Publié le 8 novembre 2025 à 15h53. Les banques polonaises verront leur impôt sur les sociétés augmenter progressivement sur les trois prochaines années, une mesure destinée à gonfler les recettes publiques mais qui suscite des inquiétudes quant à son impact sur l’économie et les consommateurs.
- L’impôt sur les sociétés des banques passera de 19 % à 30 % en 2026, puis diminuera à 26 % en 2027 et 23 % en 2028.
- Le gouvernement justifie cette augmentation par la nécessité de financer les programmes sociaux et les dépenses de défense, soulignant les bénéfices record du secteur bancaire en 2024.
- Des économistes mettent en garde contre des conséquences négatives pour les clients, avec une hausse des taux d’intérêt, des frais bancaires plus élevés et un accès plus difficile au crédit.
Le Sejm a adopté un amendement à la loi modifiant la loi sur l’impôt sur les sociétés et la loi sur l’impôt sur certaines institutions financières, introduisant cette augmentation progressive de l’impôt sur les sociétés pour les banques. Le projet de loi a ensuite été examiné par le Sénat RP, qui l’a approuvé avec des amendements le 6 novembre. Ces changements devraient entrer en vigueur début 2026, avec des effets pleinement ressentis quelques mois plus tard.
Selon les estimations du gouvernement, cette nouvelle fiscalité devrait rapporter 6,6 milliards de PLN (zlotys polonais) supplémentaires au budget de l’État dès l’année prochaine, et un total de 14,8 milliards de PLN sur les dix prochaines années. Cette manne financière est présentée comme essentielle pour financer les programmes sociaux et, en particulier, les dépenses liées à la défense nationale.
Le gouvernement justifie cette décision en mettant en avant les bénéfices exceptionnels réalisés par les banques polonaises. Il cite des données de l’Office central des statistiques qui font état d’un résultat net de 42 milliards de PLN pour le secteur bancaire en 2024, soit une augmentation de 51,9 % par rapport aux 27,6 milliards de PLN enregistrés en 2023. Le gouvernement estime donc que le secteur bancaire est en mesure de supporter une charge fiscale supplémentaire.
« Compte tenu (…) des circonstances du marché et de la nécessité d’augmenter les recettes budgétaires pour financer des dépenses de défense sans précédent, il faut supporter la charge fiscale supplémentaire d’un groupe de contribuables qui obtiennent des bénéfices sans précédent dans le contexte de la situation actuelle. »
Gouvernement polonais
Cependant, cette approche est vivement critiquée par les économistes et d’anciens responsables politiques, qui préviennent des conséquences néfastes pour l’économie et l’épargne des citoyens. Ils craignent que les coûts de cette augmentation d’impôt ne soient répercutés sur les particuliers et les entreprises, sous la forme de prêts plus coûteux, de frais bancaires plus élevés et d’un accès plus restreint au financement.
Marcin Zielinski, président du Forum de Développement Civique, souligne que le gouvernement se concentre uniquement sur les bénéfices nominaux des banques, sans tenir compte de leur rentabilité réelle. Il estime que le rendement des capitaux propres est un indicateur plus pertinent pour évaluer la santé du secteur.
« La bonne mesure est le rendement des capitaux propres (…) En 2024, il était inférieur à 15 % et ce n’est pas une rentabilité très élevée, elle est bien inférieure à celle, par exemple, d’avant la crise financière (en 2008). »
Marcin Zielinski, président du Forum de Développement Civique
M. Zielinski a également attiré l’attention sur l’impact immédiat de l’annonce de cette augmentation d’impôt sur la valeur des actions bancaires, qui a chuté de 8 milliards de PLN, soit plus de 500 PLN par membre moyen d’un fonds de pension (OFE). Il souligne que ce sont donc les familles polonaises qui ont déjà subi les premières conséquences de cette décision.
Mateusz Michnik, un autre expert du Forum de Développement Civique, met en avant le problème des dépenses excessives de l’État, estimant que la Pologne n’a pas besoin de nouveaux impôts, mais plutôt d’une réduction des dépenses publiques. Il critique notamment les dépenses sociales non conditionnées, comme le programme 800+, et les subventions accordées aux mines de charbon non rentables.
Leszek Balcerowicz, ancien vice-premier ministre et ministre des Finances, fondateur du Forum de développement civique, est encore plus direct dans sa critique. Il met en garde contre le risque d’un secteur financier sous-développé et d’un secteur budgétaire envahi, une combinaison qui, selon lui, ne peut que conduire à des difficultés économiques.
« Il est difficile d’imaginer un développement économique plus important, plus rapide et à long terme sans une plus grande participation d’un secteur financier unifié. »
Leszek Balcerowicz, ancien vice-premier ministre et ministre des Finances
Le ministère des Finances souligne que les banques sont déjà parmi les plus gros contributeurs à l’impôt sur les sociétés en Pologne. En 2024, les principales institutions bancaires ont versé les sommes suivantes au budget de l’État :
- Banque Pekao – plus de 1,9 milliard de PLN
- Santander Bank Polska – plus de 1,5 milliard de PLN
- ING Bank Śląski – plus de 828,4 millions de PLN
- mBank – plus de 736,7 millions de PLN
- Alior Bank – plus de 557 millions de PLN
- Millennium – plus de 339,3 millions de PLN
- Deutsche Bank Polska – environ 288 millions de PLN
- PKO BP (groupe de capitaux) – 2,5 milliards de PLN
Parallèlement à l’augmentation de l’impôt sur les sociétés, le projet de loi prévoit une réduction de la taxe bancaire, qui passera de 0,0366 % à 0,0329 % en 2027 et à 0,0293 % en 2028. Le gouvernement présente cette mesure comme une forme de compensation, mais les économistes estiment que les bénéfices de cette réduction seront largement inférieurs aux pertes engendrées par l’augmentation de l’impôt sur les sociétés.

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