Home AffairesEt pourtant, c’est la fin des cuisinières à gaz. Ils seront interdits. Ils ont condamné les chaudrons et fixé la date

Et pourtant, c’est la fin des cuisinières à gaz. Ils seront interdits. Ils ont condamné les chaudrons et fixé la date

by Amélie Bernard

Publié le 30 décembre 2025 16h06:00. Après avoir encouragé le passage au gaz naturel comme solution de transition, la Pologne est confrontée à un nouveau défi : l’Union européenne souhaite désormais abandonner les combustibles fossiles pour le chauffage, remettant en question les aides financières et l’avenir des installations existantes.

  • La fin des subventions pour les chaudières à gaz est prévue dès 2025 dans le cadre du programme « Air pur ».
  • L’Union européenne impose une réduction des émissions de CO2 d’au moins 55 % d’ici 2030 et vise la neutralité climatique en 2050.
  • L’enthousiasme pour les pompes à chaleur, pourtant présentées comme l’avenir, semble s’essouffler au profit d’un retour de la biomasse.

Ces dernières années, la Pologne a connu une forte mobilisation contre les poêles à charbon. Campagnes de sensibilisation, alertes sur la pollution atmosphérique et subventions gouvernementales via le programme « Air pur » (Czyste Powietrze) avaient un objectif commun : remplacer la fumée des foyers par des systèmes de chauffage plus modernes. Le gaz naturel s’était alors imposé comme une solution de compromis, plus propre, plus pratique et socialement acceptable.

Mais ce compromis est aujourd’hui remis en question. L’Union européenne signale de plus en plus clairement que le gaz, en tant que combustible fossile, doit également disparaître du chauffage des bâtiments. Les États membres sont tenus de planifier son abandon progressif, motivé par des considérations climatiques, la réduction des émissions et l’objectif à long terme de neutralité carbone.

Les chaudières à gaz émettent moins de polluants que les chaudières à charbon, mais elles restent une source de dioxyde de carbone. C’est ce constat qui les place au cœur de l’offensive climatique de l’UE, fondée sur le paquet « Fit for 55 », annoncé par la Commission européenne en juillet 2021. Ce paquet prévoit une réduction des émissions de CO2 d’au moins 55 % d’ici 2030 par rapport aux niveaux de 1990, et à terme, l’atteinte de la neutralité climatique en 2050. Le Parlement européen a déjà adopté une modification de la directive sur la performance énergétique des bâtiments, dite directive « construction », déclenchant une cascade de changements qui se feront sentir auprès des propriétaires européens.

Les premiers effets de cette nouvelle réglementation sont déjà visibles. À partir de 2025, il ne sera plus possible de recourir à des aides financières publiques pour les installations individuelles fonctionnant aux combustibles fossiles. Cela signifie la fin des subventions pour les chaudières à gaz, un changement majeur car, jusqu’à récemment, le remplacement d’un ancien poêle par une chaudière à gaz était l’une des options les plus fréquemment choisies dans le cadre du programme « Air pur ». Cette voie est désormais fermée.

Une exception subsistait toutefois : les subventions pour les installations hybrides, où la source de chaleur principale est une énergie renouvelable – par exemple une pompe à chaleur ou des capteurs solaires – et la chaudière à gaz ne sert que de source d’appoint, activée lors des périodes de grand froid.

La directive sur la construction introduit des délais supplémentaires. À partir de 2030, tous les nouveaux bâtiments devront être à zéro émission, interdisant l’installation de tout système de chauffage fonctionnant aux combustibles fossiles, y compris le gaz naturel, pour le chauffage et la production d’eau chaude.

Mais ce n’est pas tout. D’ici 2040, cette interdiction s’étendra également aux bâtiments existants. Le gaz, qui était encore récemment considéré comme une solution de transition, devient donc un combustible en voie de disparition.

Les experts affirment depuis des années que l’avenir appartient aux pompes à chaleur alimentées à l’électricité, idéalement produite à partir de sources renouvelables. Il s’agit d’une solution climatiquement, énergétiquement et, dans le contexte géopolitique actuel, politiquement sûre, chaque pays pouvant produire sa propre énergie renouvelable.

L’Union européenne prévoit l’installation d’environ 20 millions de pompes à chaleur d’ici 2026 et de près de 60 millions d’ici 2030. Comme le souligne le site muratordom.pl, cela nécessite des investissements considérables, une augmentation de la production d’appareils et un accès plus facile au financement. En Pologne, sans un véritable soutien de l’État, cela pourrait constituer un obstacle insurmontable pour de nombreux ménages.

Pourtant, même si les pompes à chaleur étaient censées être le moteur de cette transformation, les données montrent un refroidissement de l’enthousiasme. Selon les informations du programme « Air pur », citées par money.pl, en 2024, près de la moitié des demandes de financement concernaient des chaudières à biomasse, contre seulement 17,8 % l’année précédente. Les pompes à chaleur, qui intéressaient plus de 53 % des candidats en 2023, ne concernent plus que 27 % des Polonais. C’est un signal clair d’un changement d’humeur, malgré le durcissement des règles et des exigences.

Le programme « Air pur », lancé en 2018, est devenu l’un des plus importants projets écologiques de Pologne. La valeur totale des demandes soumises a atteint 38,8 milliards de zlotys (environ 8,6 milliards d’euros) et les paiements ont dépassé 16,7 milliards de zlotys (environ 3,7 milliards d’euros).

Ce déploiement n’a cependant pas été sans accroc. En novembre 2024, le recrutement des candidatures a été suspendu suite à la révélation de fraudes. Il n’a repris que le 31 mars 2025, après des corrections et un renforcement des procédures. Désormais, un audit énergétique est obligatoire. Bien que les responsables assurent la stabilité du programme, une chose a changé : la perception par les Polonais de la source de chaleur la plus rentable.

Parallèlement, l’allègement fiscal pour la modernisation thermique connaît un ralentissement. En 2024, 312 000 contribuables en ont bénéficié, pour un total de 5,5 milliards de zlotys (environ 1,2 milliard d’euros). À titre de comparaison, en 2021, année record, 595 000 contribuables avaient déduit 10,4 milliards de zlotys (environ 2,3 milliards d’euros), selon Marek Wielgo de GetHome.pl.

L’expert souligne que le montant de l’allègement, inchangé, devient insuffisant face à la hausse des prix des matériaux et des équipements. L’absence d’indexation pourrait, à terme, réduire l’attrait de cet avantage fiscal, notamment pour ceux qui l’ont déjà utilisé une fois.

À partir de 2025, la liste des dépenses éligibles aux aides publiques ou aux déductions fiscales a été modifiée. Les chaudières à gaz et à fioul en ont été retirées, laissant place à des installations de stockage d’énergie, à condition de présenter une facture de TVA et de disposer de fonds propres ou de créditeurs.

Le programme « Air pur » peut être combiné avec l’allègement fiscal pour la modernisation thermique, mais sans cumuler les mêmes dépenses. Seuls les éléments spécifiés dans le règlement du ministère du Développement et de l’Investissement peuvent être déduits.

Le plafond de l’allègement fiscal reste fixé à 53 000 zlotys (environ 11 800 euros) par personne et à 106 000 zlotys (environ 23 600 euros) pour les couples mariés. Face à l’augmentation des coûts, ce montant apparaît de plus en plus limité. Les experts préviennent que l’absence d’indexation pourrait rapidement réduire l’intérêt pour cet avantage fiscal.

Les pompes à chaleur, initialement présentées comme l’avenir, peinent à convaincre. La biomasse – bois et granulés – revient en force. La transition écologique, au lieu de se traduire par des installations silencieuses, sent de plus en plus souvent la fumée de cheminée. Et il devient de plus en plus difficile de prétendre que cette transformation sera peu coûteuse, simple et indolore.

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