Publié le 15 octobre 2025 à 17h48. L’engouement mondial pour l’intelligence artificielle (IA) alimente une croissance spectaculaire des cours boursiers, mais des experts s’interrogent sur la pérennité de cette euphorie et le risque d’une nouvelle crise économique.
- Les grandes entreprises technologiques, notamment Microsoft, Google et Nvidia, affichent des performances boursières exceptionnelles grâce à leurs investissements dans l’IA.
- La valeur de l’action Nvidia a été multipliée par dix en moins de trois ans, atteignant une capitalisation boursière de plus de 4 000 milliards de dollars (environ 3 700 milliards d’euros).
- Des experts mettent en garde contre une possible bulle spéculative, rappelant les excès observés lors de la bulle internet du début des années 2000.
Les cours boursiers s’envolent, des transactions atteignant des centaines de milliards de dollars, et l’optimisme est de mise. Les investisseurs du monde entier sont captivés par l’intelligence artificielle. Mais cette frénésie soulève une question cruciale : s’agit-il d’un simple effet de mode, ou sommes-nous à l’aube d’un éclatement de bulle qui pourrait déclencher une nouvelle crise économique ?
La croissance des géants de la technologie ne montre aucun signe de ralentissement. Les entreprises qui ont misé sur l’IA ces dernières années connaissent une période faste. Microsoft, Google et Nvidia, pour ne citer qu’eux, affichent des résultats boursiers jamais atteints. Le fabricant de puces Nvidia est particulièrement avantagé par cet enthousiasme. En moins de trois ans, la valeur de son action a été multipliée par dix, et sa capitalisation boursière est passée de plus de 400 milliards de dollars à 4 000 milliards de dollars. Les cinq plus grandes entreprises technologiques américaines pèsent désormais plus que la somme des économies des Pays-Bas, de l’Allemagne, de la France, du Royaume-Uni, de l’Italie et de l’Espagne réunies.
« De nombreuses nuances sont laissées de côté »
Les investissements massifs ne se limitent pas aux investisseurs privés. Les entreprises concluent également des accords importants. Nvidia a récemment annoncé un investissement de 100 milliards de dollars dans OpenAI, la société à l’origine de ChatGPT. Parallèlement, des investissements considérables sont réalisés dans le monde entier pour construire des centres de données gigantesques, et les gouvernements sont désireux d’attirer ces investissements sur leur territoire.
Cependant, de plus en plus d’experts mettent en garde contre le risque de bulle. L’idée que l’IA entraînera rapidement une augmentation de la productivité et des économies de coûts significatives est discutable, selon Jelle Zuidema, professeur associé d’IA explicable à l’Université d’Amsterdam.
« Toutes les entreprises qui tentent aujourd’hui de faire progresser l’IA avec des milliards de dollars laissent de côté de nombreuses nuances dans leurs présentations aux investisseurs », explique Zuidema. « Cela me fait réfléchir : cette histoire n’est pas correcte. J’ai des doutes sur la certitude avec laquelle ils proclament que la prochaine génération de systèmes d’IA sera bien meilleure que la génération actuelle. »
Jelle Zuidema, professeur associé d’IA explicable à l’Université d’Amsterdam
Parallèles avec la bulle internet
Si les investisseurs perdaient patience, cela pourrait avoir des conséquences majeures sur les marchés boursiers mondiaux. Le Fonds monétaire international (FMI) a d’ailleurs mis en garde hier contre une situation qui rappelle de plus en plus la bulle internet qui a éclaté au début des années 2000.
Dans les années 1990, l’enthousiasme pour internet était palpable. Des investissements massifs ont été réalisés dans de jeunes entreprises internet prometteuses. Les investisseurs ont même contracté des emprunts pour investir. Puis la situation a basculé. Les investisseurs ont perdu confiance dans la capacité d’internet à transformer le monde aussi rapidement qu’espéré. Cela a conduit à un krach boursier et à une crise financière mondiale.
Aujourd’hui, comme à l’époque, la confiance excessive dans les nouvelles technologies pourrait conduire à la déception, puis à une chute des cours boursiers.

« Personne ne sait ce que l’avenir nous réserve », déclare Zuidema. « Mais je ne serais pas surpris si la bulle éclatait d’une manière ou d’une autre. Et qu’il reste quelques acteurs. Mais une grande partie des centaines de milliards investis dans l’IA ces dernières années devra encore être radiée. »
L’économiste en chef du FMI, Pierre-Olivier Gourinchas, estime que même si la bulle de l’IA devait éclater, elle n’aurait pas la même ampleur que la bulle internet.
Les économistes de la banque américaine Goldman Sachs se demandent d’ailleurs si l’on peut réellement parler d’une bulle de l’IA, compte tenu de l’énorme intérêt pour cette technologie et de la valorisation boursière des grandes entreprises technologiques, qui semble disproportionnée par rapport à leurs résultats. Ils soulignent des différences majeures avec les bulles précédentes. Il n’y a actuellement pas de prolifération de petites entreprises cherchant à profiter de l’engouement pour l’IA. Les investissements se concentrent principalement sur des acteurs majeurs tels qu’OpenAI, Google et Meta. De plus, les résultats de ces entreprises sont solides. OpenAI est la seule qui n’est pas encore rentable, mais cette société n’est pas cotée en bourse et est principalement financée par des fonds privés.
En attendant, il reste à savoir si l’IA tiendra ses promesses aux investisseurs. La réponse ne sera connue qu’au moment où la bulle, si bulle il y a, éclatera.
