Publié le 5 novembre 2023 10h32. Le géant pharmaceutique Novo Nordisk fait face à des vents contraires, notamment aux États-Unis, où la concurrence d’Eli Lilly s’intensifie et où des copies contrefaites de ses médicaments continuent de circuler, malgré une croissance globale de ses ventes.
- Novo Nordisk voit ses parts de marché diminuer aux États-Unis face à la concurrence d’Eli Lilly et à la présence de médicaments contrefaits.
- Le bénéfice d’exploitation du groupe a chuté de 30 %, en partie à cause d’un vaste programme de restructuration impliquant des licenciements.
- Les perspectives de croissance de Novo Nordisk pour la fin de l’année ont été revues à la baisse.
Novo Nordisk est confronté à une concurrence accrue, en particulier sur le marché américain, où Eli Lilly gagne du terrain avec ses traitements Mounjaro et Zepbound. Les ventes de ces derniers ont bondi de 130 % au troisième trimestre, exerçant une pression significative sur le groupe danois. En outre, la persistance de copies illégales de ses médicaments sur le marché complique la situation.
Si les ventes de Novo Nordisk aux États-Unis ont augmenté de 10 % en monnaie locale, cette croissance est largement attribuable à la constitution de stocks par les distributeurs. Eli Lilly, de son côté, affiche une progression de 36 % sur le marché américain au cours du trimestre, signalant une tendance préoccupante pour Novo Nordisk.
La faiblesse du dollar face aux autres devises pèse également sur les résultats du groupe, réduisant la croissance globale à seulement 3 % en couronnes danoises (la monnaie comptable de Novo Nordisk). En dehors des États-Unis, la concurrence s’intensifie également, avec une croissance de 12 % pour ce segment, partiellement compensée par le développement des marchés émergents et un effet positif temporaire dans la chaîne d’approvisionnement au trimestre précédent.
Malgré cette croissance, le bénéfice d’exploitation de Novo Nordisk a chuté de 30 %. Cette baisse s’explique en grande partie par un programme de restructuration majeur, impliquant le licenciement de 9 000 employés. Cependant, en tenant compte des éléments exceptionnels liés à cette restructuration, le bénéfice a augmenté de 7 % en monnaie locale et de 2 % en couronnes danoises.
Novo Nordisk a revu à la baisse ses perspectives de croissance pour l’ensemble de l’année. La fourchette haute de 8 à 14 % de croissance en monnaie locale est désormais ramenée à 8 à 11 %. La croissance du bénéfice d’exploitation est également réduite, passant de 4 à 7 % en monnaie locale.
Le groupe prévoit cependant une amélioration de son flux de trésorerie disponible, grâce à une réduction des investissements prévus, passant de 65 à 60 milliards de couronnes danoises. La baisse des ventes aux États-Unis devrait également réduire les besoins en fonds de roulement. Par ailleurs, Novo Nordisk pourrait investir entre 20 et 30 milliards de couronnes danoises dans un éventuel rachat de l’entreprise américaine Metsera, spécialisée dans le traitement de l’obésité, mais se retrouve en concurrence avec Pfizer dans une bataille d’enchères intense. L’offre de Novo Nordisk s’élève à 10 milliards de dollars, mais Pfizer a engagé une action en justice pour contester cette acquisition.
L’acquisition d’Akero, une société active dans le domaine des maladies du foie (MASH), est également prévue et devrait réduire le bénéfice d’exploitation de 3 % en 2026 en raison de l’augmentation des coûts de recherche et développement.
La pression sur les prix s’intensifie également, notamment en raison des ambitions de l’ancien président américain Donald Trump de réduire les coûts des médicaments. Novo Nordisk a ainsi accepté de plafonner les prix de ses traitements GLP-1, notamment Wegovy et Ozempic, dans le cadre du programme d’assurance maladie américain Medicaid à partir de 2027. L’impact sur la croissance pour 2025 est estimé à un chiffre faible.
De plus, l’expiration prochaine de certains brevets exercera une pression supplémentaire sur les prix à l’échelle internationale. Dans l’ensemble, Novo Nordisk doit faire face à des défis importants, avec une baisse séquentielle de ses ventes au cours de tous les trimestres de l’année. La fondation actionnaire du groupe exprime sa préoccupation et a annoncé la convocation d’une assemblée générale extraordinaire le 14 novembre, au cours de laquelle elle entend remplacer l’ensemble du conseil d’administration, à l’exception des représentants des salariés.
Ce changement intervient peu de temps après la nomination de Mike Doustdar au poste de nouveau PDG. Le PDG a déclaré à Bloomberg que les actifs de Metsera complètent le solide pipeline de recherche de Novo Nordisk. Il reste à savoir si le pipeline de recherche de Novo Nordisk est aussi solide qu’espéré et si l’engagement dans une guerre d’enchères avec Pfizer pour Metsera témoigne d’un certain désespoir.
La bataille pour la domination du marché des traitements contre l’obésité se jouera probablement avec l’arrivée de ces médicaments sous forme de pilules, Wegovy étant susceptible d’être le premier à être commercialisé début de l’année prochaine. Un bon accueil et une longueur d’avance sur le traitement d’Eli Lilly, forgliporon, seraient un atout majeur. Les deux entreprises travaillent également sur une nouvelle génération de médicaments injectables avec des effets améliorés, ce qui rend l’issue de cette compétition encore incertaine.
Malgré les difficultés actuelles, l’analyste reste confiant dans le potentiel du marché, estimant qu’il est suffisamment vaste pour accueillir plusieurs acteurs et offrir de bonnes perspectives de croissance. Bien que Novo Nordisk soit actuellement à la traîne, la chute de 70 % du cours de l’action depuis son sommet offre un certain soutien en termes de valorisation. L’analyste reste donc prudemment positif, estimant que la valorisation actuelle, à 12 fois le bénéfice d’exploitation, n’est pas excessive.
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