Publié le 21 octobre 2025 06:37:00. Une nouvelle étude révèle un circuit cérébral impliquant l’hormone leptine qui permettrait de surmonter l’anxiété et de maintenir des comportements essentiels comme l’alimentation et l’exploration, ouvrant des perspectives pour le traitement de troubles anxieux et des troubles du comportement alimentaire.
- Des chercheurs ont identifié un circuit dans l’hypothalamus latéral sensible à la leptine, une hormone régulant l’appétit et l’équilibre énergétique.
- Ce circuit aide à contrer l’anxiété et à favoriser des comportements adaptatifs, même dans des situations stressantes.
- L’étude suggère que la modulation de ce circuit pourrait offrir de nouvelles pistes thérapeutiques pour l’anorexie mentale et d’autres troubles anxieux.
L’anxiété, bien qu’étant un mécanisme de protection naturel, peut parfois entraver des fonctions vitales comme l’alimentation ou conduire à des comportements inadaptés. Une équipe de l’Université de Cologne a mis en lumière un mécanisme cérébral clé qui permettrait de mieux gérer cette anxiété et de retrouver des comportements essentiels. Les résultats de cette recherche, publiés dans la revue Natural Neuroscience, pourraient ouvrir la voie à de nouvelles approches thérapeutiques.
La leptine, une hormone produite par les cellules graisseuses, joue un rôle crucial dans la régulation de l’appétit et de l’équilibre énergétique. Elle agit sur le cerveau en se fixant sur des récepteurs présents sur certains neurones, notamment dans l’hypothalamus latéral, une région impliquée dans la régulation du comportement alimentaire. L’étude menée par le professeur Dr Tatiana Korotkova et son équipe a révélé que l’activité de ces neurones sensibles à la leptine est étroitement liée à la capacité à surmonter l’anxiété.
Pour parvenir à ces conclusions, les chercheurs ont utilisé des microscopes miniatures pour observer l’activité de neurones individuels chez des souris explorant différents environnements. Ils ont constaté que l’activité de ces neurones augmentait lorsque les animaux surmontaient leur anxiété et s’aventuraient dans des zones potentiellement dangereuses ou s’approchaient de sources de nourriture. En stimulant artificiellement cette activité, ils ont pu observer une augmentation de l’exploration et une reprise de l’alimentation dans des contextes anxiogènes.
« Nous avons imagé l’activité des neurones détectant la leptine alors que des souris étaient confrontées à des situations susceptibles de provoquer de l’anxiété. Nous avons vu que ces neurones sont activés chaque fois que les animaux surmontent leur anxiété et explorent librement les zones exposées ou s’approchent de la nourriture qui s’y trouve. Lorsque nous avons stimulé cette activité, les souris ont exploré davantage et ont pu manger dans des contextes difficiles – des signes clairs que ce circuit aide à dépasser l’anxiété pour soutenir un comportement adaptatif et axé sur un objectif. »
Rebecca Figge-Schlensok, doctorante, Université de Cologne
L’étude a également révélé un rôle important du cortex préfrontal, une région du cerveau impliquée dans le contrôle cognitif. Chez les souris les plus anxieuses, une augmentation de l’activité du cortex préfrontal inhibait l’activité des neurones hypothalamiques réduisant l’anxiété, empêchant ainsi le soulagement de l’anxiété. Selon le Dr Anne Petzold, co-première auteure de l’étude, actuellement chef de groupe à l’Institut européen des neurosciences de Göttingen, “L’activité de ces neurones détectant la leptine ne se contente pas de suivre l’état d’anxiété, elle prédit quel individu sera plus ou moins anxieux dans une situation difficile.”
Les chercheurs ont ensuite exploré le potentiel thérapeutique de ce circuit en utilisant un modèle préclinique d’anorexie mentale, basé sur l’activité physique excessive. Ils ont constaté que l’augmentation de l’activité des neurones hypothalamiques sensibles à la leptine réduisait l’exercice excessif, dissociant ainsi l’anxiété de ce comportement compensatoire. “L’anxiété et l’anorexie mentale vont souvent de pair – et l’anorexie a le taux de mortalité le plus élevé de tous les troubles psychiatriques, sans traitement pharmacologique efficace à ce jour”, souligne Tatiana Korotkova. “En identifiant ce nœud hypothalamique sensible à la leptine qui restreint la locomotion induite par l’anxiété sans supprimer l’activité normale, nous commençons à comprendre comment l’état émotionnel et l’équilibre énergétique se croisent dans le cerveau.”
Les prochaines étapes consisteront à évaluer si la modulation pharmacologique de ces neurones pourrait constituer une approche thérapeutique prometteuse pour le traitement de l’anxiété et des troubles de l’alimentation. Plus d’informations sur l’étude sont disponibles ici.
