Publié le 22 novembre 2023 14:35:00. Une dizaine d’entreprises proposent en France une méthode de dépistage du cancer du sein basée sur la thermographie, malgré l’absence de preuves scientifiques de son efficacité et les recommandations des experts. Ces offres, souvent présentées comme une alternative indolore à la mammographie, suscitent l’inquiétude des autorités sanitaires.
- Au moins dix prestataires proposent des bilans thermographiques, une méthode de dépistage du cancer du sein non reconnue par la communauté médicale.
- Ces entreprises mettent en avant le caractère « sans contact » et « indolore » de la thermographie pour attirer les femmes réticentes à la mammographie.
- L’Inspection des Affaires Sociales et de la Santé (IGAS) avait déjà dénoncé ces pratiques en 2016, mais son action est limitée par le flou juridique.
Alors que la mammographie reste la seule méthode de dépistage du cancer du sein officiellement recommandée, une enquête menée par Follow the Money révèle que plusieurs entreprises continuent de proposer la thermographie comme alternative. Ces prestataires, dont les sites internet sont facilement accessibles, opèrent dans différentes villes françaises, notamment à Breda, Amsterdam, Zwolle et Groningen.
La thermographie utilise une caméra thermique pour détecter les variations de température de la peau, qui pourraient indiquer la présence d’une tumeur. Cependant, les experts soulignent que cette méthode n’est pas fiable et ne peut pas remplacer la mammographie, qui permet de visualiser les anomalies grâce à la compression du sein entre deux plaques. Si cette compression peut être inconfortable, voire douloureuse pour certaines femmes, elle est essentielle pour obtenir des images de qualité.
Les entreprises proposant la thermographie utilisent un langage marketing suggestif, insistant sur le caractère « indolore » et « non invasif » de la technique. Elles laissent entendre qu’elle peut détecter le cancer du sein de manière précoce et fiable. Selon les experts interrogés par Follow the Money, ces affirmations sont trompeuses et potentiellement dangereuses.
En 2016, l’Inspection des Affaires Sociales et de la Santé (IGAS) avait déjà alerté sur ces pratiques, mais son action est limitée. Les prestataires ne prétendent pas explicitement pouvoir détecter le cancer, mais se contentent de proposer un « bilan thermique ». Cette formulation ambiguë leur permet d’échapper aux sanctions.
Une alternative plus prometteuse à la mammographie est en cours d’évaluation : l’IRM (Imagerie par Résonance Magnétique). Cette technique est particulièrement utile pour les femmes ayant un tissu mammaire dense, où les tumeurs peuvent être plus difficiles à détecter par mammographie (5 à 8 % des femmes). En octobre dernier, le RIVM (Institut national pour la santé publique et l’environnement) a recommandé au ministère de la Santé d’autoriser l’IRM pour le dépistage de ces femmes.
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