Home AffairesLa CJUE clarifie les obligations du RGPD pour les plateformes en ligne hébergeant des publicités d’utilisateurs | Hogan Lovells

La CJUE clarifie les obligations du RGPD pour les plateformes en ligne hébergeant des publicités d’utilisateurs | Hogan Lovells

by Amélie Bernard

Publié le 11 décembre 2025 à 06h33. La Cour de justice de l’Union européenne (CJUE) a rendu un arrêt majeur qui redéfinit les responsabilités des plateformes en ligne concernant la protection des données personnelles publiées dans les publicités créées par leurs utilisateurs. Cette décision, rendue le 2 décembre 2025, pourrait entraîner des changements significatifs dans la manière dont ces plateformes opèrent en Europe.

  • La CJUE considère désormais les opérateurs de marchés en ligne comme responsables du traitement des données personnelles contenues dans les publicités générées par les utilisateurs, même s’ils n’en sont pas les auteurs.
  • Les exonérations de responsabilité prévues par la directive sur le commerce électronique ne peuvent plus être invoquées pour se soustraire aux obligations du Règlement général sur la protection des données (RGPD).
  • Les plateformes devront adopter des mesures proactives pour détecter les données sensibles et empêcher la diffusion de contenus illégaux.

L’affaire qui a conduit à cet arrêt concernait une plateforme de petites annonces roumaine. En 2018, une annonce y avait été publiée, contenant des photographies et un numéro de téléphone d’une femme, suggérant à tort qu’elle proposait des services sexuels. Cette publication s’est faite sans son consentement et exposait des données personnelles sensibles. Bien que l’opérateur de la plateforme ait rapidement supprimé l’annonce suite à un signalement, le contenu avait déjà été copié et diffusé sur d’autres sites internet. La victime a alors engagé une action en justice en Roumanie, estimant que ses droits à la vie privée, à l’honneur et à l’image avaient été violés, et que le traitement de ses données personnelles était illégal.

La question centrale posée à la CJUE était de savoir si l’opérateur de la plateforme devait être considéré comme un simple intermédiaire d’hébergement, bénéficiant ainsi des protections offertes par la directive sur le commerce électronique, ou comme un responsable de traitement au sens du RGPD, avec toutes les obligations que cela implique. Plus précisément, les juges roumains souhaitaient savoir si l’opérateur était tenu de vérifier l’identité des annonceurs et d’empêcher la publication de contenus illégaux, et si ses obligations devaient inclure une recherche proactive de données sensibles avant publication.

L’arrêt de la CJUE clarifie les tensions existantes entre la directive sur le commerce électronique, qui protège traditionnellement les hébergeurs de toute responsabilité pour les contenus tiers lorsqu’ils agissent en tant qu’intermédiaires neutres, et le RGPD, qui impose des obligations strictes aux responsables de traitement, notamment en matière de données sensibles.

La Cour a estimé que les plateformes ne peuvent pas se considérer comme de simples intermédiaires techniques dans tous les cas de figure. En structurant, catégorisant et monétisant les publicités, et en se réservant le droit de copier, distribuer et modifier le contenu selon leurs conditions d’utilisation, elles déterminent les finalités et les moyens du traitement des données, même si elles n’exercent pas de droits de propriété sur le contenu lui-même. Cela les qualifie de responsables de traitement au sens du RGPD. Le simple fait que les utilisateurs soient à l’origine du téléchargement des publicités ne dégage donc pas les plateformes de leurs responsabilités.

La CJUE a également confirmé que les exonérations de responsabilité prévues par la directive sur le commerce électronique ne s’appliquent pas aux obligations découlant du RGPD. Une plateforme peut donc éviter une responsabilité civile pour un contenu illégal en vertu de la directive, mais elle ne peut pas pour autant échapper à ses obligations en tant que responsable de traitement au titre du RGPD. Ce principe souligne la primauté de la protection des données dans le droit européen.

Cet arrêt impose des obligations proactives significatives aux plateformes : elles doivent désormais vérifier si les annonces contiennent des données de catégories particulières, telles que celles relatives à l’orientation sexuelle ou à la santé (au sens de l’article 9 du RGPD), et s’assurer que l’annonceur a donné son consentement explicite ou qu’il existe une autre base légale pour le traitement de ces données. Ces exigences marquent une rupture avec le modèle traditionnel de notification et de retrait qui prévalait jusqu’à présent.

En outre, les plateformes doivent mettre en œuvre des mesures techniques et organisationnelles pour empêcher la copie et la redistribution illégales des publicités, conformément à l’article 32 du RGPD. Cela peut impliquer l’utilisation de filigranes, de technologies anti-scraping et de restrictions contractuelles.

Cet arrêt de la CJUE marque une évolution notable dans les responsabilités des hébergeurs. De nombreuses plateformes fonctionnaient jusqu’à présent en partant du principe qu’elles étaient des intermédiaires neutres. La décision précise que certaines activités, telles que la structuration, la catégorisation et la monétisation du contenu des utilisateurs, peuvent les amener à déterminer les finalités et les moyens du traitement des données personnelles, les rapprochant ainsi du statut de responsable de traitement au sens du RGPD.

Pour de nombreuses entreprises, cela signifie qu’elles doivent aller au-delà d’une approche de conformité purement réactive. Les contrôles préalables à la publication et la vérification de l’identité des annonceurs font désormais partie intégrante du cadre de conformité attendu, ce qui nécessite des investissements dans la technologie et les processus opérationnels. Les outils automatisés permettant de détecter les données sensibles et de vérifier l’identité des annonceurs devraient se généraliser, mais leur faisabilité et leur proportionnalité, en particulier pour les petites entreprises, restent des questions à résoudre.

Les entreprises concernées devraient donc :

  • Évaluer leur rôle de responsable de traitement – Déterminer si leur plateforme est considérée comme responsable de traitement ou co-responsable du contenu généré par les utilisateurs et adapter leurs structures de gouvernance en conséquence.
  • Intégrer des vérifications avant publication – Mettre en place des procédures pour vérifier l’identité des annonceurs et détecter les données sensibles avant la diffusion des annonces. Envisager l’utilisation d’outils automatisés et de l’intelligence artificielle.
  • Mettre à jour les contrats et les mentions d’information – Réviser les conditions générales d’utilisation avec les annonceurs pour refléter les exigences en matière de co-responsabilité et de base légale. Mettre à jour les politiques de confidentialité pour expliquer clairement les activités de traitement.
  • Renforcer les mesures de sécurité – Déployer des protections techniques pour empêcher le scraping et la copie non autorisée des publicités. Vérifier la conformité à l’article 32 du RGPD.
  • Suivre l’évolution de la législation – Se tenir informé des évolutions réglementaires de l’UE, notamment de la loi sur les services numériques et de la future loi sur l’IA, qui complètent les obligations du RGPD.

L’arrêt de la CJUE signale un changement important dans le paysage réglementaire des plateformes en ligne. En précisant que certaines activités d’hébergement peuvent équivaloir à un contrôle au titre du RGPD et en introduisant des obligations de conformité proactives, la Cour oriente le secteur vers une approche plus préventive de la protection des données. Les fournisseurs d’hébergement qui adoptent une approche proactive et équilibrée en matière de conformité seront mieux placés pour gérer ce changement et maintenir leur compétitivité sur un marché de plus en plus réglementé. Voir la source.

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