Home SantéLe Japon est confronté à une crise de démence : la technologie peut-elle aider ?

Le Japon est confronté à une crise de démence : la technologie peut-elle aider ?

by Sophie Martin

Publié le 7 décembre 2025 à 01:04:00. Face au vieillissement rapide de sa population, le Japon mise sur la technologie – robots, intelligence artificielle et balises GPS – pour lutter contre la crise croissante des personnes atteintes de démence qui se perdent, tout en soulignant l’importance irremplaçable du lien humain.

  • Plus de 18 000 personnes âgées atteintes de démence ont disparu au Japon l’année dernière, dont près de 500 ont été retrouvées décédées.
  • Le gouvernement japonais prévoit des coûts liés à la démence atteignant 14 000 milliards de yens (90 milliards de dollars ; 67 milliards de livres sterling) d’ici 2030.
  • Des initiatives variées, allant des systèmes de suivi GPS aux robots d’assistance, sont déployées pour atténuer les conséquences de cette crise démographique.

Le Japon, pays le plus âgé du monde, est confronté à une augmentation alarmante des cas de démence et des disparitions de personnes atteintes. L’année dernière, plus de 18 000 personnes âgées souffrant de troubles cognitifs ont quitté leur domicile et se sont égarées. Un bilan tragique s’est soldé par la découverte de près de 500 corps, soulignant l’urgence de la situation. Selon la police, ces chiffres ont doublé depuis 2012, mettant à rude épreuve les ressources du pays.

Cette crise est exacerbée par la diminution de la main-d’œuvre et les restrictions imposées à l’embauche de travailleurs étrangers pour assurer les soins aux personnes âgées. Le gouvernement japonais a identifié la démence comme l’un de ses défis politiques majeurs. Le ministère de la Santé estime que les dépenses de santé et de protection sociale liées à cette maladie atteindront 14 000 milliards de yens (90 milliards de dollars ; 67 milliards de livres sterling) d’ici 2030, contre 9 000 milliards de yens en 2025.

La stratégie gouvernementale la plus récente met l’accent sur l’utilisation de la technologie pour faire face à cette pression croissante. À travers tout le pays, des systèmes basés sur le GPS sont de plus en plus utilisés pour localiser les personnes susceptibles de s’égarer. Certaines régions mettent à disposition des balises GPS portables qui alertent les autorités dès qu’une personne quitte une zone prédéfinie. Dans certaines villes, les employés de supérettes reçoivent des notifications en temps réel, créant un véritable filet de sécurité communautaire capable de retrouver une personne disparue en quelques heures.

Robots soignants et intelligence artificielle

D’autres technologies visent à détecter la démence à un stade précoce. Fujitsu a développé aiGait, un système utilisant l’intelligence artificielle pour analyser la posture et la démarche. Il permet de détecter les premiers signes de la maladie – traînements, virages plus lents ou difficultés à maintenir l’équilibre – en générant des modèles squelettiques que les médecins peuvent examiner lors des consultations.

« La détection précoce des maladies liées à l’âge est essentielle. Si les médecins peuvent utiliser les données de capture de mouvements, ils pourront intervenir plus tôt et aider les gens à rester actifs plus longtemps. »

Hidenori Fujiwara, porte-parole de Fujitsu

Parallèlement, des chercheurs de l’Université Waseda travaillent sur AIREC, un robot humanoïde de 150 kg conçu pour être le « soignant du futur ». Ce robot peut aider une personne à enfiler ses chaussettes, à préparer des œufs brouillés ou à plier le linge. Les scientifiques de l’Université Waseda espèrent qu’à terme, AIREC pourra changer les couches et prévenir les escarres chez les patients.

Des robots similaires sont déjà utilisés dans certains établissements pour la personne âgée afin de diffuser de la musique ou de guider les résidents dans de simples exercices d’étirement. Ils surveillent également les patients pendant la nuit – placés sous les matelas pour suivre leur sommeil et leur état de santé – réduisant ainsi le besoin de personnel soignant. Bien que des robots humanoïdes soient en développement, le professeur adjoint Tamon Miyake estime que le niveau de précision et d’intelligence requis prendra au moins cinq ans avant qu’ils ne puissent interagir en toute sécurité avec les humains.

« Cela nécessite une détection de tout le corps et une compréhension adaptative – comment s’adapter à chaque personne et à chaque situation. »

Tamon Miyake, scientifique de l’Université Waseda

L’innovation ne se limite pas à l’assistance physique. Le robot Poketomo de Sharp, d’une hauteur de 12 cm, peut être transporté dans un sac ou une poche. Il rappelle aux utilisateurs de prendre leurs médicaments, les informe des conditions météorologiques et propose des conversations aux personnes vivant seules, contribuant ainsi à lutter contre l’isolement social.

« Nous nous concentrons sur les problèmes sociaux… et utilisons les nouvelles technologies pour aider à résoudre ces problèmes. »

Miho Kagei, responsable du développement chez Sharp

Malgré les promesses de la technologie, la connexion humaine reste irremplaçable. « Les robots devraient compléter, et non remplacer, les soignants humains », souligne M. Miyake. « Bien qu’ils puissent assumer certaines tâches, leur rôle principal est d’assister à la fois les soignants et les patients. »

Le restaurant des commandes erronées à Sengawa, Tokyo, fondé par Akiko Kanna, offre un exemple concret de cette approche. Les clients sont servis par des patients atteints de démence, créant un environnement stimulant et valorisant. Inspirée par l’expérience de son père, Mme Kanna souhaitait un lieu où les personnes atteintes de démence pourraient rester actives et se sentir utiles.

Toshio Morita, l’un des serveurs du café, utilise des fleurs pour se souvenir des commandes de chaque table. Malgré son déclin cognitif, M. Morita apprécie l’interaction avec les clients. Pour sa femme, le café offre un répit et permet à son mari de rester engagé.

Le café Kanna illustre l’importance des interventions sociales et du soutien communautaire. La technologie peut fournir des outils et un soulagement, mais un engagement significatif et des liens humains sont essentiels pour soutenir véritablement les personnes atteintes de démence.

« Honnêtement ? Je voulais un peu d’argent de poche. J’aime rencontrer toutes sortes de gens. Tout le monde est différent, c’est ce qui rend les choses amusantes. »

Toshio Morita, serveur au Restaurant des commandes erronées

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