Publié le 24 septembre 2025 14h30. Une vaste analyse internationale remet en question l’efficacité du tramadol, un antidouleur couramment prescrit pour les douleurs chroniques, tout en soulignant un risque accru d’effets secondaires graves, notamment cardiaques.
- Le tramadol, souvent présenté comme une alternative moins risquée aux opioïdes plus puissants, ne serait en réalité que très peu efficace pour soulager les douleurs chroniques.
- L’étude révèle un doublement du risque de problèmes cardiaques chez les patients traités au tramadol, ainsi qu’une augmentation des effets secondaires tels que nausées, vertiges et troubles intestinaux.
- Face à ces résultats, les chercheurs appellent à une réduction significative de la prescription de tramadol et d’autres opioïdes.
Longtemps considéré comme un analgésique de seconde intention, le tramadol est de plus en plus prescrit pour les douleurs modérées à sévères lorsque les traitements classiques comme le paracétamol et l’ibuprofène s’avèrent insuffisants. Cette popularité croissante, particulièrement aux États-Unis où il figure parmi les opioïdes les plus prescrits, s’explique par la perception que le tramadol induit moins de dépendance et provoque moins d’effets secondaires que d’autres médicaments de la même famille. Cependant, une étude danoise, publiée dans le BMJ, vient remettre en question ces idées reçues.
Les chercheurs ont analysé les données de 19 essais cliniques, impliquant un total de 6 506 participants souffrant de douleurs chroniques d’origines diverses : douleurs nerveuses, arthrose, lombalgies chroniques et fibromyalgie. L’âge moyen des participants était de 58 ans. L’étude a révélé que le tramadol procure un soulagement limité de la douleur, son effet étant jugé très modeste. En revanche, huit études ont mis en évidence une augmentation significative des effets secondaires graves chez les patients traités, notamment des problèmes cardiaques tels que douleurs thoraciques, rétrécissement ou obstruction des artères coronaires et insuffisance cardiaque.
L’analyse a également montré que le tramadol double le risque de développer des complications cardiaques. De plus, des effets secondaires plus légers, mais néanmoins gênants, comme des nausées, des vertiges, une constipation et une somnolence, étaient plus fréquents chez les patients sous tramadol. Les chercheurs soulignent que l’effet placebo pourrait avoir surestimé les bénéfices perçus du médicament, les patients ayant tendance à attribuer une amélioration de leur état à la prise du médicament, même en l’absence d’effet réel.
Au-delà des risques liés au tramadol, l’étude rappelle l’ampleur de la crise mondiale des opioïdes. Selon les chiffres cités par les chercheurs, environ 60 millions de personnes dans le monde souffrent de dépendance aux opioïdes, et près de 600 000 décès étaient liés à la consommation de drogues en 2019, dont 80 % impliquaient des opioïdes. Aux États-Unis, le nombre de décès par surdose d’opioïdes est passé de près de 50 000 en 2019 à plus de 80 000 en 2022.
« Compte tenu de ces tendances et de nos découvertes actuelles, l’utilisation du tramadol et d’autres opioïdes devrait être minimisée autant que possible »
Chercheurs danois
Les auteurs de l’étude appellent donc à une approche plus prudente et à une réévaluation de la place du tramadol dans la prise en charge des douleurs chroniques, en privilégiant d’autres alternatives thérapeutiques et en tenant compte des risques potentiels pour la santé des patients.
