Home NouvellesLe Pérou, le pays de sept présidents en moins d’une décennie

Le Pérou, le pays de sept présidents en moins d’une décennie

by Nicolas Lefèvre

Lima, le 10 octobre 2025. Le Pérou entre dans une nouvelle période d’instabilité politique avec la destitution de la présidente Dina Boluarte et l’accession au pouvoir de José Jerí, jusqu’alors président du Congrès, devenant ainsi le septième chef d’État péruvien en moins de dix ans.

  • Dina Boluarte a été destituée par le Congrès pour « incapacité morale permanente ».
  • José Jerí a prêté serment en tant que nouveau président, conformément à la Constitution.
  • Cette destitution s’inscrit dans une spirale d’instabilité politique sans précédent pour le Pérou.

La destitution de Dina Boluarte, survenue dans la nuit du 9 au 10 octobre, marque l’apogée d’une crise politique profonde qui secoue le Pérou depuis le départ d’Ollanta Humala en 2016. Le Congrès, dominé par des forces de centre-droit, a voté en faveur de la vacance de son poste, invoquant une « incapacité morale permanente ». Cette décision, fruit de pressions politiques croissantes et d’une succession de motions de censure, a ouvert la voie à la succession constitutionnelle, propulsant José Jerí, 38 ans, à la tête de l’État.

L’histoire récente du Pérou est jalonnée de changements de présidence. Après Ollanta Humala, Pedro Pablo Kuczynski a été contraint à la démission en 2018, suite à des accusations de corruption liées au scandale Lava Jato. Son successeur, Martín Vizcarra, a lui aussi été destitué pour « incapacité morale » en 2020. Le bref mandat de Manuel Merino, qui lui a succédé, n’a duré que cinq jours, marqué par des manifestations massives et des violences qui ont coûté la vie à deux personnes. Francisco Sagasti a ensuite assuré la transition jusqu’aux élections générales de 2021, qui ont vu l’élection surprise de Pedro Castillo, un professeur rural.

L’administration Castillo, cependant, n’a pas duré. Accusé d’avoir tenté un coup d’État en décembre 2022, il a été destitué et remplacé par Dina Boluarte, alors vice-présidente. La vacance de Boluarte, survenue ce vendredi, suit donc une trajectoire similaire, illustrant une fragilité institutionnelle chronique.

Le vote de destitution a été rendu possible par un revirement de dernière minute du parti Fuerza Popular (FP), qui a publiquement annoncé son soutien à la motion. D’autres groupes politiques, tels que l’Alliance pour le Progrès (APP) et Somos Perú, ont rapidement suivi, rassemblant les voix nécessaires pour finaliser la destitution. Ce vote intervient dans un contexte de tensions sociales, exacerbées par des incidents de criminalité, notamment une attaque contre l’orchestre de cumbia Agua Marina dans un complexe militaire à Lima. Image de Dina Boluarte

Dans son premier message à la nation, José Jerí a promis d’instaurer un gouvernement de transition « empreint d’empathie et de réconciliation nationale ». Il a également souligné sa détermination à « gagner la guerre contre la criminalité » et à garantir la transparence des élections générales de 2026.

« Aujourd’hui, j’assume humblement la présidence de la République par succession constitutionnelle, pour installer et diriger un gouvernement de transition à large assise, empreint d’empathie et de réconciliation nationale. Nous devons construire ensemble des accords minimaux. »

José Jerí, nouveau président du Pérou

Les analystes politiques s’accordent à dire que le Pérou est confronté à une « crise institutionnelle prolongée », alimentée par une capture de l’État par des organisations criminelles et une instabilité politique chronique. Selon Antonio Quispé, ancien conseiller ministériel, « le Pérou connaît aujourd’hui une capture de l’État par des organisations criminelles qui ont fait du Congrès leur centre d’opérations ». La situation juridique de Dina Boluarte reste incertaine, et le procureur général a annoncé son intention de demander une interdiction de sortie du territoire.

L’avenir immédiat du Pérou dépendra de la capacité du nouveau gouvernement à rétablir la stabilité politique, à lutter contre la criminalité et à garantir des élections libres et transparentes. Le pays se prépare à un huitième changement de président en moins de dix ans, un record qui témoigne de la fragilité de ses institutions démocratiques.

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