Home SantéDuplomb Law: Que savons-nous des effets sur la santé des néonicotinoïdes, ces pesticides au centre de l’opposition au texte?

Duplomb Law: Que savons-nous des effets sur la santé des néonicotinoïdes, ces pesticides au centre de l’opposition au texte?

by Sophie Martin

Une pétition qui rassemble ce mardi à midi 1,6 million de signatures nécessite l’abrogation de la loi Duplo et de sa mesure phare: la réintroduction d’un insecticide par la famille des néononicinoïdes. Dangereux pour l’environnement, est-ce aussi pour notre santé? Ici, il fait du bilan.

Qu’est-ce que l’acétamipride, ce pesticide de la famille des néonicotinoïdes interdit depuis 2018 et réintroduit par la loi Duplomb ? Quels risques représente-t-il pour l’environnement et la santé ? A-t-on suffisamment de littérature scientifique sur le sujet ? Alors qu’une pétition rassemble ce mardi midi 1,6 million de signatures pour demander l’abrogation de la loi Duplomb et de sa mesure phare, la réintroduction de l’acétamipride, ICI et l’Agence France Presse (-) font le point sur cet insecticide qui cristallise le débat.

Quelle est la situation ?

La loi Duplomb, définitivement adoptée le 8 juillet au Parlement, réintroduit sans délai et sous conditions l’acétamipride, un insecticide de la famille des néonicotinoïdes nocif pour les abeilles. Il était interdit depuis 2018 en France, mais autorisé en Europe jusqu’en 2033. Sa réintroduction était réclamée par les producteurs de betterave et de noisettes.

Quelles inquiétudes ?

En matière de santé humaine, les néonicotinoïdes posent une problématique classique concernant les pesticides : ces substances, destinées à tuer des insectes, peuvent-elles aussi nous nuire ? La spécificité des néonicotinoïdes est de cibler le système nerveux. Ils suscitent donc avant tout des questionnements sur leurs effets neurologiques, en particulier leur rôle potentiel dans des troubles du neurodéveloppement chez l’enfant et l’adolescent. Mais des chercheurs se sont aussi penchés sur d’autres risques : dans quelle mesure les néonicotinoïdes jouent-ils sur nos hormones, en tant que perturbateurs endocriniens ? Sont-ils associés à un risque plus élevé de cancer ?

Le consensus actuel, tel que donné par la littérature scientifique et diverses autorités sanitaires, se résume largement à l’incertitude, parfois assortie d’appels au principe de précaution. “Des incertitudes majeures” demeurent sur les effets neurodéveloppementaux de l’acétamipride, résumait notamment en mars 2024 l’agence sanitaire européenne, l’Efsa. Il faudrait de “nouveaux éléments” pour pouvoir “évaluer de manière adéquate les risques et les dangers” de l’acétamipride, insistait l’agence, appelant pour l’heure à abaisser nettement les seuils auxquels ce pesticide est jugé potentiellement dangereux.

De quelles études dispose-t-on ?

Selon l’écologue du CNRS Philippe Grandcolas et le médecin Pierre-Michel Perinaud, président de l’association “Alerte des médecins sur les pesticides, les études sur l’acétamipride “s’accumulent” et montrent “des toxicités très importantes“, ont-ils déclaré mardi sur France Inter. “Ce produit est nocif pour les abeilles domestiques et il l’est encore plus pour d’autres organismes, d’autres pollinisateurs“, indique Philippe Grandcolas. Il y a selon lui un “consensus parfaitement clair” dans la communauté scientifique sur le sujet.

Le doute n’est pas raisonnable, il y a des dizaines de travaux qui montrent que l’acétamipride est toxique, qu’il peut y avoir des toxicités chroniques très importantes sur des insectes pollinisateurs“, insiste-t-il. Par ailleurs, l’acétamipride est “très soluble dans l’eau et reste des dizaines de jours dans le milieu naturel après avoir été administré dans un champ, on le retrouve par exemple jusque dans l’eau de pluie, ce qui a été démontré récemment au Japon“.

De son côté, le docteur Pierre-Michel Perinaud cite des études qui indiquent que “l’acétamipride traverse la barrière placentaire et peut donc contaminer le fœtus“. “On a retrouvé de l’acétamipride dans le liquide céphalorachidien des enfants donc on sait que ce produit neurotoxique va se retrouver en contact du cerveau des enfants“, souligne-t-il. Le médecin rappelle également l’impact en règle générale des pesticides sur la santé humaine. “Les données de l’Inserm [Institut national de la santé et de la recherche médicale] Publiés en 2013 et confirmés en 2021, ils montrent des liens entre l’exposition aux pesticides et aux maladies: maladie de Parkinson, cancer du sang, tumeurs de la prostate, leucémie, troubles de la fertilité, troubles cognitifs, etc.“, Explique.

Mais pour Sylvie Bortoli, toxicologue à l’Inserm, “les néonicotinoïdes sont des pesticides qui ont été peu étudiés sur leurs effets pour les humains“, a-t-elle nuancé auprès de l’-. “La bibliographie reste assez lacunaire par rapport à d’autres pesticides emblématiques comme le DDT ou le glyphosate.” Un corpus de recherches existe néanmoins depuis plusieurs années. Il mêle essentiellement des travaux “in vitro“, qui décrivent ce qui se passe quand une cellule est exposée en laboratoire à des néonicotinoïdes, à des études sur des animaux, généralement des souris.

Le premier type d’études (dit mécanistique) a notamment montré les effets délétères des néonicotinoïdes sur les neurones. La seconde catégorie a mis en évidence leur action dans des troubles neurologiques, mais aussi dans d’autres pathologies. Une étude, publiée en 2022 dans la revue Environment International, a ainsi montré la capacité de l’acétamipride à provoquer des cancers du sein chez la souris. Si ces études appuient l’idée que les néonicotinoïdes présentent des risques potentiels, elles ne permettent pas de conclure définitivement qu’ils jouent réellement un rôle dans des pathologies chez l’humain, du moins au niveau auquel ces produits sont utilisés dans la vie réelle.

Comment en savoir plus ?

Les chercheurs s’accordent sur la nécessité de mener plus d’études épidémiologiques. De telles études évaluent, au sein d’un groupe de personnes, la fréquence de certains troubles en fonction de l’exposition plus ou moins grande à un facteur donné, ici les néonicotinoïdes. “On a un besoin crucial d’études épidémiologiques de grande ampleur pour éclaircir les effets que l’exposition aux néonicotinoïdes pourrait avoir sur la santé“, résumait en 2022 une synthèse des connaissances, dans la revue Environment International. Ces études apporteraient des éléments importants pour savoir si la toxicité, mesurée en laboratoire ou sur des animaux, se traduit réellement par des problèmes de santé dans la population. Et, dans ce cas, elles permettraient de mieux évaluer le risque selon le type d’exposition : chez les agriculteurs, chez les personnes vivant proches d’exploitations, chez les consommateurs d’aliments traités par néonicotinoïdes…

Certes, “il y a quelques études épidémiologiques récemment publiées, mais elles sont peu nombreuses et pas forcément concordantes“, note Sylvie Bortoli. Une étude, publiée en 2017 dans la revue Environmental Health Perspectives, pointe par exemple un moins bon développement intellectuel des enfants dont les mères ont passé leur grossesse près d’exploitations usant des néonicotinoïdes. Mais l’échantillon reste limité – environ 300 familles californiennes – et d’autres travaux seraient nécessaires pour confirmer cet effet.

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