Home SantéPublication anticipée – Infection humaine par la douve zoonotique Philophthalmus lacrymosus, Amérique du Sud – Volume 31, numéro 12 — décembre 2025 – Journal des maladies infectieuses émergentes

Publication anticipée – Infection humaine par la douve zoonotique Philophthalmus lacrymosus, Amérique du Sud – Volume 31, numéro 12 — décembre 2025 – Journal des maladies infectieuses émergentes

by Sophie Martin

Publié le 12 décembre 2025 à 18h23. Une équipe internationale de chercheurs a identifié un cas de philophtalmie, une infection parasitaire oculaire rare, chez un voyageur européen probablement contaminé aux îles Galápagos. Cette découverte souligne l’importance de la vigilance sanitaire lors de voyages dans des régions tropicales et subtropicales.

  • La philophtalmie est une infection causée par des trématodes, des parasites qui affectent généralement les oiseaux d’eau.
  • Bien que rare chez l’homme, des cas ont été signalés en Asie, en Europe et en Amérique du Nord.
  • Les analyses génétiques suggèrent que le parasite impliqué dans ce cas pourrait être une souche spécifique endémique aux îles Galápagos.

La philophtalmie est une infection parasitaire due à des trématodes du genre Philophtalmus, des vers digènes cosmopolites qui vivent habituellement dans le sac conjonctival des oiseaux aquatiques. Ces parasites ont un cycle de vie complexe impliquant des escargots d’eau douce et marine comme hôtes intermédiaires et les oiseaux aquatiques comme hôtes définitifs. Les oiseaux s’infectent en ingérant des métacercaires enkystées sur les plantes aquatiques. Chez les mammifères, l’infection est plus rare, mais a été rapportée chez des capybaras au Brésil, des otaries des Galapagos et, occasionnellement, chez d’autres espèces, y compris l’homme.

À l’échelle mondiale, plus de 50 espèces nominales de trématodes Philophtalmus ont été décrites, mais des études récentes suggèrent que seulement une dizaine d’espèces seraient valides. En Amérique du Sud, ces parasites ont été identifiés au Brésil, au Pérou, au Venezuela et aux îles Galápagos. La propagation géographique de ces trématodes pourrait être favorisée par la présence d’espèces d’escargots envahissantes.

Depuis 1939, seulement 12 cas de philophtalmie humaine ont été publiés, touchant des personnes en Asie, en Europe et en Amérique du Nord. L’infection est généralement diagnostiquée au niveau du genre, mais des cas compatibles avec la philophtalmie étaient déjà connus au XIXe siècle. L’équipe de recherche présente ici le cas d’une femme anglaise de 26 ans, consultée à Santiago, au Chili, pour une douleur intense, un gonflement et une sensation de corps étranger dans l’œil droit, survenue neuf jours après son retour d’un voyage en Colombie, en Équateur (dont un séjour de 2,5 semaines aux îles Galápagos) et au Pérou.

L’examen oculaire a révélé un œdème des paupières, une chimosis importante et une réaction folliculaire de la conjonctive. Les chercheurs ont retiré une structure allongée mobile de la conjonctive supérieure. Après son retrait, la sensation de corps étranger a disparu et la guérison a été complète. Des études morphologiques détaillées, réalisées à l’aide d’un stéréomicroscope Olympus SZ61 (https://www.olympus-global.com) et du logiciel Olympus cellSens version 2.3 (https://evidentscientific.com), ont confirmé qu’il s’agissait d’un Philophtalmus lacrymosus. Le spécimen présentait les caractéristiques morphologiques typiques de cette espèce, notamment une forme ovale allongée, une surface lisse et une constriction au niveau de la ventouse ventrale.

Des analyses moléculaires, utilisant la PCR et le séquençage de l’espaceur transcrit interne nucléaire (ITS2) et de la cytochrome c oxydase I mitochondriale (Cox1), ont confirmé le diagnostic. Les séquences obtenues étaient identiques à celles de Philophtalmus zalophi, une espèce de trématode récemment identifiée chez les otaries des Galapagos. Elles présentaient également une forte similarité avec P. lacrymosus et P. lucipetus, deux espèces présentes chez les goélands en Europe. Les résultats suggèrent que P. zalophi des Galapagos pourrait être conspécifique à P. lacrymosus.

L’épidémiologie de la philophtalmie humaine reste mal comprise. Les cas signalés suggèrent une infection par inoculation directe de métacercaires lors de la baignade ou par ingestion de métacercaires avec des aliments. Le parasite peut survivre plusieurs mois chez l’hôte humain. La plupart des cas impliquent une irritation unilatérale, une sensation de corps étranger et une conjonctivite, sans entraîner de déficience visuelle.

Les chercheurs soulignent que l’exposition de la patiente aux îles Galápagos reste une hypothèse, nécessitant des études sur les hôtes intermédiaires et les stades larvaires environnementaux. Ils suggèrent que la plasticité liée à l’hôte ou des stades de développement différents pourraient expliquer certaines variations morphologiques observées. Des analyses génomiques comparatives supplémentaires sont nécessaires pour clarifier la taxonomie de Philophtalmus spp. et déterminer si P. lacrymosus représente un complexe de lignées géographiques et liées à l’hôte.

En conclusion, cette étude clinique et épidémiologique confirme que le trématode P. lacrymosus peut infecter les humains en Amérique du Sud et suggère que le parasite pourrait être endémique aux îles Galápagos en Équateur.

Le Dr Weitzel est un expert en médecine tropicale et en parasitologie à la Clínica Alemana, Universidad del Desarrollo, Santiago, Chili. Ses recherches portent sur les infections à transmission vectorielle, parasitaires et associées aux voyages.

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