Publié le 1er octobre 2025 à 16h09. Une vague de contestation inédite secoue le Maroc, portée par la “Génération Z” qui dénonce la dégradation des services publics et les dépenses gouvernementales jugées excessives, notamment à l’approche de grands événements sportifs.
- Des manifestations ont éclaté dans plusieurs villes du Maroc, notamment à Rabat, Casablanca, Fès et Tanger, en réponse à l’appel du collectif Gen Z 212.
- Le décès de huit femmes enceintes dans un hôpital public d’Agadir a agi comme un catalyseur, révélant les failles et la précarité du système de santé.
- Les forces de l’ordre ont réprimé les manifestations, entraînant des arrestations qualifiées de “violentes et arbitraires” par les organisations de défense des droits de l’homme.
Le Maroc est le théâtre d’une contestation sociale d’une ampleur rare ces dernières années. Initiée par la “Génération Z” (personnes âgées de 13 à 28 ans environ), cette mobilisation a pris une tournure plus tendue ces dernières heures, avec des affrontements sporadiques entre manifestants et forces de l’ordre. Des vidéos diffusées sur les réseaux sociaux montrent des véhicules de police incendiés, notamment dans la banlieue d’Agadir, dans le sud du pays.
Le point de départ de cette contestation remonte à la mort tragique de huit femmes enceintes dans l’hôpital public Hassan II d’Agadir. Cet événement a mis en lumière les dysfonctionnements et le manque de moyens du système de santé marocain, déjà fragilisé par des années de sous-investissement. Selon plusieurs sources, dont certains médias locaux, les décès seraient survenus pendant ou après des césariennes, potentiellement liés à la qualité de l’anesthésie ou au manque de personnel médical.
Les manifestants, rassemblés sous la bannière du collectif Gen Z 212, réclament une réforme profonde du système éducatif et une amélioration des services de santé publique. Ils dénoncent également les dépenses massives du gouvernement dans la construction de stades en prévision de la Coupe d’Afrique des Nations de football 2025 (du 21 décembre 2025 au 18 janvier 2026) et de la Coupe du monde de la FIFA 2030, co-organisée avec l’Espagne et le Portugal. Ils estiment que ces investissements détournent des ressources essentielles de secteurs prioritaires comme la santé et l’éducation.
Selon des militants des droits de l’homme contactés par RFI, des affrontements ont également eu lieu dans le nord-est, à Uchda, et dans le centre du pays, à Beni Melal. Les forces de l’ordre ont dispersé les manifestations, procédant à des dizaines d’arrestations. L’Association Marocaine des Droits Humains (AMDH) dénonce des arrestations “violentes et arbitraires”. Plus de 200 manifestants auraient été interpellés au cours des trois derniers jours, bien que la plupart aient été relâchés par la suite.
La coalition gouvernementale libérale et de centre-droit a affirmé écouter et comprendre les revendications sociales de la jeunesse et s’est dite prête à y répondre “de manière positive et responsable”. Gen Z 212 se décrit comme un “espace de discussion” sur des questions qui concernent tous les citoyens, telles que la santé, l’éducation et la lutte contre la corruption. Le collectif affirme rejeter la violence et agir “par amour de la patrie et du roi Mohammed VI”.
Ces mobilisations rappellent le Printemps arabe de 2011, au cours duquel le Maroc avait également été le théâtre de manifestations réclamant des réformes politiques et une plus grande justice sociale. À l’époque, le roi Mohammed VI avait réagi en annonçant une réforme constitutionnelle en mars 2011, visant à apaiser les tensions et à éviter une instabilité plus grave. Cette réforme avait introduit une monarchie constitutionnelle, démocratique, parlementaire et sociale, tout en maintenant un pouvoir important pour le roi en tant que chef de l’État et commandant des croyants.
Si les manifestations de 2011 n’avaient pas conduit à la chute du régime, les réformes constitutionnelles avaient consacré des changements institutionnels et répondu à certaines des exigences de la société civile. Cependant, les inégalités sociales persistent au Maroc, avec de fortes disparités régionales et un écart important entre les secteurs public et privé. La mort des huit femmes enceintes a mis en évidence ces failles et a ravivé le mécontentement populaire.
For the fourth day, the GenZ 212 movement has continued its actions #Morocco as police have increased their crackdown in various cities. In response, protesters set fire to several security vehicles. Carrying the slogan “Voice of Moroccan youth protest”, the movement issued a… pic.twitter.com/ybkj7nzksy
— Megaphone News English (@megaphonenewsen) October 1, 2025
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