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Quand la biologie devient le nouveau moteur des matériaux hautes performances

by Thomas Caron

Publié le 28 novembre 2025 à 03h25. Une entreprise néerlandaise, Pegasus Materials, lance une nouvelle génération de polymères biosourcés destinés à répondre aux exigences croissantes des secteurs de l’électronique, de l’aérospatiale et de l’impression 3D, marquant une étape clé dans la transition vers une chimie plus durable.

  • Pegasus Materials a annoncé le lancement de ses deux premiers matériaux biosourcés, Virela-X001 et Virela-X002.
  • L’entreprise a levé de nouveaux fonds grâce à l’entrée du studio de capital-risque Ferment et à la participation de LIOF, en complément du soutien existant de Fibrant BV.
  • Ces nouveaux matériaux visent à répondre aux défis de miniaturisation, d’efficacité énergétique et de performance dans des applications de haute technologie.

Au cœur du campus Brightlands Chemelot, un pôle d’innovation néerlandais combinant recherche chimique de pointe et capacités industrielles, une révolution silencieuse est en marche. Loin des laboratoires traditionnels, des ingénieurs et des techniciens travaillent sur des matériaux dont les composants de base ne proviennent plus du pétrole, mais de sources biologiques. Cette transformation pourrait bien redéfinir les standards de performance dans des domaines aussi variés que l’électronique, l’aéronautique et l’impression 3D.

La pression pour des composants toujours plus petits, plus légers et plus résistants, capables de fonctionner dans des conditions extrêmes, est devenue un défi constant pour les industriels. Les procédés pétrochimiques classiques, bien que maîtrisés, atteignent leurs limites face à ces nouvelles exigences, notamment dans un contexte mondial marqué par la consommation énergétique massive des centres de données et la nécessité de réduire le poids des avions sans compromettre la sécurité.

C’est dans ce contexte que Pegasus Materials BV a décidé de franchir le pas. Après des années de recherche et développement, l’entreprise a annoncé le lancement de Virela-X001 et Virela-X002, deux matériaux biosourcés qui promettent de répondre à ces défis. Cette annonce s’accompagne d’une nouvelle levée de fonds, avec l’entrée du studio de capital-risque Ferment et la participation de LIOF, qui s’ajoutent au soutien financier déjà apporté par l’entreprise chimique Fibrant BV. Cette opération ne représente pas seulement un apport de capitaux, mais aussi la reconnaissance d’une nouvelle catégorie de polymères capables de transformer des processus clés dans des secteurs stratégiques.

Richard Pieters, cofondateur et PDG de Pegasus Materials, résume l’approche de son entreprise :

« Nos clients repoussent les limites de ce pour quoi les matériaux sont conçus, qu’il s’agisse de créer des pièces plus petites, de résister à des températures plus élevées ou de gérer des contraintes mécaniques. En combinant de nouvelles chimies biosourcées avec une connaissance approfondie de la science des matériaux, nous obtenons des spécifications de performances uniques avec une empreinte environnementale réduite. »

L’entreprise s’appuie également sur l’apprentissage automatique (machine learning), un outil central pour Ferment, afin d’accélérer le développement de nouvelles formulations moléculaires et de réduire les coûts. Brian Brazeau, associé du cabinet, explique :

« Pegasus part des objectifs du client, comme des transferts de données plus rapides ou des taux de défauts de fabrication inférieurs, et applique la biotechnologie et la chimie ensemble à l’aide du ML. Leur modèle exploite les actifs existants pour évoluer rapidement. »

Le premier biomatériau : Virela-X001 et la course aux connecteurs de précision

Virela-X001, le premier produit lancé par Pegasus Materials, est un polyamide haute température entièrement biosourcé conçu pour répondre aux exigences spécifiques des connecteurs électroniques. Dans un secteur où chaque micron compte – du simple connecteur USB-C aux interfaces complexes des serveurs de centres de données – ce matériau offre un débit élevé pour le moulage de parois plus fines, une absorption d’humidité ultra-faible pour éviter les déformations et des propriétés électriques améliorées. Il est déjà en cours d’évaluation par des fabricants de connecteurs pour diverses applications, notamment l’USB-C et les connecteurs DDR utilisés dans les serveurs.

Virela-X002 : une nouvelle ère pour l’impression 3D industrielle

Virela-X002, le deuxième produit de l’entreprise, ouvre la voie à de nouvelles possibilités dans le domaine de l’impression 3D industrielle. Ce polyimide partiellement biosourcé se distingue par sa résistance isotrope – c’est-à-dire sa résistance égale dans toutes les directions – et sa tolérance à la chaleur extrêmement élevée. Cette caractéristique permet de surmonter l’un des principaux obstacles de l’impression 3D, qui consiste en la présence de faiblesses dans le sens du dépôt. Pegasus Materials travaille avec des partenaires des secteurs de l’aérospatiale et de la défense pour évaluer l’utilisation de ce matériau dans la fabrication de pièces d’avions légères, résistantes et capables de supporter des températures élevées.

Le succès de Pegasus Materials repose également sur un écosystème favorable, avec le soutien de LIOF, l’agence de développement régional du Limbourg, et l’expertise de Fibrant BV dans les processus de production de polymères. Le campus de Brightlands Chemelot offre un environnement unique pour la transition de la recherche au développement commercial, grâce à la présence de partenaires spécialisés dans la polymérisation et la préparation des matériaux.

L’émergence de biomatériaux spécialisés pour des applications de haute technologie témoigne d’une tendance mondiale plus large, qui laisse entrevoir un avenir où la biologie remplacera progressivement les intrants pétrochimiques et permettra de concevoir des matériaux aux propriétés inédites. Le CONICET en Argentine mise également sur les biopolymères biodégradables pour remplacer le plastique en agriculture. La bioéconomie s’invite également dans le monde de la production bionique. Des batteries biodégradables à base de vitamine B2 pourraient également remplacer le lithium. Pegasus Materials s’inscrit dans cette dynamique, en combinant biologie synthétique, intelligence artificielle, chimie industrielle et mise à l’échelle pour créer des matériaux adaptés aux besoins d’industries en pleine mutation.

Dans un contexte mondial marqué par la nécessité de réduire la dépendance aux énergies fossiles et de développer des solutions plus durables, des initiatives comme celle de Pegasus Materials ouvrent la voie à un avenir où les matériaux de haute performance seront issus d’une symbiose entre science, technologie et biologie. Et la course à l’innovation ne fait que commencer.

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