Publié le 2024-11-22 14:35:00. La recherche d’un traitement efficace contre la maladie d’Alzheimer est confrontée à des remises en question majeures, entre données scientifiques contestées et approches thérapeutiques controversées. Une nouvelle théorie émerge, suggérant que cette maladie pourrait être davantage un trouble immunitaire qu’une pathologie cérébrale.
- Des données de recherche publiées en 2006, considérées comme fondamentales dans la compréhension de la maladie d’Alzheimer, pourraient être basées sur des données falsifiées.
- L’approbation par la FDA américaine d’un traitement controversé, l’aducanumab, soulève des questions sur les critères d’évaluation des médicaments contre cette maladie.
- Une nouvelle théorie, développée par des chercheurs canadiens, propose de considérer la maladie d’Alzheimer comme une maladie auto-immune plutôt qu’une simple accumulation de protéines anormales dans le cerveau.
La quête d’un remède contre la maladie d’Alzheimer, qui touche des millions de personnes à travers le monde, est devenue un domaine de recherche particulièrement compétitif et, ces dernières années, sujet à controverse. Des doutes sérieux planent sur certaines des bases scientifiques qui ont guidé les recherches pendant des décennies.
En juillet 2022, la revue Science a révélé que des données d’une étude clé publiée en 2006 dans la prestigieuse revue Nature pourraient être frauduleuses. Cette étude, menée par plusieurs chercheurs, avait identifié un sous-type de protéine cérébrale, la bêta-amyloïde, comme étant la cause principale de la maladie d’Alzheimer. Si ces allégations sont confirmées, cela remet en question des années de recherches et d’investissements basés sur cette hypothèse.
Un an plus tôt, en juin 2021, la Food and Drug Administration (FDA) des États-Unis avait approuvé l’aducanumab, un anticorps ciblant la bêta-amyloïde, comme traitement de la maladie d’Alzheimer. Cette décision avait suscité une vive polémique, car les données cliniques soutenant son efficacité étaient jugées incomplètes et contradictoires par de nombreux experts. Certains médecins estiment que l’aducanumab n’aurait jamais dû être approuvé, tandis que d’autres plaident pour lui donner une chance, estimant qu’il pourrait offrir un espoir aux patients.
Face à ces controverses, une nouvelle approche émerge, portée par des chercheurs de l’Institut de recherche Krembil, affilié à l’Université de Toronto. Selon cette théorie, la maladie d’Alzheimer ne serait pas principalement une maladie du cerveau, mais plutôt un trouble du système immunitaire dans le cerveau. Après trente ans de recherche, l’équipe du professeur Donald Weaver propose de repenser complètement la maladie.
Le système immunitaire, présent dans tous les organes du corps, est un ensemble de cellules et de molécules qui travaillent ensemble pour réparer les dommages et se défendre contre les agents pathogènes. En cas de traumatisme crânien ou d’infection, le système immunitaire cérébral se mobilise pour protéger et réparer les tissus. Selon cette nouvelle théorie, la bêta-amyloïde, souvent considérée comme un déchet toxique, jouerait en réalité un rôle protecteur dans cette réponse immunitaire.
Le problème survient lorsque le système immunitaire, confronté à des molécules de graisse similaires dans les bactéries et les cellules cérébrales, attaque par erreur les cellules du cerveau. Cette attaque auto-immune entraînerait une perte progressive de la fonction cérébrale et, à terme, la démence. Considérée sous cet angle, la maladie d’Alzheimer apparaîtrait comme une maladie auto-immune, comparable à la polyarthrite rhumatoïde.
« Nous pensons que la bêta-amyloïde n’est pas une protéine produite anormalement, mais plutôt une molécule d’origine normale qui fait partie du système immunitaire du cerveau. »
Donald Weaver, professeur de chimie et directeur de l’Institut de recherche Krembil, Université de Toronto
Cette nouvelle perspective ouvre la voie à de nouvelles pistes thérapeutiques, axées sur la modulation du système immunitaire plutôt que sur la simple élimination des plaques amyloïdes. D’autres théories émergent également, suggérant que la maladie d’Alzheimer pourrait être liée à des dysfonctionnements des mitochondries (les centrales énergétiques des cellules), à des infections cérébrales ou à des anomalies dans le métabolisme des métaux.
La maladie d’Alzheimer représente un défi majeur de santé publique, touchant actuellement plus de 50 millions de personnes dans le monde, avec un nouveau diagnostic posé toutes les trois secondes. Comprendre les causes profondes de cette maladie et développer des traitements efficaces est donc une priorité absolue, tant pour le bien-être des patients et de leurs familles que pour la viabilité de nos systèmes de santé.

Donald Weaver, professeur de chimie et directeur de l’Institut de recherche Krembil, Université de Toronto
Cet article est republié à partir de La Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’ article original.
Une version antérieure de cet article a été publiée en septembre 2022.
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