Publié le 2024-02-29 14:35:00. La Chine a mis en place un programme national de lutte contre l’angiostrongylose cantonensis, une maladie parasitaire émergente transmise par les escargots, après une série d’épidémies révélatrices et des cas graves, parfois mortels, sur son territoire.
- Le premier cas humain confirmé en Chine remonte à 1984, impliquant un jeune garçon exposé lors de l’alimentation de canards.
- Une épidémie majeure en 1997 à Wenzhou a démontré le risque de transmission par la consommation d’escargots crus.
- L’épidémie de Pékin en 2006, touchant 160 personnes, a été le catalyseur du programme national de lutte contre cette zoonose.
L’histoire de la lutte contre l’Angiostrongylus cantonensis en Chine offre un aperçu précieux des défis posés par les maladies zoonotiques émergentes à l’échelle mondiale. Le pays a connu une évolution marquée, passant de la découverte des premiers cas à la mise en œuvre d’une stratégie nationale robuste, accumulant ainsi des leçons essentielles pour d’autres nations confrontées à des menaces similaires.
Le premier cas humain documenté sur le continent chinois date de 1984. Un garçon de 13 ans, originaire de Xuwen, dans la province du Guangdong, a présenté des symptômes évoquant une méningite. L’enquête a révélé qu’il aidait régulièrement sa famille à nourrir les canards en leur donnant des escargots Achatina fulica. L’analyse du liquide céphalo-rachidien (LCR) a confirmé la présence de larves d’A. cantonensis, établissant ainsi le diagnostic. Heureusement, le jeune patient s’est complètement rétabli. Cet événement a marqué un tournant, signalant que le parasite n’était pas une simple menace théorique, mais un problème de santé publique réel en Chine.
La gravité potentielle de la maladie a été soulignée en 1995 avec le premier décès signalé à Guangzhou. Un nourrisson de 11 mois, issu d’un quartier défavorisé, est décédé suite à l’infection. L’autopsie a révélé la présence de centaines de vers adultes dans ses artères pulmonaires, ainsi que des escargots Achatina fulica infectés à proximité de son domicile [rapport de cas]. Ce drame a mis en évidence la vulnérabilité des enfants et le rôle crucial de l’assainissement et de la contamination environnementale dans la propagation de la maladie.
En 1997, une épidémie significative s’est produite à Wenzhou, dans la province du Zhejiang, une région située au nord des zones traditionnellement endémiques du sud de la Chine. 182 clients d’un seul restaurant ont été exposés au risque. Sur les 105 personnes ayant consommé un plat d’escargots crus, 47 ont été diagnostiquées atteintes d’angiostrongylose [étude épidémiologique]. Il est important de noter qu’aucun des 77 clients ayant uniquement consommé des escargots cuits n’a présenté de symptômes, ce qui a confirmé la voie de transmission. Une relation claire entre la dose et l’incidence a été observée : 86,2 % des personnes ayant mangé plus de quatre escargots ont été infectées, contre 28,9 % pour celles ayant en consommé moins. L’enquête a également confirmé la présence du parasite dans les escargots Pomacea spp. et chez les rats locaux [étude sur les hôtes du parasite]. Cette épidémie a servi de signal d’alarme, démontrant le potentiel de transmission à grande échelle par les aliments et la capacité du parasite à se propager à de nouvelles régions.
La plus importante épidémie à ce jour en Chine s’est déclarée à Pékin en 2006. Entre juin et août, 160 cas ont été recensés, dont 100 ont nécessité une hospitalisation. Cette épidémie était particulièrement préoccupante car Pékin n’est pas une zone d’endémie naturelle en raison de l’absence d’habitats pour les escargots Pomacea spp. Presque tous les patients hospitalisés avaient consommé des plats d’escargots dans deux succursales du même restaurant. L’enquête a permis de remonter jusqu’à la source : des escargots Pomacea spp. importés du sud de la Chine [enquête sur l’épidémie de Pékin]. Cet événement, survenu dans la capitale, a déclenché une réponse massive de santé publique et a conduit à la mise en place d’un programme national complet de lutte contre l’angiostrongylose, considérée comme une maladie infectieuse d’origine alimentaire.
Le lancement du programme national en 2006 a marqué un tournant, avec les initiatives clés suivantes :
- Première enquête nationale (2006-2007) : Une étude systématique de la distribution d’A. cantonensis et de ses hôtes (rongeurs et mollusques) sur l’ensemble du territoire chinois [première enquête nationale].
- Diagnostic standardisé (2010) : Le ministère de la Santé a publié des critères de diagnostic officiels pour l’angiostrongylose, garantissant ainsi l’uniformité dans la détection et la déclaration des cas.
- Surveillance de routine (2009-présent) : Un système national de surveillance et de déclaration a été mis en place pour suivre les cas humains et la présence d’escargots sur les marchés, ainsi que, dans certaines régions, la contamination environnementale.
- Renforcement des capacités : Des efforts continus sont déployés pour former les professionnels de la santé au diagnostic et à la prise en charge, et pour renforcer les capacités des laboratoires et de la recherche en matière de contrôle et de prévention de l’angiostrongylose.
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