Publié le 7 novembre 2023 17h02:00. La malnutrition liée à une maladie, souvent méconnue, peut aggraver l’état de santé des patients et compliquer les traitements. Des experts soulignent l’importance d’un diagnostic précoce et d’une prise en charge nutritionnelle adaptée, notamment chez les personnes âgées et les patients atteints de pathologies chroniques.
- La malnutrition liée à une maladie (DRE) est souvent discrète et nécessite une vigilance accrue pour identifier les patients à risque.
- Un apport nutritionnel inadéquat peut réduire l’efficacité des traitements, comme la chimiothérapie, et augmenter les complications postopératoires.
- La Société espagnole d’endocrinologie et de nutrition (SEEN) s’engage aux côtés de la Semaine de sensibilisation à la malnutrition (MAW) et de la Semaine de la malnutrition de l’Alliance des plus nourris (SDLD) du 10 au 14 novembre.
Les premiers signes de la malnutrition liée à une maladie sont souvent subtils, ce qui rend cruciale l’identification des situations à risque. Selon le Dr María Ballesteros, première vice-présidente de la SEEN, négliger cet aspect peut avoir des conséquences graves :
« Ce qui va s’aggraver ne sera pas seulement la malnutrition, mais le fait de ne pas traiter la malnutrition va aggraver la maladie sous-jacente. »
Dr María Ballesteros, première vice-présidente de la Société espagnole d’endocrinologie et de nutrition (SEEN)
Un patient atteint d’un cancer, par exemple, verra son organisme moins bien supporter les effets de la chimiothérapie s’il ne bénéficie pas d’un soutien nutritionnel approprié. De même, un patient devant subir une intervention chirurgicale et souffrant de malnutrition présente un risque accru de complications postopératoires.
La malnutrition liée à une maladie se manifeste par un manque d’apport nutritionnel ou une perte de nutriments, entraînant une perte de poids et de masse musculaire, un affaiblissement physique et mental, et une détérioration des résultats cliniques. Face à cette problématique, la SEEN s’associe pour une année de plus à la Semaine de sensibilisation à la malnutrition (MAW) de la Société européenne de nutrition clinique et de métabolisme (ESPEN) et à la Semaine de la malnutrition de l’Alliance des plus nourris (SDLD), qui se dérouleront du 10 au 14 novembre.
Le Dr Ballesteros insiste sur la difficulté de diagnostiquer les DRE, soulignant la nécessité pour les institutions de mettre en place des outils de dépistage efficaces, tant dans les hôpitaux que dans les cabinets de médecins généralistes :
« S’il existe des normes claires avec lesquelles tout professionnel de la santé, dans le contexte hospitalier ou communautaire, peut détecter la malnutrition, ce sera un grand progrès pour améliorer le pronostic, la qualité de vie et la survie des patients gravement malades. »
Dr María Ballesteros, première vice-présidente de la Société espagnole d’endocrinologie et de nutrition (SEEN)
Elle déplore que le diagnostic précoce soit trop souvent négligé et appelle à une sensibilisation accrue, tant auprès des professionnels de santé que des patients, afin qu’ils soient conscients des conséquences d’une malnutrition non traitée.
Les patients les plus vulnérables
Les patients les plus susceptibles de souffrir de malnutrition liée à une maladie sont ceux atteints de plusieurs pathologies (pluripathologiques), et en particulier les personnes âgées, chez qui le taux de malnutrition hospitalière peut atteindre 40 %. Les conséquences cliniques de la malnutrition sont multiples : augmentation des infections et des complications, guérison plus lente, besoins de traitement plus importants, prolongation du séjour hospitalier, récupération difficile, impact sur la qualité de vie, coûts de santé plus élevés et, dans les cas les plus graves, augmentation de la mortalité.
Les maladies pouvant entraîner une malnutrition liée à une maladie se divisent en deux catégories : celles qui provoquent une inflammation et celles qui affectent le tube digestif, empêchant une absorption adéquate des nutriments. Parmi les premières, on retrouve notamment les cancers, souvent associés à des troubles de la fonction gastro-intestinale. D’autres pathologies inflammatoires, telles que la pneumonie, la maladie pulmonaire obstructive chronique et l’insuffisance rénale chronique, peuvent également contribuer à la malnutrition.
Des avancées notables
Des progrès récents ont été réalisés dans le domaine du diagnostic de la malnutrition. Les critères GLIM (Global Leadership Initiative on Malnutrition) ont permis aux sociétés internationales de s’accorder sur une approche standardisée. Le Dr Ballesteros souligne l’importance accordée, dans ces critères, à l’évaluation de la masse musculaire :
« Dans ces critères cliniques, il convient de souligner l’importance accordée à l’évaluation de la masse musculaire comme critère phénotypique de malnutrition. »
Dr María Ballesteros, première vice-présidente de la Société espagnole d’endocrinologie et de nutrition (SEEN)
De plus, l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) a approuvé de nouveaux codes de diagnostic pour la malnutrition, qui entreront en vigueur en 2027, facilitant ainsi sa reconnaissance et optimisant l’allocation des ressources.
Pour sensibiliser le public à l’importance de la malnutrition liée à une maladie, la SEEN met à disposition une salle de classe virtuelle contenant des informations sur de nombreuses pathologies endocrinologiques et nutritionnelles, ainsi que des conseils pratiques pour améliorer l’évolution de la maladie.
La formation, un enjeu majeur
L’endocrinologue insiste sur la nécessité d’améliorer la formation en nutrition clinique, estimant que seulement 30 % des cursus médicaux abordent suffisamment la question de la malnutrition. Elle souligne également qu’il est essentiel de sensibiliser tous les professionnels de santé, pas seulement ceux chargés du diagnostic et du traitement de la malnutrition, mais aussi ceux qui prennent en charge les maladies associées, afin qu’ils puissent identifier les patients à risque et initier une prise en charge adaptée. Dans ce cadre, un groupe de professionnels est chaque année désigné par ESPEN pour promouvoir la sensibilisation, en se concentrant cette année sur les personnes âgées et les patients chirurgicaux, avec le soutien des associations de patients concernés.
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