L’essor fulgurant de l’intelligence artificielle générative transforme radicalement le paysage numérique, brouillant les frontières entre réalité et fiction et posant de sérieux défis à la confiance et à la véracité de l’information en ligne. Des vidéos hyperréalistes, mais entièrement artificielles, inondent les réseaux sociaux, suscitant des inquiétudes quant à la manipulation et à la désinformation.
Selon une analyse récente d’AI Forensics, près d’une vidéo sur quatre publiées sur TikTok serait désormais générée par l’IA. Pour les textes, les estimations sont encore plus alarmantes : entre 30 et 40 % du contenu de tous les sites web actifs pourraient avoir été créés à l’aide de ces outils, certains experts allant jusqu’à plus de la moitié. Ce phénomène, surnommé « AI-Slop » (littéralement « rebuts d’IA »), se caractérise par un contenu souvent peu substantiel, absurde, mais suffisamment attractif pour capter l’attention et générer du trafic.
L’IA générative, accessible via des outils gratuits comme Sora d’OpenAI ou Nano Banana de Google, permet de créer des vidéos réalistes en quelques secondes, sans compétences techniques particulières. « Nous vivons actuellement dans une sorte de laboratoire du monde réel », explique Tim Polzehl, du Centre allemand de recherche sur l’intelligence artificielle.
Les exemples de contenus synthétiques se multiplient : des éléphants sur des plongeoirs, des tasses parlantes, ou encore des images du pape à moto circulent en masse sur les réseaux sociaux. Plus troublant, des vidéos simulant des événements d’actualité, comme la Tour Eiffel en flammes ou des inondations catastrophiques, sont diffusées, créant la confusion et alimentant la désinformation.
« On ne peut plus s’appuyer sur des images, des textes ou des vidéos pour représenter objectivement la réalité », souligne Rainer Mühlhoff, professeur d’éthique en intelligence artificielle. La capacité de distinguer le vrai du faux devient de plus en plus difficile, et cette tendance devrait s’accentuer dans les années à venir.
Face à cette situation, des solutions sont en cours de développement. Le Centre allemand de recherche sur l’intelligence artificielle travaille sur des systèmes capables de détecter le contenu généré par l’IA et de vérifier l’authenticité des images et des vidéos. L’idée est de mettre en place des « antidotes » technologiques pour contrer les effets néfastes de cette nouvelle technologie.
Par ailleurs, des initiatives législatives voient le jour. L’État de New York est le premier aux États-Unis à envisager d’imposer l’étiquetage obligatoire du contenu créé par l’IA dans les publicités, sous peine de sanctions. En période électorale, l’importance d’une information claire et d’un esprit critique est particulièrement cruciale.
Certains experts comparent cette situation à l’arrivée du spam par e-mail. « Nous sommes tous devenus un peu plus intelligents », rappelle Tim Polzehl. « Nous savons comment gérer les spams. » Il estime qu’une courbe d’apprentissage similaire est nécessaire pour apprendre à gérer le contenu généré par l’IA.
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