Publié le 10 octobre 2025 à 02:01. L’omniprésence de l’actualité américaine, et plus particulièrement de la figure de Donald Trump, dans les médias québécois suscite un débat sur l’équilibre de l’information et la place accordée aux enjeux locaux.
- Véronique Hivon, commentatrice, a soulevé la question d’une couverture médiatique excessive de l’actualité américaine.
- Donald Trump représente un pourcentage significatif de la couverture médiatique au Québec (10,6 %), surpassant largement les personnalités politiques canadiennes.
- Des pistes de réflexion sont proposées pour recentrer le débat public sur les enjeux nationaux et locaux.
Une simple publication sur les réseaux sociaux a mis le doigt sur une sensibilité croissante : l’impression que l’actualité américaine, et en particulier les péripéties de Donald Trump, accaparent une part disproportionnée de l’espace médiatique au Québec. Véronique Hivon, à l’origine de ce questionnement, a partagé la semaine dernière sur X (anciennement Twitter) son malaise face à cette situation :
« Suis-je la seule à ressentir un malaise de plus en plus grand face à la couverture quasi en continu de l’actualité américaine, y compris souvent totalement de l’ordre de la politique intérieure ? Serions-nous devenus le 51ᵉ État de notre propre gré ? De toute évidence, quelque chose m’échappe ! »
Cette interrogation résonne avec un sentiment de plus en plus répandu dans l’opinion publique : celui que le président américain occupe une place démesurée dans le paysage médiatique québécois. Si l’intérêt pour les États-Unis est compréhensible, la question de la proportion est désormais posée.
Il est bien entendu essentiel de suivre l’actualité américaine. Les États-Unis demeurent un partenaire commercial majeur, un allié stratégique et une puissance mondiale dont les décisions ont des répercussions directes sur le Canada, que ce soit en matière de commerce (droits de douane sur l’acier et l’aluminium), d’environnement (annulation de politiques environnementales) ou de négociations internationales. Négliger ce qui se passe de l’autre côté de la frontière serait donc irresponsable.
Le cœur du problème ne réside pas tant dans la couverture de l’actualité américaine elle-même que dans la place prépondérante accordée à la personnalité de Donald Trump. L’espace médiatique étant limité, chaque minute consacrée à ses déclarations ou à ses actions est une minute de moins consacrée aux enjeux qui touchent directement les Québécois : la santé, l’éducation, les communautés autochtones, les choix et les débats démocratiques.
Selon les données d’Influence Communication, Donald Trump a accaparé 10,6 % de la couverture médiatique au Québec, un chiffre stupéfiant lorsqu’on le compare aux 2 % de couverture accordée au premier ministre fédéral, Mark Carney. Cette disparité souligne l’ampleur du phénomène.
Lorsqu’il était député fédéral pendant le premier mandat de Donald Trump, l’auteur de cet article était fréquemment sollicité par les journalistes et les analystes politiques pour commenter les actions du président américain. Sa réponse était toujours la même : « Mon opinion sur lui importe peu, car je n’ai aucune influence sur ses décisions. Ce qui compte, c’est la réaction de notre gouvernement et les mesures qu’il prend pour défendre les intérêts des Canadiens. »
Ne sommes-nous pas entrés dans un jeu dangereux en nous focalisant sur les actions de Donald Trump ? Ne devrions-nous pas plutôt tourner les projecteurs vers nos propres élus et exiger d’eux qu’ils expliquent comment ils réagissent aux événements américains et quelles solutions ils proposent pour protéger les intérêts des Québécois et des Canadiens ?
Pour rétablir un équilibre plus sain, trois pistes de réflexion peuvent être envisagées :
- Questionner et recentrer : Chaque fois qu’une nouvelle américaine est relayée, demandons-nous collectivement quel est son impact réel sur notre société.
- Mieux prioriser : Sans ignorer l’importance des États-Unis, veillons à ce que nos enjeux locaux ne soient pas systématiquement relégués au second plan. Moins de président américain dans nos médias, c’est plus de démocratie municipale, québécoise et canadienne dans nos conversations.
- Trouver des angles locaux : Transformons chaque actualité américaine en une occasion d’interpeller nos responsables politiques sur leurs choix et leurs réactions, afin d’alimenter un débat démocratique qui nous appartienne.
Moins de président américain ne signifie pas moins d’information, mais un meilleur équilibre. C’est affirmer que notre démocratie mérite autant d’attention que celle de nos voisins, aussi puissants soient-ils. En soulevant cette question, Véronique Hivon nous invite à un exercice salutaire : redonner à nos débats, à nos élus et à nos priorités la place qu’ils méritent. La vraie question est simple : voulons-nous être spectateurs des États-Unis ou acteurs de notre propre avenir démocratique, ici, chez nous ?
La politique américaine peut nous influencer, mais elle ne doit jamais nous définir. C’est ici, dans nos municipalités, au Québec et au Canada, que se décide notre avenir !
