Publié le 26 octobre 2024 10:15:00. La guerre civile au Soudan a laissé un lourd bilan sur le patrimoine culturel du pays, avec des musées pillés et des sites archéologiques endommagés. Des experts s’efforcent désormais de sauver ce qui peut l’être, face à un manque criant de ressources.
- Près de 4 000 antiquités ont été recensées comme ayant été endommagées ou dérobées à travers le Soudan.
- Le Musée national de Khartoum, situé au confluent du Nil Bleu et du Nil Blanc, a subi des dégâts considérables et a été victime de pillages.
- La restauration du patrimoine soudanais pourrait coûter jusqu’à 100 millions de dollars (environ 93 millions d’euros), une somme improbable à court terme pour l’économie du pays.
Plus de deux ans de conflit armé entre l’armée soudanaise et les Forces de soutien rapide (FSR), un groupe paramilitaire, ont ravagé le Soudan, faisant des dizaines de milliers de morts et déplaçant des millions de personnes. Si l’armée a repris le contrôle de Khartoum et de ses environs au printemps dernier, une grande partie de la capitale et du pays reste en ruines, y compris de nombreux sites de valeur historique et culturelle.
Les combats ont directement endommagé des antiquités, mais le pillage systématique représente une menace encore plus grande. Des objets précieux sont transportés illégalement vers les pays voisins, alimentant un marché noir florissant. Les conservateurs, de retour dans les villes après les avancées militaires, tentent de faire l’inventaire des pertes et de sécuriser les sites restants.
« Le musée a été extrêmement endommagé. De nombreux artefacts, d’une importance capitale pour nous, ont été volés. Chaque pièce de ce musée a une histoire. »
Rehab Kheder al-Rasheed, chef du comité d’évaluation des dommages et de sécurisation des sites archéologiques de l’État de Khartoum
Selon Ikhlas Abdullatif, directrice du secteur des musées de la National Corporation of Antiquities and Museums du Soudan, environ 4 000 antiquités ont déjà été répertoriées comme ayant été affectées. La situation est particulièrement préoccupante dans la région du Darfour, où environ 700 pièces ont disparu des musées de Nyala et El Geneina. À El Geneina, le conservateur du musée a été tué lors d’un bombardement.
Le Soudan n’est pas le seul pays à souffrir de ce phénomène. La contrebande d’antiquités s’est intensifiée dans de nombreuses régions en proie à l’instabilité politique, comme l’Irak, la Syrie, la Libye et l’Égypte. Le Musée national de Khartoum abrite notamment plusieurs temples et artefacts déplacés du nord du pays dans les années 1960 pour les protéger des inondations causées par la construction du barrage d’Assouan en Égypte.
Le temple de Buhen, construit par la reine égyptienne Hatchepsout vers 1500 avant J.-C., est l’un des joyaux du musée. Il a subi des dommages lors des récents combats, et les autorités s’efforcent de le réparer, malgré des “ressources extrêmement limitées”, selon Rehab Kheder al-Rasheed. Le musée républicain du Palais de Khartoum est également gravement touché, son intérieur étant jonché de débris calcinés. Des voitures anciennes, garées à l’extérieur, sont également endommagées.
Ikhlas Abdullatif estime que la restauration des musées et la sécurisation des antiquités restantes nécessiteront un investissement de 100 millions de dollars (environ 93 millions d’euros). Un montant qui semble hors de portée pour le Soudan, dont l’économie est en ruine. La question de la sécurité des experts étrangers, qui ont interrompu leurs missions archéologiques dans le pays, reste également en suspens. Avant la guerre, le Soudan accueillait environ 45 missions archéologiques internationales.
« Nous espérons, si Dieu le veut, que les missions reprendront leurs travaux. »
Rehab Kheder al-Rasheed, chef du comité d’évaluation des dommages et de sécurisation des sites archéologiques de l’État de Khartoum
Pour aller plus loin
