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L’utilisation excessive des smartphones endommage le cerveau

by Sophie Martin

Publié le 24 octobre 2024. L’utilisation excessive des smartphones pourrait avoir des conséquences néfastes sur le développement cognitif et les interactions sociales, alerte un spécialiste français du cerveau. Face à ce constat, plusieurs pays européens, dont la Belgique et les Pays-Bas, prennent des mesures pour limiter l’accès aux téléphones portables en milieu scolaire.

  • Les smartphones peuvent affecter négativement le développement cognitif, réduisant la capacité d’attention et la consolidation de la mémoire.
  • Bien qu’ils puissent être bénéfiques pour les seniors, une utilisation excessive des smartphones peut nuire à l’empathie et aux relations sociales réelles.
  • La dépendance aux smartphones, alimentée par des algorithmes addictifs, est une menace sérieuse nécessitant une prise en charge spécifique.

Marc Tadié, directeur de l’Institut français de recherche sur le cerveau, tire la sonnette d’alarme sur les effets potentiellement délétères d’une utilisation immodérée des smartphones. Dans un entretien accordé au magazine allemand Welt, il explique que cette surutilisation peut entraîner un déclin cognitif, en particulier au niveau de l’hippocampe, une zone du cerveau essentielle à la mémoire.

Tadié établit un parallèle frappant entre l’omniprésence du smartphone et l’amenuisement de l’hippocampe observé chez les chauffeurs de taxi londoniens après l’introduction du GPS. L’utilisation constante du smartphone, selon lui, affaiblit les connexions neuronales responsables de l’attention, de la perception et de la mémorisation. À long terme, cela peut engendrer des troubles cognitifs, un peu comme une voie ferrée abandonnée, envahie par la végétation. Si certaines techniques de stimulation cérébrale peuvent aider à restaurer partiellement ces connexions, elles ne peuvent pas entièrement compenser la perte d’expériences et le manque de développement de la personnalité.

L’impact des smartphones n’est pas uniquement négatif. Tadié souligne que ces appareils peuvent apporter des bénéfices aux personnes âgées, en atténuant la solitude, en stimulant la mémoire procédurale et en améliorant leur bien-être général. Il insiste toutefois sur la nécessité d’une utilisation modérée et adaptée à l’âge. Il propose même la mise en place d’un système de « permis de conduire pour smartphones », avec des exigences d’âge minimum en fonction des fonctionnalités, et plaide pour des campagnes de sensibilisation afin de promouvoir une utilisation responsable.

Cependant, une utilisation excessive du smartphone peut également avoir des conséquences sur l’empathie et les relations interpersonnelles. Des études ont démontré une diminution de la capacité à ressentir de l’empathie et des difficultés à interpréter les expressions faciales véhiculant des émotions telles que la peur, la tristesse ou la sympathie. Paradoxalement, même si les jeunes se sentent connectés grâce aux réseaux sociaux, ils tendent à s’isoler et préfèrent souvent s’enregistrer plutôt que d’interagir avec le monde réel.

Tadié conclut en affirmant que la dépendance aux smartphones est une réalité, car chaque interaction provoque la libération de dopamine – l’hormone du bien-être. Les algorithmes, conçus pour capter l’attention des utilisateurs, créent un cercle vicieux de stimulation constante. Cette addiction est d’autant plus insidieuse qu’elle se développe progressivement et qu’elle présente peu de barrières. Son traitement nécessite souvent une prise en charge en centre spécialisé, parfois pendant plusieurs mois, à l’image d’autres troubles addictifs.

Interdiction des smartphones dans les écoles

Face à ces constats, plusieurs pays européens prennent des mesures pour limiter l’utilisation des smartphones en milieu scolaire. La France n’a pas encore adopté d’interdiction générale, bien que le président Macron l’ait récemment suggérée. Marc Tadié se prononce également en faveur d’une telle interdiction, estimant qu’elle pourrait améliorer l’attention, la concentration et la mémoire des élèves, réduire les inégalités sociales et limiter le stress et le cyberharcèlement.

La Belgique a déjà pris des mesures concrètes : à partir de l’année scolaire 2025-2026, l’utilisation des smartphones et autres appareils intelligents sera strictement interdite dans les écoles flamandes et wallonnes.

Aux Pays-Bas, les téléphones portables, les tablettes et les montres connectées ne sont plus autorisés en classe depuis 2024. Les écoles doivent conclure des accords clairs à ce sujet avec les enseignants, les parents et les élèves.

Flandre et Wallonie

En Flandre, cette interdiction s’applique à tous les élèves du primaire et du secondaire, sauf exceptions pour des besoins pédagogiques spécifiques, des raisons médicales ou une autorisation de l’école lors de stages ou d’activités extra-scolaires.

En Wallonie, l’interdiction concerne l’usage récréatif des téléphones portables jusqu’à la fin de la sixième secondaire, avec des exceptions pour les élèves présentant un handicap ou un problème de santé, ainsi que pour des fins pédagogiques.

Les écoles ont adapté leur règlement intérieur pour mettre en œuvre cette interdiction et définir elles-mêmes les sanctions applicables. L’objectif de cette mesure est de favoriser la concentration des élèves, d’améliorer les interactions sociales et le bien-être, de protéger la vie privée, de réduire la pression sociale et de limiter les risques pour la santé et la sécurité.

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