Téhéran est le théâtre de protestations économiques qui s’étendent à plusieurs villes du pays, malgré les avertissements des autorités concernant une réponse ferme à toute dérive sécuritaire. Les manifestations, initialement lancées par des commerçants, ont rejoint les campus universitaires et expriment un mécontentement croissant face à la situation économique iranienne.
Le procureur général iranien, Mohammad Movahedi-Azad, a reconnu lundi la légitimité des revendications liées au pouvoir d’achat, déclarant que « les manifestations pacifiques pour les moyens de subsistance font partie de réalités sociales et sont compréhensibles ». Cependant, il a mis en garde contre toute tentative de déstabilisation : « Toute tentative visant à transformer les protestations économiques en un outil d’insécurité, de destruction de biens publics ou de mise en œuvre de scénarios conçus de l’extérieur se heurtera inévitablement à une réponse légale, proportionnée et décisive. »
Ces déclarations interviennent après un message publié sur le réseau social X par l’agence de renseignement israélienne Mossad, affirmant son soutien aux manifestants iraniens et les encourageant à descendre dans la rue. Le Département d’État américain a également exprimé sa « profonde préoccupation » face aux informations faisant état d’arrestations et de violences envers les manifestants pacifiques, soulignant que « exiger les droits fondamentaux n’est pas un crime » et appelant Téhéran à respecter les libertés de ses citoyens.
Les protestations, qui ont débuté dimanche dans le plus grand marché de téléphonie mobile de Téhéran, se sont étendues à dix universités de la capitale et d’autres villes. Des vidéos diffusées sur les réseaux sociaux montrent des manifestants scandant des slogans antigouvernementaux, tandis que des images suggèrent l’utilisation de gaz lacrymogènes et, potentiellement, de munitions réelles par les forces de l’ordre. Le Conseil des corporations de l’Université de Téhéran a signalé l’arrestation puis la libération de six étudiants, et des informations non confirmées font état de blessures lors d’affrontements.
Les autorités iraniennes ont réagi en renforçant la présence sécuritaire dans les rues et en décrétant des vacances de dernière minute, entraînant la fermeture des écoles et des entreprises. Officiellement, cette mesure est justifiée par le froid et la nécessité d’économiser l’énergie. Plusieurs universités, dont Beheshti et Allameh Tabataba’i, ont également annoncé le passage à des cours en ligne pour la semaine à venir.
L’économie iranienne est confrontée à de graves difficultés depuis des années, en raison des sanctions internationales et nationales liées au programme nucléaire de Téhéran. Le rial iranien a connu une forte dépréciation ces derniers mois, perdant plus d’un tiers de sa valeur face au dollar américain au cours de l’année écoulée. La situation actuelle rappelle les manifestations de 2019, déclenchées par une augmentation du prix de l’essence, et celles de 2022, suite au décès de Mahsa Amini, une jeune femme arrêtée pour non-respect du code vestimentaire.
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