Publié le 17 octobre 2025 20h00. Contrairement aux idées reçues, la soixantaine pourrait bien être l’âge où nos capacités cognitives et émotionnelles atteignent leur apogée, selon une nouvelle étude qui remet en question les préjugés liés au vieillissement.
- Les fonctions cognitives complexes, comme la résolution de problèmes et le leadership, sont souvent optimales entre 55 et 60 ans.
- Certaines qualités, telles que la conscience et la stabilité émotionnelle, continuent de s’améliorer et atteignent leur pic plus tard dans la vie, vers 65 et 75 ans respectivement.
- L’âge ne devrait pas être un frein à l’embauche ou à la rétention des talents, et les évaluations devraient se concentrer sur les compétences individuelles plutôt que sur des hypothèses basées sur l’âge.
L’idée que le déclin cognitif commence dès la quarantaine est profondément ancrée dans les mentalités. Pourtant, une recherche récente, menée par Gilles E. Gignac et ses collègues et publiée dans la revue Intelligence (https://doi.org/10.1016/j.intell.2025.101961), suggère une réalité bien différente. L’étude révèle que, pour de nombreuses personnes, le fonctionnement psychologique général atteint son apogée entre 55 et 60 ans.
L’équipe de recherche a analysé les trajectoires de 16 dimensions psychologiques clés, allant du raisonnement à l’intelligence émotionnelle, en passant par les cinq grands traits de personnalité (extraversion, stabilité émotionnelle, conscience, ouverture à l’expérience et agrément). En compilant des données issues de vastes études existantes, les chercheurs ont pu cartographier l’évolution de ces traits tout au long de la vie.
Les résultats sont surprenants : si certaines capacités cognitives, comme la vitesse de traitement de l’information, peuvent diminuer avec l’âge, d’autres continuent de progresser. La conscience, par exemple, culmine vers 65 ans, tandis que la stabilité émotionnelle atteint son pic autour de 75 ans. Des dimensions moins souvent évoquées, comme le raisonnement moral et la capacité à résister aux biais cognitifs, semblent également s’améliorer avec l’âge, jusqu’à 70 ou 80 ans.
En combinant ces différentes dimensions dans un indice global, l’étude a révélé que le fonctionnement mental général atteint son apogée entre 55 et 60 ans, avant de commencer un lent déclin après 65 ans. Ce déclin s’accélère après 75 ans, ce qui suggère que les réductions de capacités à un âge avancé pourraient être plus rapides une fois qu’elles ont commencé.
Ces découvertes pourraient expliquer pourquoi les postes de direction les plus exigeants sont souvent occupés par des personnes d’âge mûr. Bien que certaines compétences diminuent avec l’âge, elles sont compensées par le développement d’autres qualités essentielles, telles que le jugement et la prise de décision réfléchie.
Cependant, les travailleurs plus âgés se heurtent souvent à des obstacles lorsqu’ils tentent de se réinsérer sur le marché du travail après une perte d’emploi. Les employeurs peuvent hésiter à embaucher des personnes dans la cinquantaine, considérant qu’elles seront bientôt à la retraite. L’Organisation australienne de l’emploi et des compétences souligne les défis auxquels sont confrontés les travailleurs expérimentés.
Certaines professions, comme les pilotes de ligne et les contrôleurs aériens, sont soumises à des limites d’âge strictes. L’Organisation de l’aviation civile internationale a fixé un âge de la retraite à 65 ans pour les pilotes de ligne internationaux, et de nombreux pays exigent que les contrôleurs aériens prennent leur retraite entre 56 et 60 ans (CNN). Ces limites sont justifiées par les exigences élevées en matière de mémoire et d’attention dans ces professions.
Il est important de noter que les expériences individuelles varient. Des recherches antérieures (DOI: 10.1016/j.intell.2012.02.008) ont montré que certains adultes conservent leurs capacités cognitives plus longtemps que d’autres. L’âge ne détermine donc pas à lui seul le fonctionnement cognitif global.
En conclusion, cette étude plaide pour une approche plus nuancée de l’âge et des compétences. Il est temps de dépasser les hypothèses basées sur l’âge et de reconnaître que de nombreuses personnes disposent d’atouts précieux à la quarantaine, à la cinquantaine et au-delà. Comme l’a démontré Charles Darwin en publiant L’Origine des espèces à 50 ans, ou Ludwig van Beethoven en composant sa Neuvième Symphonie à 53 ans, l’âge n’est pas un obstacle à la créativité et à la réussite. Plus récemment, Lisa Su, 55 ans, a mené une transformation spectaculaire chez Advanced Micro Devices.
*Gilles E. Gignac est professeur agrégé de psychologie à l’Université d’Australie occidentale.
Cet article a été initialement publié dans La Conversation. Pour lire l’article original, cliquez ici.
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