Publié le 2024-02-29 14:15:00. Des chercheurs français ont mis au point un vaccin expérimental qui pourrait offrir une protection durable contre l’anaphylaxie, une réaction allergique potentiellement mortelle, en bloquant la réponse excessive du système immunitaire.
Pour des centaines de millions de personnes à travers le monde, le risque d’anaphylaxie est une préoccupation constante. Les allergies alimentaires, notamment aux arachides et aux crustacés, sont des facteurs de risque courants. Aux Pays-Bas, environ 3 % de la population – soit près d’un demi-million de personnes – souffrent d’allergies alimentaires.
Actuellement, les options pour prévenir les réactions anaphylactiques sont limitées à l’évitement de l’allergène ou à des traitements coûteux et contraignants comme l’immunothérapie orale ou les anticorps monoclonaux anti-IgE (tels que l’omalizumab), qui nécessitent des injections régulières, parfois à vie.
Une équipe dirigée par l’immunologiste Laurent Réber de l’Institut des maladies infectieuses et inflammatoires en France a développé un vaccin, baptisé IgE-K, qui stimule le système immunitaire à produire des anticorps ciblant les immunoglobulines E (IgE). Ces anticorps neutralisent les IgE, empêchant ainsi leur liaison aux cellules immunitaires et déclenchant une réaction allergique incontrôlable.
« Nous voulions trouver une solution qui fonctionne sur le long terme. Si vous souffrez d’allergies alimentaires, vous pouvez toujours entrer accidentellement en contact avec ce à quoi vous êtes allergique. C’est pourquoi il est essentiel d’être protégé en permanence »
Laurent Réber, immunologiste
Les tests ont été menés sur des souris génétiquement modifiées pour produire une version humaine des IgE. Après deux doses du vaccin, les souris ont développé des anticorps neutralisants contre les IgE. Lorsqu’elles ont ensuite été exposées à une substance allergène, les souris vaccinées sont restées protégées contre l’anaphylaxie pendant au moins un an, sans effets secondaires apparents.
Selon l’immunologiste Josh Koenig de l’Université McMaster en Ontario, Canada, « Cela bloque la molécule qui nous rend allergique ». Il souligne que les souris ont produit des anticorps qui se lient correctement à la molécule IgE humaine, ce qui laisse présager une efficacité potentielle chez l’homme.
Les IgE font partie du système immunitaire et jouent un rôle dans la défense contre les toxines et certains parasites intestinaux. Les chercheurs ont d’ailleurs constaté que le vaccin renforçait la réponse immunitaire à l’infection par Strongyloides ratti, un ver nématode parasite.
Réber souligne que de nombreux patients à risque élevé de réactions allergiques graves reçoivent des traitements anti-IgE depuis des années sans effets secondaires majeurs, ce qui suggère que la manipulation de cette molécule est sûre sur le long terme.
Des essais cliniques sont désormais nécessaires pour évaluer la sécurité, l’efficacité et la durée d’action du vaccin chez l’homme. Si les résultats sont positifs, ce vaccin pourrait constituer une alternative plus abordable et moins contraignante que les traitements actuels, nécessitant moins d’injections que des médicaments comme l’omalizumab.
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