Publié le 9 novembre 2025 à 16h20. L’expulsion de la chef de mission mexicaine au Pérou, Karla Ornelas, marque une nouvelle escalade dans la crise diplomatique entre les deux pays, déclenchée par l’octroi d’asile à l’ancienne Première ministre péruvienne Betssy Chávez.
- Karla Ornelas, chargée d’affaires de l’ambassade du Mexique, a quitté le Pérou samedi soir, suite à une expulsion ordonnée par le gouvernement péruvien.
- Betssy Chávez, ancienne Première ministre de Pedro Castillo, est au centre de cette crise, accusée de rébellion et de conspiration.
- Le Pérou envisage de demander une réforme de la Convention de Caracas sur l’asile diplomatique, estimant qu’elle a été détournée de son objectif initial.
La tension entre le Pérou et le Mexique atteint un nouveau paroxysme avec le départ de Karla Ornelas, chef de mission de l’ambassade mexicaine à Lima. Son expulsion, survenue samedi soir, fait suite à la décision controversée de Mexico d’accorder l’asile à Betssy Chávez, ancienne Première ministre de l’ancien président Pedro Castillo, poursuivie pour son rôle présumé dans une tentative de coup d’État.
Selon des témoignages de journalistes postés près de la résidence de l’ambassade, située dans le quartier de San Isidro à Lima, Karla Ornelas a quitté le pays en fin de soirée, à bord d’un véhicule se dirigeant vers l’aéroport Jorge Chávez. Des rumeurs persistantes ont circulé concernant la présence de Betssy Chávez à bord, alimentant les spéculations sur son sort.
L’agence de l’Intérieur péruvienne a confirmé le départ de la diplomate mexicaine dans un communiqué laconique : « À la date et comme indiqué par le gouvernement du Pérou, la chargée d’affaires des États-Unis du Mexique a effectué son contrôle d’immigration à la sortie et a quitté le pays. »
Ce n’est pas la première fois que le Pérou prend de telles mesures à l’encontre de diplomates mexicains. En décembre 2022, l’ambassadeur Pablo Monroy avait été expulsé en représailles à l’octroi de l’asile à l’épouse et aux enfants de Pedro Castillo, après sa tentative de dissolution du Parlement. L’affaire actuelle reprend ce schéma, avec Karla Ornelas accusée d’avoir facilité le refuge de Betssy Chávez au sein de l’ambassade.
Le gouvernement mexicain justifie l’asile accordé à Betssy Chávez en la considérant comme une figure politique persécutée, à l’instar de Pedro Castillo lui-même. Une interprétation fermement contestée par la classe politique péruvienne. Récemment, le ministère des Affaires étrangères a annoncé la suspension de la délivrance du sauf-conduit nécessaire à Chávez pour se rendre au Mexique.
Le gouvernement de José Jerí – qui a pris ses fonctions il y a un mois – maintient sa position, arguant que le droit d’asile diplomatique est dévoyé lorsqu’il est accordé à des personnes qui ne sont pas victimes de persécutions.
La situation de Betssy Chávez reste incertaine. Elle se trouve toujours à l’ambassade du Mexique, mais sans la présence de sa plus haute représentante. Si elle quitte la résidence, elle risque d’être arrêtée. Le gouvernement péruvien a également annoncé son intention de demander à l’Organisation des États américains (OEA) de réformer la Convention de Caracas, estimant qu’elle a subi une « évolution négative » dans sa pratique internationale. Une proposition qui sera soumise aux pays membres, sans calendrier précis, prolongeant ainsi l’incertitude quant au sort de l’ancienne Première ministre.
Récemment, le ministère public a demandé la révocation de la comparution accordée à Betssy Chávez et son placement en détention préventive pour « non-respect de toutes les restrictions imposées ». L’avocate avait été emprisonnée de mi-2023 à septembre, avant de recouvrer sa liberté grâce à une décision de la Cour constitutionnelle. Une nouvelle décision à ce sujet est attendue le 13 novembre.
Selon un sondage Ipsos réalisé pour le journal Perú 21, une large majorité de la population péruvienne (79 %) estime que Betssy Chávez devrait rester au Pérou pour faire face à la justice. Ce pourcentage atteint 84 % à Lima, la capitale, et 75 % dans les régions.
