Publié le 27 octobre 2025 06:50:00. La Cour suprême indienne s’est interrogée ce lundi sur la possibilité d’engager des poursuites pour outrage contre un avocat qui avait tenté de lancer une chaussure sur le juge en chef, malgré le fait que ce dernier ait choisi de ne pas porter plainte. L’affaire soulève des questions sur les pouvoirs de la Cour et la glorification potentielle d’un acte de contestation.
- La Cour suprême examine si elle peut poursuivre un avocat pour outrage après qu’il ait tenté de lancer une chaussure sur le juge en chef.
- L’Association du Barreau de la Cour Suprême (SCBA) demande également des mesures pour limiter la diffusion d’images et de commentaires glorifiant l’incident sur les réseaux sociaux.
- Le juge en chef avait initialement choisi de ne pas engager de poursuites, mais l’avocat a ensuite donné des interviews se vantant de son geste.
La Cour suprême indienne a été confrontée lundi à une question délicate : peut-elle engager une procédure pour outrage contre l’avocat Rakesh Kishore, qui avait tenté de lancer une chaussure sur le juge en chef BR Gavai le 6 octobre dernier ? L’incident, survenu en plein audience, avait suscité l’émoi et de vives réactions, mais le juge en chef avait initialement choisi de ne pas porter plainte.
L’affaire a été portée devant un collège de juges composé de Surya Kant et Joymalya Bagchi par l’Association du Barreau de la Cour Suprême (SCBA). L’avocat principal de la SCBA, Vikas Singh, a plaidé pour que des poursuites soient engagées contre Kishore et pour que des mesures soient prises afin de limiter la diffusion sur les réseaux sociaux de contenus glorifiant cet acte.
« Même si le juge en chef a initialement décidé de ne pas porter plainte, Kishore a ensuite accordé des interviews aux médias se vantant de son acte et promettant de le répéter. Tout cela est glorifié. Le tribunal a suffisamment de pouvoirs pour garantir que cela ne se reproduise plus. »
Vikas Singh, avocat principal de la SCBA
Le juge Surya Kant a reconnu que le comportement de Kishore « équivalait à un outrage criminel grave et grave », mais a exprimé des doutes quant à la pertinence d’une action de la Cour alors que le juge en chef avait déjà fait preuve de clémence. Il a cependant souligné l’importance de s’attaquer à la glorification de l’incident.
Vikas Singh a insisté sur le fait que la grâce accordée par le juge en chef était un acte individuel et ne pouvait engager l’institution judiciaire dans son ensemble. Il a également mis en garde contre le risque que Kishore soit encouragé par l’absence de sanctions.
« C’est à titre individuel… nous, en tant que partie intégrante de cette institution, ne pouvons pas laisser passer l’incident… les gens font des blagues à ce sujet. S’il n’exprime pas de remords, envoyez-le en prison d’ici seulement. »
Vikas Singh, avocat principal de la SCBA
Le juge Kant s’est interrogé sur l’opportunité d’accorder une attention excessive à Kishore, craignant que cela ne serve qu’à amplifier sa notoriété. Le juge Joymalya Bagchi a soulevé une question juridique fondamentale : une autre juridiction peut-elle engager des poursuites pour outrage après que le juge directement visé a renoncé à le faire ?
« Lancer une chaussure ou crier des slogans sont des actes méprisants aux yeux du tribunal en vertu de l’article 14. Dans de tels cas, il appartient au juge concerné de décider s’il doit initier l’outrage. Le juge en chef, dans sa magnanimité, a choisi d’ignorer. Est-il du ressort d’un autre tribunal ou même du procureur général de donner son consentement pour outrage ? Veuillez consulter l’article 15. »
Juge Joymalya Bagchi
Le solliciteur général Tushar Mehta, soutenant les préoccupations de la SCBA, a conseillé de ne pas relancer la controverse, estimant que toute nouvelle attention médiatique pourrait prolonger la durée de vie de l’incident et permettre à Kishore de se présenter comme une victime.
La Cour a finalement décidé de ne pas engager de poursuites pour outrage dans l’immédiat, mais a indiqué qu’elle envisagerait d’émettre des directives pour prévenir la glorification de tels actes. L’affaire a été ajournée d’une semaine. Une requête distincte déposée par l’évangéliste Dr KA Paul a été jugée irrecevable.
Référence de l’affaire : ASSOCIATION DU BARREAU DE LA COUR SUPRÊME c. RAKESH KISHORE | CONMT.PET.(Crl.) N° 1/2025
Contexte : L’incident survenu le 6 octobre a choqué la communauté juridique indienne. Selon des témoignages, Kishore aurait crié des slogans tels que « L’Inde ne tolérera pas de manque de respect envers le Sanatan Dharma » (« Sanatan Dharam ka apmaan nahi sahega Hindustan ») alors qu’il était escorté hors de la salle d’audience. L’incident a été condamné par de nombreux dirigeants politiques, notamment le Premier ministre Narendra Modi, Rahul Gandhi, et Mallikarjun Kharge.
L’Association du Barreau de la Cour Suprême avait initialement déposé une requête demandant des poursuites pour outrage, et le procureur général de l’Inde avait donné son accord pour engager la procédure. Cependant, la Cour a exprimé des réserves quant à l’opportunité de relancer l’affaire, compte tenu de la décision du juge en chef de ne pas porter plainte.
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