Publié le 12 octobre 2025 19:56:00. La ministre britannique Kemi Badenoch a réaffirmé la volonté du gouvernement Sunak de limiter l’accès aux filières universitaires jugées peu professionnalisantes, suscitant une vive réaction parmi les étudiants et universitaires concernés.
- Kemi Badenoch a confirmé l’intention de son gouvernement de restreindre l’accès aux diplômes considérés comme « inutiles », notamment en sociologie, anthropologie et études médiatiques.
- Cette annonce s’inscrit dans une politique plus large visant à orienter les étudiants vers des formations plus susceptibles de répondre aux besoins du marché du travail.
- Des critiques dénoncent une dévalorisation de l’enseignement supérieur et une vision utilitariste de l’éducation.
La ministre britannique Kemi Badenoch a réitéré la position du Premier ministre Rishi Sunak concernant les filières universitaires jugées peu porteuses. Lors d’une conférence conservatrice, elle a évoqué la nécessité de s’éloigner des diplômes qualifiés de « Mickey Mouse », une expression péjorative désignant les formations perçues comme peu sérieuses ou déconnectées des réalités professionnelles. Les premières disciplines visées seraient l’anthropologie, la sociologie et les études médiatiques.
Cette annonce intervient dans un contexte de débat sur l’orientation des études supérieures et la pertinence des diplômes universitaires. Le gouvernement Sunak souhaite encourager les étudiants à s’orienter vers des formations plus techniques et professionnalisantes, susceptibles de répondre aux besoins du marché du travail et de stimuler la croissance économique.
L’initiative a suscité une vive réaction parmi les étudiants et les universitaires. Nombre d’entre eux dénoncent une dévalorisation de l’enseignement supérieur et une vision utilitariste de l’éducation. Certains soulignent que ces disciplines, bien que parfois perçues comme abstraites, développent des compétences essentielles telles que l’esprit critique, la capacité d’analyse et la compréhension des enjeux sociaux et culturels.
Une étudiante, titulaire d’un double diplôme en sociologie et anthropologie, a exprimé son indignation dans un article publié en ligne. Elle estime qu’il est « incroyablement inutile de dévaloriser la passion et de donner aux gens l’impression de s’être endettés pour rien ». Elle dénonce une attitude élitiste qui consiste à « gravir l’échelle proverbiale, puis de la tirer directement après vous », privant ainsi les générations futures de la possibilité d’apprendre pour le simple plaisir de la connaissance.
Les critiques soulignent également que cette politique s’inscrit dans une tendance plus large de la droite britannique à rejeter les jeunes s’engageant dans des filières moins traditionnelles, les accusant d’être influencés par des idéologies progressistes. Ils dénoncent un discours simpliste qui ignore les difficultés rencontrées par les jeunes sur le marché du travail et les raisons qui les poussent à choisir des études dans les sciences humaines et sociales.
Selon les données disponibles, le coût moyen d’un diplôme universitaire au Royaume-Uni s’élève à 45 600 £ (environ 53 000 €) d’endettement. De plus, la moitié des jeunes diplômés se retrouvent sous-employés, c’est-à-dire occupant un poste ne correspondant pas à leur niveau de qualification. Rapport sur la dette étudiante au Royaume-Uni.
Malgré ces difficultés, de nombreux étudiants affirment avoir fait un choix éclairé en optant pour des études dans les sciences humaines et sociales. Ils soulignent l’importance de la passion et de l’intérêt personnel dans la construction d’un parcours professionnel épanouissant. Ils estiment que la diversité des compétences et des connaissances est essentielle pour relever les défis complexes auxquels la société est confrontée.
La génération Z, particulièrement consciente des enjeux économiques et environnementaux, semble attachée à la possibilité de poursuivre des études dans des domaines variés et stimulants. Elle refuse de se laisser enfermer dans des parcours prédéfinis et revendique le droit à l’épanouissement personnel et à la liberté de choix.
Alors que les conservateurs peinent à séduire les jeunes électeurs – l’âge moyen de l’électeur conservateur étant passé de 39 ans en 2019 à 63 ans lors des dernières élections – cette politique pourrait accentuer le fossé générationnel et affaiblir davantage leur position. Évolution démographique de l’électorat conservateur.
