Publié le 18 novembre 2025 à 06h10. Des chercheurs ont identifié une protéine, Capicua, qui joue un rôle crucial dans le développement et la résistance aux traitements des cancers du poumon liés à des mutations génétiques spécifiques, ouvrant la voie à de nouvelles stratégies thérapeutiques.
- Une équipe du Centre de Recherche sur le Cancer a découvert que la protéine Capicua agit comme une barrière naturelle contre la formation de tumeurs pulmonaires présentant des mutations dans les gènes KRAS et TP53.
- L’étude révèle que les tumeurs peuvent contourner cette protection en multipliant les copies du gène KRAS, et que la perte de Capicua favorise la résistance aux traitements.
- La restauration de l’activité de Capicua ou le ciblage des mécanismes qui compensent sa perte pourraient permettre de freiner la progression tumorale et de redonner aux cellules cancéreuses leur sensibilité aux médicaments.
Une avancée majeure dans la lutte contre le cancer du poumon vient d’être réalisée par une équipe de chercheurs du Centre de Recherche sur le Cancer (CSIC-USAL-FICUS). Leurs travaux, publiés dans la revue EMBO Molecular Medicine, mettent en lumière le rôle essentiel d’une protéine, nommée Capicua, dans la prévention du développement tumoral et la sensibilité aux traitements chez les patients atteints de cancers du poumon porteurs de mutations dans les gènes KRAS et TP53.
Les chercheurs ont démontré que Capicua agit comme un frein naturel à la transformation maligne induite par ces altérations génétiques. Le laboratoire dirigé par Matthias Drosten, spécialisé dans la biologie du cancer du poumon et le développement de nouvelles thérapies, a constaté que les tumeurs peuvent surmonter cette barrière protectrice en augmentant le nombre de copies du gène KRAS. Dans ce contexte, la perte de Capicua s’avère directement liée à l’acquisition d’une résistance aux traitements.
Cette découverte ouvre des perspectives thérapeutiques prometteuses. Selon les chercheurs, il serait possible d’inverser la prolifération tumorale et de restaurer la sensibilité aux médicaments en restaurant l’activité inhibitrice de Capicua ou en ciblant les facteurs qui compensent sa perte.
« Nous avons découvert que Capicua est bien plus qu’un simple acteur secondaire de la voie oncogène KRAS. Elle ouvre de nouvelles opportunités pour intervenir dans les phases précoces de la maladie »,
Matthias Drosten
Drosten ajoute : « Une fois sa fonction de répression perdue, la croissance tumorale s’accélère et, en outre, une résistance apparaît à des médicaments auparavant efficaces. »
Un défi clinique et une opportunité thérapeutique
Le gène KRAS est l’un des oncogènes les plus étudiés et est impliqué dans environ 30 % des cancers humains. Jusque récemment, ces cancers étaient souvent considérés comme incurables. Bien que des thérapies ciblées aient été approuvées, la plupart des tumeurs finissent par développer une résistance à ces traitements.
Pour valider leurs découvertes, l’équipe a mené des expériences sur des modèles animaux, en utilisant des souris génétiquement modifiées pour reproduire les mutations observées dans les cancers humains. Ces investigations ont permis d’étudier de manière contrôlée l’impact de la perte de fonction de Capicua et de l’amplification de KRAS sur le développement tumoral, ainsi que de tester de nouvelles stratégies thérapeutiques. Tous les protocoles expérimentaux ont été approuvés par les comités d’éthique compétents et respectaient les réglementations internationales en matière de bien-être animal.
L’identification de mutations ou d’altérations fonctionnelles de Capicua pourrait ainsi permettre d’anticiper l’apparition de résistances et de personnaliser les traitements en fonction du profil moléculaire de chaque tumeur. Irene Ballesteros-González, première auteure de l’étude, souligne :
« Grâce aux modèles expérimentaux utilisés dans cette recherche, des combinaisons pharmacologiques ont été testées. De plus, il a été démontré que la réactivation de Capicua, ainsi que l’utilisation d’inhibiteurs métaboliques spécifiques, peuvent resensibiliser les tumeurs résistantes aux médicaments conventionnels. »
Irene Ballesteros-González, première auteure de l’étude
Ces résultats soulignent l’importance de la recherche multidisciplinaire et de l’utilisation de modèles expérimentaux avancés pour mieux comprendre les mécanismes de résistance et de progression tumorale.
L’étude a été financée principalement par le ministère de la Science, de l’Innovation et des Universités par l’intermédiaire de l’Agence nationale de recherche, de la Fondation scientifique de l’Association espagnole contre le cancer, de l’Institut de santé Carlos III, de la Communauté de Madrid et du Conseil européen de la recherche (ERC).
