Publié le 8 janvier 2024 05:57:00. Des restes fossiles découverts au Maroc, datant de près de 773 000 ans, apportent de nouvelles preuves en faveur d’une origine africaine de l’espèce humaine moderne, Homo sapiens. Cette découverte pourrait remettre en question les théories sur l’évolution de notre espèce.
- Des fossiles d’hominidés datant de 773 000 ans ont été mis au jour dans une grotte près de Casablanca.
- Ces restes appartiennent probablement à un ancêtre proche de l’Homo sapiens, et renforcent l’hypothèse d’une origine africaine de notre espèce.
- L’étude révèle également des indices sur la séparation précoce entre les lignées menant à l’Homo sapiens, aux Néandertaliens et aux Dénisoviens.
Une équipe de chercheurs a annoncé la découverte de fossiles exceptionnels dans la grotte à Hominidés de Casablanca. Parmi les restes exhumés figurent des mâchoires inférieures d’adultes et d’un jeune enfant, ainsi que des dents, un fémur et des vertèbres. L’analyse de ces fragments osseux suggère qu’ils appartiennent à une forme évoluée de l’espèce Homo erectus, apparue il y a environ 1,9 million d’années en Afrique.
Jusqu’à présent, les principaux fossiles de nos ancêtres de cette période avaient été retrouvés à Atapuerca, en Espagne, ce qui avait conduit certains scientifiques à penser que l’Homo sapiens aurait pu évoluer en dehors de l’Afrique avant d’y revenir. Cependant, la découverte marocaine, combinée à celle du plus ancien fossile d’Homo sapiens connu, trouvé sur le site de Jabal Irhoud au Maroc et daté de 300 000 ans, apporte un nouvel éclairage sur l’histoire de notre espèce.
Selon le paléoanthropologue Jean-Jacques Hublin, qui a dirigé l’étude publiée dans la revue Nature, il existait jusqu’à présent une « lacune dans les archives fossiles » en Afrique. Cette nouvelle étude contribue à combler ce vide.
L’âge précis des fossiles a pu être déterminé grâce à une nouvelle méthode d’analyse de l’inversion de la polarité magnétique terrestre, survenue il y a environ 773 000 ans. À cette époque, le pôle nord magnétique était proche du pôle sud géographique, et les roches du monde entier conservent des traces de ce changement. Les fossiles de la grotte de Casablanca ont été découverts dans les couches géologiques correspondant à cette période de renversement magnétique.
L’analyse des restes a également révélé des indices sur le mode de vie de ces hominidés. Un fémur portant des marques de dents suggère que l’individu en question a été attaqué, voire dévoré, par une hyène.
Le paléobiologiste Antonio Rosas, qui n’a pas participé à l’étude, a salué ces découvertes, affirmant que les travaux de Hublin et de ses collègues renforcent « l’idée de plus en plus répandue selon laquelle l’origine de l’Homo sapiens ainsi que le dernier ancêtre commun (l’Homo sapiens, les Néandertaliens et les Dénisoviens) se trouvent en Afrique ». Il a également souligné que ces recherches suggèrent que la divergence évolutive de la lignée de l’Homo sapiens pourrait avoir commencé plus tôt qu’on ne le pensait généralement.
« Jusqu’à présent, il y avait une “lacune dans les archives fossiles” en Afrique. Une nouvelle étude comble cette lacune. »
Jean-Jacques Hublin, paléoanthropologue
