Home AffairesEn Irlande, un salarié sur trois ne paie pas d’impôts – The Irish Times

En Irlande, un salarié sur trois ne paie pas d’impôts – The Irish Times

by Amélie Bernard

Publié le 7 décembre 2023 06:01:00. Une analyse du ministère irlandais des Finances révèle une dépendance croissante aux revenus fiscaux d’un nombre restreint de contribuables et d’entreprises, fragilisant les finances publiques face aux fluctuations économiques mondiales.

  • Les 10 % des contribuables les plus riches génèrent désormais 40 % des recettes fiscales et 60 % des cotisations à la charge sociale universelle (USC).
  • Près d’un tiers des salariés irlandais, soit 1,2 million de foyers fiscaux, ne paient pas d’impôt sur le revenu en raison des crédits d’impôt.
  • La concentration des recettes fiscales est également visible dans l’impôt sur les sociétés, où 10 entreprises représentent 60 % du total.

Le ministère irlandais des Finances tire la sonnette d’alarme sur la vulnérabilité de l’économie face à une base fiscale trop étroite. Un rapport publié cette semaine met en évidence une concentration alarmante des recettes fiscales entre les mains d’un petit nombre de contribuables et d’entreprises, rendant le pays particulièrement sensible aux chocs économiques.

Selon le rapport, les 10 % des personnes aux revenus les plus élevés contribuent désormais à hauteur de 40 % aux recettes fiscales globales et de 60 % aux cotisations à la charge sociale universelle (USC). À l’inverse, la moitié inférieure de la population en termes de revenus ne représente que 10 % des recettes fiscales et 5 % des cotisations USC.

Un aspect particulièrement frappant est que près d’un tiers de l’ensemble des salariés – ce qui correspond à 1,2 million d’unités fiscales (pouvant être des individus ou des couples) – ne sont pas assujettis à l’impôt sur le revenu net, grâce à un système de crédits d’impôt jugé généreux.

Le rapport souligne que cette forte dépendance à un nombre limité de contribuables expose les finances publiques aux aléas du cycle économique.

« Étant donné que l’impôt sur le revenu est la plus grande source de recettes fiscales de l’État, la forte dépendance à l’égard d’un si petit nombre de contribuables rend les finances publiques vulnérables à tout changement dans le cycle économique. »

Cette concentration des risques n’est pas limitée à l’impôt sur le revenu. Le rapport établit un parallèle avec l’impôt sur les sociétés, où seulement 10 entreprises sont responsables de 60 % des recettes totales. Cette situation s’explique en partie par le fait que de nombreux salariés les plus riches travaillent pour de grandes multinationales américaines, qui sont également les principaux contributeurs à l’impôt sur les sociétés.

Le ministère des Finances met en garde contre la vulnérabilité de ces multinationales face à une détérioration de la conjoncture économique mondiale.

« Ces mêmes multinationales sont elles-mêmes susceptibles d’être touchées de manière disproportionnée par toute nouvelle détérioration de l’environnement commercial mondial. »

Selon le rapport, un choc affectant un ou plusieurs de ces secteurs pourrait entraîner un effet domino, affectant à la fois l’impôt sur les sociétés et l’impôt sur le revenu.

« Ainsi, en cas de choc sur un ou plusieurs de ces secteurs, l’effet de contagion de ces liens risque de provoquer une détérioration « boule de neige » à la fois de l’impôt sur les sociétés et de l’impôt sur le revenu. »

La fragilité de l’assiette fiscale irlandaise est un sujet de préoccupation récurrent, déjà souligné par la Commission sur la fiscalité et le bien-être social. Malgré l’accumulation de rapports d’alerte au sein du ministère des Finances, peu ou pas de mesures concrètes ont été prises pour remédier à cette situation. L’inertie serait due à la conjoncture actuelle, caractérisée par des recettes fiscales abondantes qui permettent au gouvernement d’éviter de prendre des décisions impopulaires.

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