La pédiatrie développementale et comportementale est à la croisée des chemins, confrontée à un manque criant de spécialistes et à une incapacité à tirer les leçons du passé, selon un ancien pédiatre. Un manque de planification stratégique et de ressources concrètes compromet la prise en charge des enfants, laissant des générations entières vulnérables.
L’échec des principales organisations pédiatriques – l’American Academy of Pediatrics (AAP), l’American Board of Pediatrics (ABP) et la Society for Developmental and Behavioral Pediatrics (SDBP) – à mettre en œuvre des solutions efficaces est au cœur de la critique. Ronald L. Lindsay, pédiatre développemental-comportemental à la retraite, dénonce une approche basée sur l’apparence plutôt que sur l’action.
Pour illustrer son propos, le Dr Lindsay établit un parallèle avec les campagnes militaires en Afrique du Nord pendant la Seconde Guerre mondiale. Comme les généraux britanniques et le général Rommel, les acteurs de la pédiatrie doivent non seulement définir une stratégie, mais aussi s’assurer de disposer des ressources logistiques et des tactiques nécessaires pour la mettre en œuvre. Une avancée réussie, explique-t-il, dépend de la capacité à maintenir des lignes d’approvisionnement solides, à l’image de l’arrivée de renforts américains – obusiers, chars – qui ont permis au général Montgomery de remporter la deuxième bataille d’El Alamein.
Le Dr Lindsay souligne que l’histoire regorge d’exemples de ce qui se passe lorsque les lignes d’approvisionnement sont compromises. Il cite le cas de la Tchécoslovaquie après la Seconde Guerre mondiale, abandonnée aux Soviétiques après avoir été libérée par les forces occidentales. La tentative de libéralisation du Printemps de Prague en 1968 fut brutalement réprimée, une leçon que, selon lui, les dirigeants actuels semblent avoir oubliée.
Il établit un parallèle direct avec la situation actuelle en Ukraine, où l’offensive russe a été freinée par des problèmes logistiques et des pertes considérables. « Poutine pensait que Kyiv s’effondrerait en trois jours. Il a surchargé les lignes d’approvisionnement. Un million de victimes plus tard, la Russie saigne à nouveau », affirme-t-il. Tout comme ces dirigeants, il n’a pas tiré les leçons de l’histoire.
En pédiatrie, ce manque de vision logistique se traduit par un manque de spécialistes formés, de programmes durables et de résultats mesurables. Les responsables, selon le Dr Lindsay, se contentent de recycler des solutions qui ont déjà échoué, ignorant les avertissements de ceux qui ont réussi à mettre en place des initiatives efficaces.
Il prend l’exemple de son propre travail, notamment la création de l’Ohio Rural Developmental and Behavioral Initiative, qui a obtenu un financement grâce à une stratégie claire, des ressources définies et des objectifs mesurables. À l’inverse, les projets concurrents, dépourvus de ces éléments essentiels, se sont avérés moins performants. « J’ai improvisé, adapté, surmonté et construit des programmes qui durent. Ils ont recyclé, rechapé et échoué », résume-t-il.
Le Dr Lindsay déplore d’avoir été marginalisé en raison de son indépendance d’esprit et de ses critiques constructives. Il se décrit comme un « rebelle avec une cause » qui refuse de se soumettre à une approche conformiste. Il insiste sur le fait que le leadership véritable exige plus que de simples déclarations d’intention : il exige une planification rigoureuse, une exécution efficace et une volonté d’apprendre de ses erreurs.
En fin de compte, selon le Dr Lindsay, ce sont les enfants qui paient le prix de ces échecs de leadership. Il appelle à un changement radical dans la façon dont la pédiatrie aborde les défis auxquels elle est confrontée, en mettant l’accent sur la stratégie, la logistique et les résultats concrets plutôt que sur le simple « théâtre ».
Ronald L. Lindsay a exercé en tant que pédiatre développemental-comportemental, avec une carrière comprenant le service militaire, le leadership universitaire et la réforme des soins de santé. Ses recherches ont été publiées dans des revues prestigieuses telles que le New England Journal of Medicine et le Journal of Child and Adolescent Psychopharmacology. Il a également dirigé le programme LEND au Nisonger Center de l’Ohio State University et fondé le centre de ressources sur l’autisme Joint Base Lewis-McChord (JBLM) CARES.
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