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l’INSERM, organisme de recherche indispensable mais menacé

by Sophie Martin

Face à un contexte international incertain, la France se positionne pour renforcer sa souveraineté en matière de recherche médicale et de santé publique, notamment en accueillant des chercheurs fuyant les coupes budgétaires aux États-Unis. L’Inserm, pilier de la recherche en santé, alerte sur les risques d’un désinvestissement américain et plaide pour une Europe plus forte dans ce domaine crucial.

L’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm) est le seul organisme public français entièrement dédié à la santé humaine. Son budget, financé par l’État, s’élève à 1,2 milliard d’euros. Les équipes de l’Inserm sont à l’origine de découvertes majeures, telles que la première fécondation in vitro (FIV), la radiothérapie contre le cancer, la première greffe de peau, l’identification du VIH et la thérapie génique.

La pandémie de Covid-19 a mis en lumière les faiblesses de la préparation mondiale face aux épidémies, ainsi que le sous-investissement chronique dans la recherche, selon le directeur de l’Inserm. « Le Covid a montré, d’abord qu’on n’était pas préparé de façon mondiale à une épidémie de ce type. Et il a montré pour la première fois qu’un virus pouvait paralyser le monde, et pour la France qu’il y avait d’abord un sous-investissement en recherche, peut-être aussi des erreurs stratégiques », a-t-il déclaré.

Il souligne la nécessité de garantir un budget spécifique pour la biologie santé au sein de l’ensemble des financements alloués à la recherche. « Je comprends tout à fait que l’on mette de l’argent sur le développement des fusées ou de la physique mais le coût n’est pas le même et donc on doit avoir aussi des priorités et une priorité stratégique pour moi est la recherche en santé et en biologie santé qui je pense a été un peu oubliée mais qui a été refinancée après le Covid », a-t-il ajouté. Un point faible demeure toutefois la difficulté à transformer les résultats de la recherche académique en médicaments, un domaine où les États-Unis excellent.

Cependant, le professeur Didier Samuel insiste sur un réinvestissement significatif dans la recherche ces dernières années, grâce à la loi de programmation de la recherche et au plan France 2030, qui comprend désormais un volet santé. Il note également une volonté accrue, au sein de l’Inserm et du CNRS, d’encourager les chercheurs à valoriser leurs travaux en déposant des brevets et en créant des start-up. « Depuis plusieurs années il y a eu un vrai réinvestissement en recherche, via la loi de programmation de la recherche, via les investissements en France 2030, avec en plus depuis le Covid un volet santé, et aussi une vraie volonté maintenant au sein d’organismes comme l’Inserm, mais aussi le CNRS, de pousser les chercheurs à valoriser leur recherche, c’est-à-dire déposer des brevets, des licences, aller vers les start-ups », a-t-il précisé.

La loi de programmation de la recherche de 2020 a permis d’améliorer les salaires et les primes des chercheurs. Le volet santé de France 2030 a quant à lui conduit à la création d’instituts hospitalo-universitaires (IHU) et au lancement de programmes de recherche prioritaires (PEPR).

Dans un contexte marqué par la prolifération des fausses informations, l’Inserm s’engage activement dans la lutte contre la désinformation médicale, notamment sur les réseaux sociaux. L’organisme a créé en 2018 la série « Canal Détox », où des chercheurs répondent aux questions du public, ainsi qu’une cellule de réponse rapide, « Riposte », composée d’une centaine de chercheurs prêts à démentir les fake news potentiellement dangereuses. « En 2018, l’Inserm a créé la série Canal Détox en 2018 où des chercheurs mettent en place des réponses à des questions et l’Inserm a aussi créé la cellule Riposte où « une centaine de chercheurs sont prêts à répondre en temps réel, à une information qui circule, qui nous paraît dangereuse, une fake news. » car avec ces fake news : « il y a un danger pour soi-même, pour les autres, sans oublier que maintenant le message négatif passe par des réseaux sociaux qui sont vus par des millions de personnes. L’impact peut être très fort. »

L’inquiétude grandit face aux décisions prises par l’administration américaine depuis le 20 janvier 2025, notamment en matière de financement de la santé. Le directeur de l’Inserm souligne la fin des programmes internationaux avec le NIH (l’équivalent américain de l’Inserm) et l’USAID, en particulier dans le sud (Afrique, Asie) pour les pathologies infectieuses comme le VIH et la tuberculose. « Les programmes internationaux avec le NIH (l’équivalent de l’Inserm) ainsi que les programmes avec USAID qui étaient notamment sur le sud, c’est-à-dire Afrique, Asie, notamment sur les pathologies infectieuses comme le VIH, la tuberculose sont tous arrêtés. Or on vit depuis la Seconde Guerre mondiale sur la domination américaine et avec une recherche américaine extrêmement attractive », a-t-il expliqué. Cette situation pourrait entraîner une résurgence de ces maladies, car les virus ne connaissent pas les frontières et pourraient réinfecter les populations américaines et européennes.

Par ailleurs, les États-Unis envisagent de réduire de 45 % le budget du NIH. Cette perspective pousse des chercheurs américains à chercher des opportunités à l’étranger, et la France et l’Europe souhaitent les accueillir. « 500 millions a été mis au niveau de l’Europe et 100 millions au niveau de la France, et on est en train, au niveau de l’Agence Nationale de Recherche, de retenir des dossiers de chercheurs qui vont aller dans nos institutions », a précisé le président de l’Inserm.

« Je pousse pour que l’on maintienne le budget de la recherche, mais aussi l’attractivité de la recherche surtout que l’on est dans un enjeu stratégique, puisqu’il y a un vide qui se crée actuellement avec le désengagement américain, et le risque est que ce vide soit remplacé par les Chinois. Il est important que l’Europe soit présente », a-t-il insisté. L’objectif est de construire une Europe de la santé et de la recherche, un projet déjà en cours de développement avec le futur programme cadre européen, dont le budget devrait être augmenté de manière significative à partir de 2028.

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