Home SantéNous avons vu ces colonies de coraux succomber à la maladie de la bande noire. 6 mois plus tard, 75% étaient morts

Nous avons vu ces colonies de coraux succomber à la maladie de la bande noire. 6 mois plus tard, 75% étaient morts

by Sophie Martin

Publié le 11 septembre 2025 à 00:06:00. La Grande Barrière de corail australienne est frappée par une épidémie sans précédent de la maladie des bandes noires, exacerbée par le stress thermique lié au réchauffement climatique, menaçant des coraux centenaires et l’équilibre de l’écosystème marin.

  • Une vague de chaleur en 2024 a affaibli les coraux de la Grande Barrière, les rendant plus vulnérables à la maladie des bandes noires.
  • Des chercheurs ont constaté une mortalité de 75 % des colonies coralliennes surveillées en seulement six mois.
  • Cette maladie, autrefois rare sur la Grande Barrière, pourrait avoir des conséquences désastreuses sur la structure et la fonction des récifs coralliens.

La Grande Barrière de corail a subi des températures record et un blanchissement généralisé lors des événements de blanchissement des coraux de 2023 et 2024. Ces épisodes de blanchissement, qui se multiplient selon les scientifiques, mettent en péril la survie même des récifs coralliens.

Les récifs coralliens sont des écosystèmes essentiels à la biodiversité marine, assurant la survie de nombreuses espèces végétales et animales. Ils sont également cruciaux pour la sécurité alimentaire humaine, la prospérité économique (tourisme et pêche) et la protection des côtes.

Le stress thermique affaiblit les coraux, les rendant plus sensibles aux maladies. Parallèlement, les températures élevées favorisent la prolifération et la virulence des agents pathogènes.

Une étude récente, publiée dans Proceedings of the Royal Society B, a suivi des centaines de colonies de coraux sur One Tree Reef, dans le sud de la Grande Barrière de corail, lors de la vague de chaleur de 2024. Les chercheurs ont observé qu’un type particulier de corail massif, le Goniopore, a développé la maladie des bandes noires après avoir été affaibli par le stress thermique. Ces coraux, qui peuvent vivre plus d’un siècle, sont considérés comme les « forêts anciennes » des récifs.

Six mois après le début de la vague de chaleur, 75 % des colonies coralliennes de la communauté récifale surveillée étaient mortes. Ce constat est particulièrement inquiétant car ces coraux massifs sont généralement plus résistants au stress thermique. Même les espèces les plus robustes peinent désormais à survivre.

La décomposition de ces coraux massifs peut entraîner le détachement de fragments importants du récif, qui, emportés par les courants, peuvent endommager et détruire d’autres coraux sur leur passage.

Exemples de maladie des bandes noires se propageant dans les colonies de corail, laissant derrière elles un squelette nu. Le squelette est rapidement colonisé par des algues.
Photos prises par Alexandre Waller

Initialement, les chercheurs suivaient plusieurs sites sur One Tree Reef en réponse à une vague de chaleur extrême. L’objectif était de déterminer quelles espèces de coraux étaient les plus résistantes et les plus sensibles au stress thermique.

La rapidité avec laquelle les coraux massifs ont été infectés par la maladie des bandes noires a surpris les scientifiques. Cette maladie est causée par un groupe de micro-organismes pathogènes qui détruisent les tissus coralliens. Bien que ces agents pathogènes soient naturellement présents dans l’environnement, c’est la première fois qu’une épidémie de cette ampleur est observée sur la Grande Barrière de corail.

La maladie se manifeste par des bandes noires qui dévorent les tissus coralliens, laissant derrière elles un squelette nu. Elle a déjà causé des dégâts considérables dans les Caraïbes, modifiant fondamentalement la structure et la fonction des récifs.

Une revue de la littérature sur les maladies des coraux sur la Grande Barrière de corail indique que la maladie des bandes noires affecte principalement les coraux ramifiés, plus fragiles que les coraux massifs.

L’étude menée sur One Tree Reef est d’autant plus préoccupante qu’elle a révélé que seule une espèce de corail massif, normalement résistante, a été touchée. La maladie des bandes noires a pratiquement anéanti ces coraux sur le site surveillé. En d’autres termes, des coraux habituellement robustes succombent désormais à cette maladie, ce qui est extrêmement inquiétant.

Les coraux blanchis ont été rapidement infectés par la maladie des bandes noires.
Photo prise par Alexandre Waller

Le Goniopore, un corail rocheux caractérisé par ses longs tentacules floraux, joue un rôle clé dans la construction des récifs de la Grande Barrière. Sa croissance est lente par rapport aux coraux ramifiés, mais il est généralement plus résistant aux perturbations et prospère même dans des eaux de moindre qualité. Ces coraux à longue durée de vie forment de vastes structures abritant une grande diversité d’organismes et contribuent à la protection des côtes contre les vagues.

Six mois après la vague de chaleur de 2024, au moins 75 % des colonies surveillées avaient disparu. Parmi les survivants, 64 % présentaient une perte partielle de tissus coralliens due à la maladie des bandes noires. Contrairement à d’autres espèces de coraux qui montrent des signes de récupération après les vagues de chaleur, les coraux rocheux ne semblent pas pouvoir se rétablir.

Les longs tentacules en forme de fleur du corail rocheux.
Photo prise par Shawna Foo

One Tree Reef est l’un des récifs les plus protégés de la Grande Barrière. Auparavant, les épidémies de maladie des bandes noires étaient associées à des facteurs de stress côtiers tels que la pollution et l’excès de nutriments. L’isolement de One Tree Reef, situé à 80 km des côtes, le protège de ces pressions terrestres. La propagation rapide de la maladie sur ce site est donc particulièrement préoccupante.

Lorsque les tissus coralliens sont détruits par la maladie, le squelette est rapidement colonisé par des algues et d’autres organismes qui le dégradent. Ce processus, qui prend généralement plusieurs mois voire plusieurs années, s’est avéré exceptionnellement rapide. En six mois, les coraux rocheux étaient instables et commençaient à se détacher du récif.

Ces fragments peuvent agir comme des projectiles lors de tempêtes et de cyclones tropicaux, causant des dommages considérables aux récifs environnants. La disparition de ces coraux structurels centenaires pourrait entraîner un changement permanent de l’écosystème.

La maladie des bandes noires, identifiée pour la première fois dans les Caraïbes, a déjà causé une mortalité massive des coraux et remodelé les communautés coralliennes. Les résultats de cette étude font écho aux épidémies dévastatrices observées dans cette région.

Avec la prévision d’une augmentation des maladies coralliennes liée au changement climatique, ces découvertes soulignent l’urgence d’une action mondiale ambitieuse pour réduire les émissions de gaz à effet de serre.

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