Publié le 9 octobre 2025 à 15h51. Des chercheurs suisses ont découvert qu’un stress cellulaire léger, déclenché par certains composants alimentaires, pourrait activer des mécanismes de protection et ralentir le processus de vieillissement, du moins chez des vers microscopiques.
- L’équipe du professeur Anne Spang a identifié des molécules d’ARN présentes dans l’alimentation qui prolongent la durée de vie des nématodes.
- Ces molécules empêchent l’accumulation de dépôts de protéines nocives, souvent liés au vieillissement et aux maladies neurodégénératives.
- Un faible niveau de stress semble préparer le corps à mieux faire face aux dommages protéiques et renforcer un processus d’auto-nettoyage cellulaire appelé autophagie.
Le vieillissement est un processus inéluctable, mais la capacité à vivre ces années supplémentaires en bonne santé varie considérablement. C’est pourquoi la recherche sur le vieillissement en bonne santé, ou « durée de santé », suscite un intérêt croissant. Des scientifiques de l’Université de Bâle ont récemment mis en évidence un mécanisme prometteur qui pourrait offrir de nouvelles pistes dans ce domaine.
Selon leurs travaux, l’ingestion de minuscules molécules d’ARN, présentes dans la nourriture des animaux, pourrait avoir un effet positif sur le processus de vieillissement. L’étude, publiée dans la revue Communications naturelles, a été menée sur le nématode microscopique Caenorhabditis elegans, un organisme modèle fréquemment utilisé dans la recherche sur le vieillissement.
« Ces molécules empêchent les dépôts de protéines nocives, qui sont généralement liés au vieillissement ou à la maladie », explique le professeur Anne Spang du Biozentrum de l’Université de Bâle. Les chercheurs ont observé que ces molécules activent une sorte de système d’alerte précoce dans l’organisme.
« Ces ARN alimentaires sont absorbés dans les intestins et activent des mécanismes de contrôle de qualité qui protègent du stress cellulaire », précise Emmanouil Kyriakakis, auteur principal de l’étude. Le principe semble paradoxal : un léger stimulus de stress maintient les cellules en bonne santé plus longtemps.
« Un faible niveau de stress prépare mieux le corps à faire face aux dommages causés aux protéines », ajoute Kyriakakis. Les chercheurs ont constaté que la présence d’ARN dans l’alimentation renforce un processus appelé autophagie, un mécanisme d’auto-nettoyage cellulaire essentiel qui permet de décomposer et de recycler les protéines endommagées.
L’étude révèle également une communication surprenante entre l’intestin et d’autres organes. « Nous avons été surpris de constater que l’intestin communique apparemment avec d’autres organes », soulignent les chercheurs. Ils ont observé des effets protecteurs non seulement au niveau local, mais dans tout l’organisme, notamment au niveau musculaire.
Ainsi, la nutrition semble induire une réaction protectrice systémique qui affecte divers organes et rend l’organisme plus résilient. Les nématodes ayant bénéficié d’un régime alimentaire équilibré et riche en ARN ont présenté des niveaux de forme physique nettement plus élevés à mesure qu’ils vieillissaient.
« Les molécules d’ARN présentes dans les aliments déclenchent une réaction systémique dans l’organisme qui ralentit certains processus de vieillissement », résume Kyriakakis. Cette étude apporte un nouvel éclairage sur l’influence de la nutrition sur la santé cellulaire. « Les composants individuels des aliments peuvent amener le corps à activer les mécanismes de protection », explique Spang. « Donc un peu de stress, c’est bien. »
Il reste à déterminer si ces effets bénéfiques se traduisent également chez l’homme. Cependant, les chercheurs estiment qu’il est plausible que certains nutriments stimulent également les mécanismes de défense cellulaire chez l’humain. Une chose est certaine : notre alimentation joue un rôle crucial dans notre santé et notre bien-être tout au long de notre vie.
Note sur la source :
Kyriakis, E., Medde, C., Ritz, D., Futicile, G., Schmidt, A. et Spang, A. (2025) : L’ARN bactérien favorise la protéostase grâce à la communication inter-tissulaire chez C. elegans. Communication naturelle.
