Publié le 2025-10-29 04:45:00. Un hôpital militaire ukrainien, construit à sept mètres de profondeur près du front de Pokrovsk, a été ciblé par des bombardements russes, faisant une victime. Ces installations souterraines, essentielles pour le traitement des blessés, sont devenues une cible de choix pour l’armée russe, qui utilise de plus en plus de drones dans ses attaques.
- Des bombardements russes ont frappé un hôpital militaire souterrain près de Pokrovsk, tuant un anesthésiste.
- L’utilisation de drones par l’armée russe a considérablement augmenté le nombre de blessures, dépassant désormais les blessures causées par les mines antipersonnel.
- Ces hôpitaux, financés par le plus riche homme d’affaires du pays, Rinat Akhmetov, sont cruciaux pour la stabilisation des soldats blessés au front.
L’hôpital souterrain, inauguré l’été dernier, a résisté aux trois bombes guidées larguées par l’aviation russe fin septembre. Malgré l’intégrité structurelle des installations, l’attaque a coûté la vie à Stanislav, un anesthésiste de 32 ans, touché alors qu’il sortait fumer une cigarette. L’armée ukrainienne s’efforce de maintenir le secret sur l’emplacement de ces centres de soins, qui sont constamment surveillés par les forces russes.
Selon le commandant des Forces médicales, Roman Kuziv, 36 ans, la localisation de ces hôpitaux n’est un secret pour personne.
« Les Russes savent parfaitement où ils se trouvent. »
Roman Kuziv, commandant des Forces médicales
Le flux constant de blessés, 24 heures sur 24, rend leur dissimulation difficile. La circulation des véhicules et la surveillance aérienne par drones permettent aux deux camps de suivre de près les mouvements de l’autre.
L’évolution du conflit a vu les engins sans pilote prendre une importance croissante dans les opérations offensives et de renseignement, avec un impact direct sur la nature des blessures. Il y a deux ans, les mines antipersonnel étaient la principale cause de blessures dans ces centres de santé. Aujourd’hui, plus de la moitié des blessés sont victimes de drones, suivis par l’artillerie et les bombardements aériens, tandis que les blessures par balle ne représentent que 2 % des cas, selon les données fournies par le Dr. Kuziv. Ievgenii, 35 ans, chirurgien et chef de l’hôpital souterrain, confirme cette tendance, juste avant l’arrivée de trois nouveaux patients via la rampe d’accès de trente mètres.
Les patients sont identifiés par des numéros, marqués sur un ruban adhésif, tandis que leurs effets personnels sont stockés dans des sacs en attendant leur évacuation. Les données de chaque patient sont enregistrées sur des tablettes électroniques, selon une procédure bien rodée par l’équipe d’une vingtaine de personnes. Certains soldats expriment leur douleur, d’autres sont trop affaiblis pour réagir.
Le cas le plus grave de la journée, le patient numéro 14, souffre d’une blessure grave au bras gauche, avec une fracture de l’humérus causée par l’impact d’un drone, ainsi que de multiples éclats d’obus dans le corps. Une dizaine d’ambulanciers se sont immédiatement affairés autour de lui pour le stabiliser.
« Nous avons sauvé son bras en reliant les artères avec des tubes en plastique pour qu’il puisse atteindre l’hôpital en toute sécurité, à Dnipro, à environ deux heures de route. »
Ievgenii, chirurgien et chef de l’hôpital souterrain
Le chirurgien souligne que le militaire a perdu une quantité importante de sang avant de pouvoir bénéficier de soins appropriés, malgré l’application d’un garrot.
Le Dr. Ievgenii se souvient avec émotion de certains cas qui l’ont particulièrement marqué, notamment les patients décédés sous ses soins. Malgré cela, ce médecin, qui a embrassé la médecine militaire en 2022, affirme n’avoir jamais
envisagé d’abandonner sa profession.
« C’est ma vie. »
Ievgenii, chirurgien et chef de l’hôpital souterrain
Il reconnaît toutefois que ces trois dernières années l’ont rendu plus froid et plus pragmatique.
Les médecins de combat, qui accompagnent les militaires sur le terrain, sont les premiers à prodiguer des soins d’urgence. Cependant, l’évacuation des blessés reste un défi majeur, explique le Dr. Kuziv, en particulier en raison de l’activité des drones qui a élargi la zone de mort
(zone de danger maximal). Le retrait des victimes de la ligne de front peut prendre des heures, voire des jours, mettant leur vie en danger.
Les blessures des patients 12 et 13 sont survenues dans ces circonstances. Sergueï, 25 ans, soigné pour une blessure à la jambe, raconte avoir été touché par un tir d’artillerie alors qu’il se trouvait dans un véhicule près de Pokrovsk, lors d’une rotation de personnel et de l’évacuation de 12 blessés.
L’utilisation accrue des drones a non seulement modifié la nature des blessures, mais aussi la manière dont les militaires sont déployés sur le champ de bataille. Ils opèrent désormais en petits groupes dispersés, ce qui rend difficile la présence constante de médecins de combat à leurs côtés. Le Dr. Kuziv insiste sur la nécessité d’élargir la formation médicale et de premiers secours pour tous les soldats. Il estime qu’il est absurde d’enseigner aux soldats uniquement à tuer, sans leur apprendre à sauver des vies.
Le Dr. Kuziv, médecin militaire depuis huit ans, est à l’origine de la création de ces cliniques souterraines, dont il existe déjà deux. Depuis le début de l’invasion russe en 2022, il a également mis en place un système de communication modernisé grâce à des tablettes. Il montre sur son téléphone portable une liste complète des blessés, leurs lieux d’évacuation et les temps de trajet. Il est désormais responsable de la coordination médicale dans cinq régions de l’Est : Kharkiv, Louhansk, Donetsk, Zaporijjia et Dnipro, supervisant 10 000 soldats et une centaine de postes de stabilisation. Sa vie est rythmée par des déplacements constants sur le terrain, à bord d’un véhicule blindé, et des changements fréquents de résidence.
« Mon peuple doit bien travailler. »
Roman Kuziv, commandant des Forces médicales
Il explique lors d’une visite des installations hospitalières, une forteresse construite en bois de 350 mètres carrés, équipée de sept sorties de secours et d’un puits d’eau de 37 mètres de profondeur. L’équipe permanente, composée de médecins, d’infirmiers, de chauffeurs et d’agents de sécurité, compte environ 25 personnes. Il présente les salles de bain, les douches, les lits superposés, le coin café et la salle à manger, avant de rejoindre les salles d’opération aménagées dans une structure en rondins de pin. Une équipe d’une vingtaine d’ouvriers a mis deux mois à construire ce centre.
« Si j’ai tout le matériel nécessaire, j’organise trois équipes qui travaillent 24 heures sur 24 et nous pouvons terminer une de ces cliniques en une semaine ou dix jours. »
Roman Kuziv, commandant des Forces médicales
Les installations ont été financées par Metinvest, le plus grand groupe industriel d’Ukraine, dont le principal actionnaire est Rinat Akhmetov. Le coût, hors matériel, s’élève à environ 12 millions de hryvnias (environ 250 000 euros), un prix dérisoire comparé à la valeur d’une vie humaine, conclut le Dr. Kuziv.
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