Les fluctuations hormonales féminines, souvent réduites à des « crises de nerfs » dans l’imaginaire collectif, sont en réalité étroitement liées à un risque accru de troubles de la santé mentale. Des études récentes confirment que les périodes de changements hormonaux – menstruations, grossesse, ménopause – peuvent exacerber l’anxiété, la dépression, voire des pathologies plus sévères.
Si l’association entre menstruations et troubles de l’humeur est bien connue, la science révèle un lien plus profond entre les hormones reproductives, notamment les œstrogènes, et des affections comme le trouble bipolaire et la psychose. Dans de nombreux cas, traiter les déséquilibres hormonaux peut même conduire à une amélioration significative des symptômes psychiatriques.
Les recherches montrent qu’après l’accouchement, le risque de diagnostic de dépression augmente considérablement. Mais l’impact ne s’arrête pas là : le risque de trouble bipolaire et de récidives de symptômes liés à cette pathologie est également multiplié par plus de 23, selon une étude menée auprès de plus de 1 100 femmes et 600 hommes. Cette corrélation s’explique par les fortes variations des niveaux d’œstrogènes pendant et après la grossesse.
Ce phénomène ne se limite pas à la période post-partum. La ménopause, avec sa chute brutale des œstrogènes, est également associée à une augmentation des symptômes bipolaires, en particulier de la dépression. Les chercheurs ont observé que les femmes diagnostiquées avec un trouble bipolaire présentent une aggravation de leurs symptômes lors de la transition ménopausique.
Cependant, l’œstrogène n’est pas le seul facteur en jeu. D’autres troubles hormonaux, comme le syndrome des ovaires polykystiques (SOPK), caractérisé par un excès de sulfate de déhydroépiandrostérone (DHEA-S) et de testostérone, peuvent également provoquer des symptômes psychiatriques similaires à ceux du trouble bipolaire, parfois même avec des manifestations psychotiques. Le SOPK, le trouble endocrinien le plus fréquent chez les femmes en âge de procréer, est souvent mal diagnostiqué, conduisant à des traitements médicamenteux inadaptés et à une escalade des prescriptions.
La confusion entre troubles hormonaux et troubles de l’humeur est fréquente, même chez les professionnels de santé. Les fluctuations hormonales post-ovulatoires, notamment la baisse des œstrogènes, peuvent mimer les symptômes du trouble bipolaire, rendant le diagnostic difficile. Les tests hormonaux ne sont pas toujours concluants, car les niveaux d’hormones peuvent sembler « normaux » à un moment donné, sans refléter les variations cycliques qui peuvent être à l’origine des troubles.
Pour distinguer un trouble hormonal d’un trouble de l’humeur, il est essentiel de prendre en compte les symptômes spécifiques de chaque patiente. Des changements d’humeur cycliques liés aux menstruations, des migraines menstruelles, des ballonnements, un soulagement des symptômes pendant la grossesse, une aggravation des troubles avec l’âge et une réponse limitée aux médicaments psychiatriques sont autant d’indices à prendre en considération.
Des études récentes ont montré que la modulation des hormones reproductives peut même atténuer les symptômes de manie. Des recherches menées avec le tamoxifène, un médicament qui stimule la production d’œstrogènes, ont révélé une réduction significative des symptômes maniaques chez les patientes atteintes de trouble bipolaire. D’autres études ont confirmé que l’administration d’œstrogènes pouvait induire une rémission de la psychose post-partum, avec une rechute rapide en cas d’arrêt du traitement.
Face à ces découvertes, certains envisagent la thérapie hormonale substitutive bio-identique (THS bio-identique) pour stabiliser les fluctuations hormonales. Cependant, de nombreux patients restent sceptiques quant aux effets à long terme de l’introduction d’hormones exogènes. Il existe des alternatives naturelles pour moduler les hormones, en privilégiant une approche thérapeutique progressive et en commençant par les méthodes les moins invasives.
À ne pas manquer
