Publié le 25 novembre 2025 à 13h39. Des chercheurs suisses ont mis au point des « microrobots » capables de naviguer dans le système sanguin pour délivrer des médicaments avec une précision sans précédent, une avancée qui rappelle les vaisseaux spatiaux miniaturisés du dessin animé Nous sommes faits comme ça.
- L’équipe de l’École polytechnique fédérale de Zurich (EPFL) a conçu des capsules de la taille d’un grain de poivre, guidées par champs magnétiques.
- Ces microrobots pourraient permettre d’administrer des traitements ciblés contre le cancer ou de dissoudre des caillots sanguins avec une efficacité accrue.
- Des tests prometteurs ont déjà été réalisés sur des animaux et des modèles de vaisseaux sanguins humains, laissant entrevoir des essais cliniques dans les prochaines années.
La possibilité de diriger des robots microscopiques à l’intérieur du corps humain pour administrer des médicaments de manière ciblée est un domaine de recherche en plein essor. L’enjeu est de maximiser l’efficacité des traitements tout en minimisant les effets secondaires en concentrant l’action des principes actifs sur les cellules malades, sans affecter les tissus sains. Cette approche pourrait notamment révolutionner la lutte contre le cancer, en permettant d’atteindre des tumeurs difficiles d’accès, ou le traitement des accidents vasculaires cérébraux, en dissolvant rapidement les caillots sanguins.
Les chercheurs de l’EPFL ont franchi une étape importante en développant un système de navigation précis pour ces microrobots. Publiés dans la revue scientifique Science (étude), leurs travaux décrivent des capsules de gélatine d’environ 1 millimètre de diamètre, contenant des nanoparticules d’oxyde de fer traitées au zinc (l’ingrédient actif) et de petites quantités de tantale, un métal permettant de suivre leur progression grâce à des rayons X.
Ces capsules sont introduites dans le système sanguin via un cathéter, un tube fin inséré dans un gros vaisseau, généralement l’artère fémorale de l’aine. Le cathéter est ensuite guidé vers la zone à traiter, avant que la capsule ne soit libérée pour poursuivre son chemin de manière autonome. C’est là que le système de navigation entre en jeu : des bobines magnétiques placées autour du patient génèrent des champs magnétiques qui orientent la capsule. Un opérateur, à l’aide d’une interface similaire à une manette de jeu vidéo, ajuste la direction du champ magnétique pour guider le microrobot vers sa destination.
Le tantale intégré à la capsule permet de visualiser sa position en temps réel grâce à des techniques d’imagerie médicale comme l’angiographie. L’équipe de recherche a mis au point un système de navigation d’une précision remarquable, capable de se positionner à moins d’un millimètre dans 95 % des cas. Dans les gros vaisseaux sanguins, la capsule peut être emportée par le courant, l’opérateur n’intervenant que pour corriger sa trajectoire. Des simulations ont démontré l’efficacité du système même dans des bifurcations vasculaires complexes, avec des vitesses de flux allant jusqu’à 84 centimètres par seconde.

Mouvements possibles de la capsule dans les vaisseaux sanguins (EPFL)
Une fois arrivée à destination, la capsule est « immobilisée » et un champ magnétique alternatif est appliqué, provoquant des vibrations et un échauffement rapide. Cette chaleur fait fondre la coque de gélatine, libérant ainsi le médicament directement au niveau des cellules cibles. Les résidus de gélatine et de fer sont ensuite éliminés naturellement par l’organisme, tandis que le tantale, présent en très faible quantité, est éliminé plus lentement mais reste inerte.
Schéma d’un cathéter pour l’insertion des capsules (EPFL)
Les premiers tests sur des porcs, des moutons et des modèles vasculaires humains ont été concluants. Cependant, avant de pouvoir lancer des essais cliniques sur l’homme, il sera nécessaire de démontrer la sécurité et la tolérabilité du traitement, conformément aux exigences des autorités réglementaires. Les chercheurs estiment que ces essais pourraient débuter dans quelques années.
Cette recherche suscite un vif intérêt, non seulement pour ses résultats, mais aussi pour les technologies innovantes qu’elle met en œuvre et pour la perspective de contrôler à distance les systèmes d’administration de médicaments, améliorant ainsi leur efficacité. Le système nécessite une intervention chirurgicale mineure, mais s’appuie largement sur des équipements déjà disponibles dans les hôpitaux, à l’exception du système de navigation, ce qui pourrait contribuer à réduire les coûts pour les établissements de santé.
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