actualités de Tempo sur Google Actualités.
Le processus de révision du KUHAP a débuté en novembre 2024, lorsque le Conseil d’experts de la Maison a été chargé de préparer un projet académique. Le projet de loi a ensuite été présenté par le Parlement en février 2025 et a fait l’objet de discussions avec le gouvernement à partir de mars. Un accord substantiel a été trouvé lors d’une réunion de niveau I entre la Commission III et le gouvernement le 13 novembre, avant l’adoption finale du texte lors d’une réunion de niveau II.
Vedro Emmanuel Girsang a contribué à ce reportage.
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