Home AffairesVous avez 65 ans et vous êtes obligé de prendre votre retraite ; peuvent-ils faire ça ? – Le temps irlandais

Vous avez 65 ans et vous êtes obligé de prendre votre retraite ; peuvent-ils faire ça ? – Le temps irlandais

by Amélie Bernard

Publié le 13 novembre 2025 à 10h02. La question du départ à la retraite à 65 ans est de plus en plus contestée en Irlande, avec une incertitude juridique croissante et une inquiétude grandissante chez les travailleurs souhaitant prolonger leur activité professionnelle.

  • Un nouveau projet de loi pourrait permettre aux salariés du secteur privé de travailler jusqu’à 70 ans.
  • Les entreprises ayant des politiques de retraite claires et appliquées ont plus de chances de gagner des litiges devant les tribunaux.
  • Le gouvernement encourage les travailleurs âgés à rester actifs pour atténuer les tensions sur le marché du travail et réduire la dépendance financière des retraités.

La retraite à 65 ans n’est plus une certitude pour de nombreux Irlandais. Entre des décisions de justice ambiguës, des contrats de travail parfois flous et un besoin économique de maintenir une population active, la situation est source d’anxiété et de litiges. Plusieurs lecteurs ont témoigné de pressions pour quitter leur emploi une fois la cinquantaine passée, malgré leur volonté et leur capacité à continuer à travailler.

Les récentes affaires portées devant la Commission des relations sur le lieu de travail (WRC) et le Tribunal du travail montrent que les entreprises qui ont clairement défini l’âge de la retraite dans les contrats de leurs employés, ou qui ont mis en place des politiques rigoureuses, sont plus susceptibles de l’emporter en cas de contestation. Cependant, des incohérences dans l’application de ces politiques peuvent remettre en cause ces décisions.

Un projet de loi sur l’emploi (âges contractuels de la retraite) est attendu en 2025. Il pourrait permettre aux travailleurs du secteur privé de prolonger leur carrière jusqu’à 70 ans, une possibilité déjà offerte à la majorité des fonctionnaires. Ce texte vise à répondre à un vide financier pour certains, qui se retrouvent contraints de prendre leur retraite avant de pouvoir bénéficier de leur pension de l’État (versée à 66 ans). D’autres souhaitent simplement continuer à travailler pour des raisons personnelles, intellectuelles ou financières.

L’accès à la carte médicale, désormais soumis à des conditions de ressources, même pour les plus de 70 ans, est également un facteur incitant certains à prolonger leur activité professionnelle.

Sur le plan économique, le gouvernement est conscient de la nécessité d’une population active plus âgée pour faire face aux défis du marché du travail et réduire la pression sur les finances publiques. Un récent document de travail gouvernemental, intitulé “Inactive Population and the Labour Market”, propose des mesures ciblées pour les travailleurs âgés, telles que des options de travail flexibles, une retraite progressive, des incitations à l’épargne-retraite, des programmes de formation et de reconversion, ainsi que des aides à la garde d’enfants et au logement abordable pour faciliter le retour sur le marché du travail.

Au deuxième trimestre de cette année, 1,5 million de personnes âgées de 15 ans et plus étaient considérées comme inactives, c’est-à-dire qu’elles ne travaillaient pas et ne cherchaient pas activement un emploi. Près de la moitié de ce groupe avait plus de 65 ans, mais le groupe d’âge le plus actif (25 à 54 ans) représentait 18 % de la population inactive (266 800 personnes). La majorité de ce groupe était composée de femmes (191 400), soulignant les disparités de genre en matière d’emploi.

Plusieurs témoignages recueillis par nos lecteurs illustrent ces difficultés. Barbara*, une employée d’une organisation à but non lucratif, excelle dans son travail mais sera contrainte de prendre sa retraite à la fin de l’année, malgré sa forme physique et son dynamisme intellectuel. Elle a vu sa demande de prolongation d’activité, même à temps partiel, être refusée.

« Ils ont organisé un entretien pour un remplaçant, mais personne n’a été désigné pour le moment. Ils vont donc faire appel à du personnel intérimaire. C’est désolant de la voir partir alors qu’elle ne veut vraiment pas s’arrêter. »

Mary*, collègue de Barbara*

Daniel*, travaillant dans le secteur caritatif depuis 18 ans, constate une diminution des opportunités professionnelles avec l’âge. Il se sent progressivement marginalisé et constate que ses candidatures reçoivent rarement une réponse favorable.

« Je me suis retrouvé soit indésirable, soit marginalisé, voire épuisé par intermittence. Les opportunités de quitter et de recommencer un nouvel emploi semblent soudainement rares. Bien que présentant de l’expérience et des qualifications, la plupart des candidatures que j’ai envoyées ne suscitent pas de réponse de la part des employeurs. Dans le vide, on est obligé de conclure que l’âge doit effectivement être un facteur. »

Daniel*, employé du secteur caritatif

Seán Redmond, travaillant dans le secteur technologique en Suisse, craint de bloquer la progression de carrière des plus jeunes s’il continue à travailler jusqu’à 70 ans. Il envisage de proposer à la direction d’embaucher deux jeunes collaborateurs qu’il formerait avant de prendre sa retraite.

« J’aime mon travail, c’est pourquoi je n’ai pas hâte de devoir l’arrêter. J’aime aussi le salaire qu’il donne. Nous venons de faire isoler le toit et d’y installer 38 panneaux solaires. Une pompe à chaleur est la prochaine étape et nous devons économiser pour cela. »

Seán Redmond, employé du secteur technologique

Si vous êtes confronté à une situation de retraite forcée, vous pouvez obtenir des conseils gratuits auprès de votre centre de conseil juridique local (Flac) au 01-906 1010. Les syndiqués peuvent également contacter leur représentant. Enfin, les services gouvernementaux Intreo et Skills Connect Ireland peuvent vous aider à retrouver un emploi ou à vous former à de nouvelles compétences. Vous trouverez plus d’informations sur le site web du gouvernement irlandais.

Margaret E Ward est directrice générale de Clear Eye, un cabinet de conseil en leadership. [email protected]

*Les noms ont été modifiés pour préserver l’anonymat

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