Publié le 4 novembre 2023 à 03h01. Les déclarations incendiaires de l’ancien président américain Donald Trump, menaçant une intervention militaire au Nigeria sous prétexte de protéger les chrétiens, ont suscité un rejet unanime à travers le pays, où les populations rejettent toute ingérence extérieure dans leurs conflits internes.
- Donald Trump a menacé d’attaquer le Nigeria, accusant le pays de persécutions envers les chrétiens.
- Les Nigérians, de toutes confessions, ont condamné ces menaces et réaffirment leur souveraineté.
- Les experts soulignent que les violences au Nigeria sont enracinées dans des conflits fonciers et ethniques, et non uniquement religieux.
Les menaces proférées par Donald Trump, qui a affirmé avoir demandé au Pentagone de préparer un plan d’attaque, ont provoqué une onde de choc au Nigeria. L’ancien président américain justifie cette éventuelle intervention par la nécessité de protéger les chrétiens, affirmant que « des chrétiens sont tués, et ils le sont en grand nombre. Nous ne permettrons pas que cela se produise ». Il a même laissé entendre la possibilité de bombardements aériens ou de déploiement de troupes au sol.
Cette rhétorique a été immédiatement rejetée par les Nigérians de tous horizons religieux. Dickson Auta, un leader de la communauté chrétienne, a reconnu à l’AFP que « des chrétiens sont tués, et nous ne pouvons pas nier le fait que des musulmans sont également tués ». Il souligne ainsi la complexité de la situation et l’absurdité d’une approche simpliste et partisane.
Le Nigeria, pays le plus peuplé d’Afrique, est profondément divisé entre une population majoritairement chrétienne au sud et une population majoritairement musulmane au nord. Les conflits y sont nombreux, notamment les affrontements entre agriculteurs, majoritairement chrétiens, et éleveurs peuls, musulmans, pour le contrôle des terres et des ressources, particulièrement dans les États du centre comme le Plateau. Ces affrontements ont causé de nombreuses victimes des deux côtés et ont dévasté des villes entières.
Cependant, les experts insistent sur le fait que les racines de ces violences sont bien plus profondes que des simples considérations religieuses. Ils pointent du doigt la mauvaise gestion des terres, le manque d’ordre dans les zones rurales et les tensions ethniques comme les principaux facteurs explicatifs. Abubakar Gamandi, un leader musulman de l’État de Borno, épicentre du conflit avec Boko Haram, a déclaré :
« Même ceux qui colportent cette histoire de génocide chrétien savent que ce n’est pas vrai. »
Abubakar Gamandi, dirigeant syndical
Face à cette situation, le gouvernement nigérian a proposé une rencontre entre le président Bola Tinubu et Donald Trump afin de désamorcer la crise. Daniel Bwala, porte-parole du président Tinubu, a estimé que les déclarations de Trump sur le réseau Truth Social étaient une manière de forcer un tel entretien et de trouver « un front commun » dans la lutte contre l’insécurité. Le message original de Donald Trump sur Truth Social a suscité de vives réactions.
L’Union européenne a également réagi, déclarant « prendre note » des déclarations de Trump et réaffirmant son attachement à la liberté de religion et de conviction. Elle a appelé à une « coexistence pacifique au-delà des différences géographiques, ethniques, politiques ou religieuses » au Nigeria. Déclaration de l’Union européenne.
Le gouverneur chrétien de l’État d’Anambra, Chukwuma Soludo, a quant à lui rejeté toute intervention américaine, soulignant la nécessité pour Washington d’agir dans le respect du droit international.
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