Home NouvellesPourquoi tout le monde se retrouve soudainement dans une « époque très chinoise » dans sa vie

Pourquoi tout le monde se retrouve soudainement dans une « époque très chinoise » dans sa vie

by Nicolas Lefèvre

Un phénomène étrange émerge sur les réseaux sociaux américains : une fascination ironique, voire une identification, à la Chine. Des internautes affichent leur « côté chinois », consomment des produits made in China avec une nouvelle délectation et projettent sur le pays asiatique une image idéalisée, en contraste avec les difficultés internes aux États-Unis.

La tendance, qui a pris de l’ampleur ces dernières semaines, se manifeste par des publications humoristiques et des mèmes. On voit ainsi des utilisateurs proclamer : « Vous me rencontrez à une période très chinoise de ma vie », tout en partageant des photos de dim sum, de vestes Adidas inspirées du style chinois, ou en se moquant de la dépendance américaine aux produits fabriqués en Chine. Des personnalités publiques comme l’humoriste Jimmy O’Yang et l’influenceur Hasan Piker ont également participé à ce mouvement.

La mode a évolué vers des variantes comme le « Chinemaxxing » (pousser l’aspect chinois à l’extrême) et des affirmations du type « Tu deviendras chinois demain », perçues comme des sortes de bénédictions ironiques. L’influenceur Chao Ban a ainsi plaisanté dans une vidéo TikTok qui a recueilli plus de 340 000 mentions j’aime : « Je me suis rendu compte que beaucoup d’entre vous n’ont pas accepté votre nouvelle identité chinoise. Laissez-moi juste vous demander ceci : ne faites-vous pas défiler sur cette application chinoise, probablement sur un téléphone fabriqué en Chine, ne portez-vous pas des vêtements fabriqués en Chine, ne collectionnez-vous pas des poupées qui viennent de Chine ? »

Selon Tianyu Fang, doctorant à Harvard spécialisé dans les sciences et technologies en Chine, ces mèmes ne visent pas à dresser un portrait réaliste de la Chine, mais plutôt à exprimer une critique implicite de la société américaine.
« Au lieu de cela, ils fonctionnent comme une projection de tous les aspects indésirables de la vie américaine – ou de la décadence du rêve américain », explique-t-elle.

Dans un contexte d’infrastructures vieillissantes et de tensions sociales croissantes aux États-Unis, la Chine apparaît comme un modèle alternatif, symbole de progrès et d’efficacité.
« Quand les gens disent que c’est le siècle chinois, cela tient en partie à cette défaite ironique », ajoute Fang. L’administration Trump et ses politiques ont également contribué à ce sentiment, en brisant les normes démocratiques et en suscitant un désir de changement.

Les critiques soulignent souvent les investissements massifs de la Chine dans les énergies propres et le développement de ses infrastructures urbaines, les opposant aux lacunes de la politique américaine en matière de climat et de logement. Cette comparaison, bien que sélective, met en évidence les défauts perçus de l’Amérique. Comme l’a observé l’écrivain Minh Tran, « Au crépuscule de l’empire américain, notre orientalisme n’est pas condescendant, mais ambitieux. »

La présence omniprésente des produits chinois dans le monde entier renforce cette fascination. Téléphones, ordinateurs portables, robots aspirateurs, jouets, panneaux solaires, véhicules électriques – la liste est longue. Même le modèle d’intelligence artificielle open source le plus en vogue est d’origine chinoise. Cette réalité économique rend la Chine inévitable, et explique pourquoi cette newsletter s’appelle « Fabriqué en Chine ».

You may also like

Leave a Comment

This site uses Akismet to reduce spam. Learn how your comment data is processed.